LA BOUCHE OUVERTE
cées d'écouter avec une attention toujours soutenue.
Il est d'autant plus présumable que ce signe physiognomonique doit être attribué à une ouïe dure que des rides verticales apparaissent sur le front ; car ces rides se marquent avec une force toute particulière chez les personnes qui entendent difficilement, soit parce que les efforts inutiles qu'elles se voient dans la nécessité de faire pour entendre distinctement les mettent de mauvaise humeur (cf. p. 227 ce qui est dit sur le portrait de Beethoven), soit aussi parce que ces personnes sont, en règle générale, très méfiantes et s'emportent facilement (fîg. 90).
Fig. 90. — Bouche ouverte avec des rides verticales sur le front
Mais la bouche ouverte peut être aussi le signe d'une grande étroitesse d'esprit. Les hommes à intelligence faible se heurtent souvent à des choses qui leur semblent incompréhensibles, surprenantes ; ouvrir la bouche est donc un mouvement qui passe facilement chez eux à l'état d'habitude.
Si l'on rencontre la bouche ouverte en même temps •que des yeux sans éclat, des paupières baissées, endormies et un front sans rides horizontales, il faut en con-
dure un haut degré d'abrutissement (fig. 91). J'ai montré plus haut (p. 125) pourquoi, à la suite d'une surprise ou d'une attention très intenses, non seulement on tire en haut les paupières supérieures et les sourcils, mais l'on ouvre aussi grandement la bouche. En conséquence, on devait s'attendre à ce que le signe physiognomonique de la bouche béante ne se présentât
Fig. 91. — Bouche ouverte avec des paupières endormies et baissées
jamais sans des rides horizontales fortement marquées. Mais il n'en est pas ainsi et cela se comprend facilement; pour plisser le front, un certain effort musculaire est nécessaire, tandis que, pour tenir la bouche ouverte, il suffit d'un relâchement des muscles de la mastication. Aussi des hommes très indolents, paresseux, dont l'attention est éveillée ou fixée, ne mettent habituellement pas en mouvement les muscles des yeux et du front, mais se bornent « à ouvrir la bouche comme un four ».
Pour tenir la bouche fermée, l'on a besoin d'un certain degré de tension musculaire ; cette tension cesse devant le sommeil , c'est pourquoi la bouche des personnes