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C'est ainsi qu'à la page 12 de l'Introduction il dit : a Certaines expressions de l'espèce humaine, les cheveux qui se hérissent sous l'influence d'une frayeur extrême, les dents qui se découvrent dans l'emportement de la rage, sont à peine explicables si l'on n'admet pas que l'homme a vécu autrefois dans une condition très inférieure et voisine de la bestialité. » Et il est dit dans la phrase finale de son livre, p. 398 : « Nous avons vu que l'étude de la théorie de l'expression confirme la conception qui fait dériver l'homme de quelque animal inférieur. »
P. 394 : « Le dégoût et la répulsion durent aussi se manifester, dès les temps les plus reculés, à l'aide de mouvements dans la région de la bouche, analogues à ceux qui accompagnent le vomissement ; il en devait être ainsi, si l'interprétation que j'ai proposée de l'origine de cette expression est juste, c'est-à-dire si l'on admet que nos ancêtres aient eu la faculté et l'habitude de rejeter volontairement et avec rapidité de leur estomac toute nourriture qui leur déplaisait. »
P. 333 : c( Depuis des générations innombrables, l'homme a cherché à se soustraire à ses ennemis ou à un péril quelconque, soit par une fuite précipitée, soit par une lutte à outrance ; or de pareils efforts ont dû avoir pour effet de faire battre le cœur avec rapidité, d'accélérer la respiration, de soulever la poitrine et de dilater les narines. Comme ces efforts ont été souvent prolongés jusqu'à toute extrémité, le résultat final a dû être une prostration extrême, de la pâleur, de la transpiration, le tremblement de tous les muscles ou leur complet relâchement. Maintenant encore, chaque fois que l'on ressent vivement un sentiment de frayeur, alors même que ce sentiment ne doit provoquer aucun effort, les mêmes phénomènes tendent à reparaître en vertu du pouvoir de l'hérédité et de l'association Quant à l'érection
involontaire des poils, chez les animaux, nous avons de bonnes raisons de croire que ce phénomène, quelle qu'ait été d'ailleurs son origine, concourt avec certains mouvements volontaires, à leur donner un aspect formidable pour leurs ennemis ; or, comme les mêmes mouvements, involontaires et volontaires, sont accomplis par des animaux, très voisins de l'homme, nous sommes conduits à croire que celui-ci en a conservé, par voie héréditaire, des vestiges devenus maintenant inutiles. »
P. 263 : Il est d'avis que l'acte de serrer les dents les unes contre les autres dans la rage « est un vestige d'une habitude acquise autrefois lorsque nos ancêtres se battaient à coups de dents, comme le font actuellement les gorilles et les orangs (i) ».
Ces exemples suffiront au lecteur pour qu'il puisse se former une idée exacte du mode d'interprétation du savant anglais.
Darwin, voulant expliquer les mouvements mimiques, pose trois principes :
1° Le principe de l'association des habitudes UTILES : « Quand, dit-il p. 51, une sensation ou désir, une répugnance quelconque, etc., a provoqué durant une longue série de générations un certain mouvement volon-
(1) Danvin va jusqu'à vouloir appliquer sa méthode à certains mouvements réllexes en y voyant des mouvements, d'abord accomplis d'une manière raisonnée qui, peu à peu, ont été convertis en actes inconscients par l'habitude et l'association. « 11 est probal)le, lit-on p. 42, que l'éternument et la toux ont été originellement acquis par l'habitude d'exi)ulser aussi violemment que possible une particule quelconque blessant la sensibilité des voies aériennes. » C'est aussi de cette façon qu'il interprète le clignement inconscient des paupières, qui est causé par des impressions soudaines et violentes de l'ouïe, et divers autres mouvements réllexes; toutefois, il finit par se voir forcé d'admettre qu'il y a aussi certains mouvements réflexes auxquels l'on ne saurait appliquer sa méthode d'interprétation, car il dit, p. 43 : « La contraction de l'iris, lorsque la réline est excitée par une vive lumière, ne paraît pas avoir été à l'origine un mouvement volontaire, qui aurait ensuite été fixé par l'habitude, car on ne connaît pas d'animal chez lequel l'iris soit soumis à l'action directe de la volonté. »
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taire, une tendance à l'accomplissement de ce même mouvement est mise enjeu toutes les fois que survient, même à un faible degré, la même sensation ou une autre sensation analogue ou associée, alors même que ce mouvement n'aurait plus, dans le cas actuel, aucune utilité. Les mouvements habituels de cet ordre sont souvent, sinon constamment, héréditaires, et différent peu des actions réflexes. »
2° Le principe de l'antithèse. « Certains états de l'âme, lit-on p. 29, entraînent certains actes; quand se produisent des états de l'âme directement inverses, nous sommes tentés d'accomplir des mouvements d'une nature absolument opposée; » et p. 68 : « Ce principe me permet seul de concevoir comment ont pris naissance les gestes et les expressions compris sous ce chef de l'antithèse. »
Toutefois, je ne puis voir dans ce principe autre chose qu'une hypothèse volontaire, que rien ne vient prouver, une cheville permettant d'expliquer tout ce qui n'obéit pas au premier et au troisième principe, par exemple le haussement des épaules. « L'homme, en élevant en même temps les sourcils, en présentant la paume des mains et en étendant les doigts, exprime par ces gestes qu'il ne peut ou ne veut pas faire une chose, qu'il ne veut faire aucune opposition à des actes accomplis par d'autres personnes. L'homme indigné redresse sa tête, rejette ses épaules en arrière et dilate sa poitrine; en même temps, il serre les poings et fronce les sourcils. Les gestes et l'attitude d'un homme impuissant et résigné sont à tout point de vue rigoureusement inverses. » C'est en s'appuyant sur ce principe que Darwin, p. 294, veut aussi expliquer les mouvements des bras qui accompagnent l'expression mimique de l'étonnement : « Un homme dans son état ordinaire, ne faisant rien et ne pensant à rien en particuher, laisse ordinairement ses deux bras pendre librement à son côté,
les mains étant à demi fermées, et les doigts rapprochés les uns des autres. Lever brusquement les bras ou les avant-bras, ouvrir les mains, séparer les doigts, ou bien encore raidir les bras en les étendant en arrière avec les doigts séparés, constituent des mouvements en complète antithèse avec ceux qui caractérisent cet état d'esprit indifférent, et ils'doivent par conséquent s'imposer inconsciemment à un homme étonné. » Mais une explication que Darwin lui-même indique p. 386 me parait beaucoup plus naturelle et plus juste : « Souvent, nous désirons faire certains gestes dont l'expression soit manifeste, évidente et démonstrative; alors, nous élevons au-dessus de la tête nos bras étendus, les doigts étant fortement écartés, si nous voulons indiquer de la surprise. »
3° Le troisième principe posé par Darwin est le principe DES ACTIONS DUES A LA CONSTITUTION DU SYSTÈME
NERVEUX, indépendamment de la volonté et, jusqu'à un certain point, de l'habitude. Toutes les fois que le système cérébro-spinal est excité, l'expérience montre qu'une certaine quantité de force nerveuse excessive est engendrée et transmise dans certaines directions nécessairement déterminées soit par la série de connexions qui relient les cellules nerveuses, soit par l'habitude. Darwin met à profit ce principe pour expKquer les phénomènes qui se rattachent aux mouvements du cœur et de la respiration, mouvements qui sont produits sous l'influence de la crainte, de la terreur et de la rage.
On ne peut rien objecter contre la justesse de cette dernière proposition, car elle ne renferme rien de neuf, et ne fait que formuler un fait physiologique universellement connu; mais, en ce qui touche l'explication des différentes expressions mimiques, ce troisième principe de Darwin est à peu près sans valeur, car il n'offre pas de prise pour résoudre le problème capital de la mimique :