‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 10 sur 110 · DARWIN, WUNDT · texte numérisé non relu

DARWIN, WUNDT

pourquoi, étant donné certains états de l'âme, ce sont toujours les mêmes muscles qui entrent en vibration et donnent ainsi au visage une expression si caractéristique^ si claire pour tout le monde.

Le système de Darwin a trouvé peu de partisans parmi les savants. Le professeur W. Wundt, la première autorité de l'Allemagne dans le domaine de la psychologie physiologique, s'exprime à ce sujet ainsi qu'il suit : Ueber den Ausdruck der Gemûths-Bewegimgen^ Essays, p. 229 : « Darwin a surtout prouvé deux faits. Le premier est la similitude universelle des mouvements d'expression chez les différentes races humaines (1), même une certaine concordance plus générale encore dans l'expression des états de l'âme chez différents animaux. Le second fait consiste dans la transmission par voie d'hérédité de père en fils de certaines formes déterminées et individuelles de l'expression. Mais, poursuit-il, quelque reconnaissance que nous devions à Darwin pour avoir établi ces faits et un très grand nombre d'observations particulières, nous trouvons peu satisfaisants les principes généraux d'où le célèbre naturaliste fait découler tous les mouvements expressifs. Deux d'entre eux, les deux premiers, ramènent à un seul motif psychologique y

à l'habitude Mais finalement, l'habitude explique tout^

et, pour cette raison même, elle n'explique rien. C'est par l'habitude que nous mangeons et buvons, que nous parlons et agissons. C'est un de ces concepts qui témoignent uniquement d'une lacune dans notre intelligence et dont on pense souvent qu'ils comblent aussi cette lacune. « Association par habitude » est une expression qui nous

(1) Darwin y trouve « un nouvel argument en faveur de Topinion d'après laquelle les diverses races humaines descendent d'une seule et même souclie » (p. 391). Mais si, comme j'ai essaye de le montrer, les mouvements mimiques dérivent des rapports intimes et réciproques qui existent entre la vie de l'àme

dit simplement qu'il existe une certaine association, mais ne nous donne en aucune façon le pourquoi de cette association. Et quand bien même nous voudrions nous contenter de cette association par habitude, il ne s'ensuivrait cependant pas encore nécessairement qu'un état de l'âme opposé dût être aussi accompagné du mouvement contraire. »

Dans son grand ouvrage Grunclzûge der psychologischen Physiologie (I) et dans ses Essays, le professeur Wundt a reconnu la justesse scientifique de mes principes théoriques et leur valeur pratique en vue de l'explication des différentes formes d'expression, Les trois principes, auxquels il ramène les mouvements qui sont dus aux affections et aux instincts (2), senties suivants :

l'' Le principe de l'innervation directe. Ce principe s'appuie sur un fait connu que de mon côté j'ai apprécié comme il le méritait dan^V Introduction psychologique : c'est que l'intensité des mouvements musculaires dépend de l'intensité de l'émotion de l'âme. Wundt soumet également à ce principe tous les effets des affections sur les muscles inconscients du coeur et des vaisseaux ainsi que sur les sécrétions, pâleur, rougeur, larmes. Mais, mon travail s'occupantde préférence de la mimique des traits du visage, je ne me suis pas engagé dans l'étude des phénomènes, à l'exception des larmes, qui se produisent dans le domaine des muscles inconscients et des glandes.

2° Le principe de l'association des sensations

et ractivitc des sens, rapports que rexpérience constate chez tous les hommes, par le lait même on peut expluiuer aussi la similitude universelle des mouvements expressifs chez les dillérents peuples et la conclusion finale de Darwin n'a i)lus de valeur.

(1) Cet ouvrage a été traduit en français sous le titre Eléments de j^sycholo' g ie physiologique, i>ixr le D'' Rouvier (2 vol. in-8» de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, Paris, Félix Alcan, 1885). — G.

{1) Éléments de psychologie physiologique, solAl^th. xii: Mouvements d'expression. — G.

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