‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 99 sur 110 · TRAIT PINCÉ · texte numérisé non relu

TRAIT PINCÉ

niâtre du ministre Guizot qui, du haut de la tribune, lan-

Fig. 81. — Photographie da général W. Scott

çait à l'opposition bruyante ces paroles provocantes : « La

Fig. 85. — Photographie de Guizot

hauteur de votre colère n'atteindra pas la profondeur de

mon mépris. » — Les sillons caractéristiques de la lèvre inférieure sont aussi marqués fortement sur le portrait

d'Olivier Cromwell; la fig. 86 est faite d'après la photographie d'un tableau de Cooper. 11 est vrai que la ressemblance des portraits de Cromwell est aussi vivement mise en doute que celle des portraits de Shakespeare : seulement celui que j'ai utilisé ici me parait digne d'attention ; car il offre une ressemblance indéniable avec le masque de plâtre de Cromwell dont je possède une photographie. Ce trait se fait aussi plus ou moins valoir sur le visage de Frédéric II (fig. 58), du cardinal Richelieu (fig. 59), de Webster (fig. 68), de Jean Millier (fig. 69), de Napoléon (fig. 70), de Brutus (fig. 71), de Luther (fig. 74), et de Franklin (fig. 94).

Fig. 86. — Cromwell, par Cooper

Le trait méprisant

L'expression de mépris se trouve physiognomoniquement chez les hommes à prétentions, arrogants, qui ont

coutume de mesurer sur l'échelle de leur propre excellence imaginaire les conditions et les opinions d'autrui et qu'il est très difficile de satisfaire.

Ce trait se manifeste dans les yeux par des sourcils fortement tirés en haut, des rides horizontales sur le front et des paupières baissées. C'est le visage que les Anglais appellent d'un nom très significatif : supercilious, parce que chez eux les supercilii^ les sourcils, sont relevés.

On reconnaît ce trait dans la bouche à ce'que le milieu de la lèvre inférieure semble pressé vers le haut et qu'un pli arqué, dont la convexité est tournée vers le haut, apparaît sous le rebord rouge de cette lèvre, rebord qui est un peu renversé au dehors (fig. 36).

Seulement, il y a une forme innée du visage qui semble faire croire à cette expression physiognomonique ; chez quelques personnes, le maxillaire inférieur s'avance plus fortement que le supérieur : il s'ensuit que la lèvre supérieure se trouve en arrière de la lèvre inférieure; et comme dans l'affection du mépris, la lèvre inférieure

Fig. 87. — Dœll

est poussée en avant (cf., p. 108), cette formation du maxillaire peut prêter au visage une certaine analogie avec l'expression physiognomonique du mépris. Mais on reconnaît facilement que cette forme de la bouche est

Fig. 88. — Général Kléber, d'après J. Guérin

innée, naturelle, par conséquent sans importance pour le physionomiste, si le pli, caractéristique pour le trait méprisant, fait défaut sur la lèvre inférieure. On peut donner comme exemple le portrait du remarquable graveur Dœll (fig. 87). Cette disposition des maxillaires est.

on le sait, héréditaire dans la famille impériale d'Autriche, et frappait surtout dans le visage de la malheureuse Marie-Antoinette.

Fig. 89. — Lord Derby

La bouche est également modifiée en ce sens lorsque les dents manquent à la mâchoire supérieure, et alors^

PlDERlT

plus la lèvre supérieure retombe et recule sans appui, plus la lèvre inférieure s'avance sur elle.

Le trait méprisant, uni à l'expression d'une résolution provocante, se trouve dans la bouche du brave et téméraire général Kléber (fig. 88 d'après J. Guérin) et sur le visage de Schubart, le poète patriotique et satirique de la liberté (fig. 73). Dans cet œil ouvert du malheureux poète, on reconnaît son esprit ouvert, éveillé ; dans ces rides verticales du front, sa nature irritable et ardente; dans la lèvre inférieure relevée dédaigneusement, une disposition à railler son siècle misérable et digne de pitié (sur la valeur du nez, cf. p. 263). Le trait de mépris s'exprime encore plus distinctement dans la physionomie véritablement anglaise de lord Derby, l'éminent homme d'Etat, l'orateur habile (1821- 1869) (fig. 89), comme signe du sentiment d'orgueil de sa propre valeur, et du mépris de ses adversaires. Le regard ferme des yeux ouverts ainsi que les rides verticales du front donnent au visage le cachet d'une énergie guerrière ; l'aile du nez relevée amèrement et le sillon nasal très fortement marqué font reconnaître que, dans une vie remplie de combats et de luttes politiques, les expériences amères, les désenchantements n'ont point été épargnés à son ambition démesurée. Le trait méprisant du visage de l'empereur Néron a déjà été mentionné à la page 249.

Bouche ouverte

La bouche restant ouverte se rencontre le plus fréquemment chez les personnes à l'oreille dure ;'car, dans les relations de société et d'affaires, ces personnes sont for-

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