‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 13 sur 110 · BIRCH-HIRSCHFELD · texte numérisé non relu

BIRCH-HIRSCHFELD

affections qui relèvent ou qui dépriment) et s'il y est caché, Joli. Millier lui-même l'a ignoré. Car, je l'ai déjà fait remarquer dans l'Introduction de la première édition de ce livre, il dit dans sa Physiologie : « Les rapports des muscles de la face aux différentes passions nous sont tout à fait inconnus. )> Ce ne sont pas les idées de Millier qui m'ont inspiré dans mon travail : la preuve en est dans la remarque au chapitre « Le regard » {i'^ édition, p. 30 et 31) où j'ai reproduit en détail ses assertions mimiques et physiognomoniques et j'ajoutai : « que je n'avais pu me convaincre de leur justesse (1) ».

(I) Je voudrais également examiner ici en détail une opinion que Birch-Hirschteld exprime aussi bien que Wundt.

Birch-Hirschfeld dit, p. 54, qu'il a essayé sur desaenfants la justesse et l'intelligibilité de mes esquisses mimiques, car il est sincèrement d'avis que c'est là que l'on peut le mieux s'en servir : « Les enfants rendent naturellement leurs impressions; des adolescents, au contraire, reconnaissant facilement dans ces questions une mise à l'épreuve de leur perspicacité, s'efforcent d'en fournir une opinion favorable en n'obéissant point avec l'interprétation à leur sentiment naturel. » Il constate ce fait « que môme de petits enfants ont saisi avec une perspicacité remarquable ces simples dessins dans toutes leurs particularités », et plus loin : « que, toutes les fois qu'ils ne se rendaient pas très bien compte de la signification d'une forme quelconque, ils l'imitaient très souvent avant de répondre ». II voit dans ce fait une preuve « que la perception des sentiments musculaires (des différents degrés de tension dans les muscles actifs; exerce une influence très grande sur la qualité de la sensation. C'est ainsi que Kant insiste dùjà sur ce fait que, en se mettant volontairement dans une position déterminée, l'on ressentait une affection correspondante. »

Wundt s'exprime de la même manière {Essays, p. 23ît) : « Le mouvement mimique s'offrant à nous comme une action réflexe d'un état intime de l'âme,

il jouit de la propriété d'influer à son tour sur cet état C'est à peine si les

psychologues de l'école ont honoré de leur attention cette influence réciproque de la sensibilité musculaire et des mouvements intimes du cœur. Mais elle n'a point échappé à un connaisseur de la nature aussi profond que l'était Lessing, « L'acteur de moyenne force, dit-il dans le troisième article de sa Dramaturgie de Hambourg, pourvu qu'il ait seulement appris d'un acteur original les plus vulgaires manifestations delà colère et qu'il sache les imiter fidèlement, à savoir la marche précipitée, le trépignement, la voix qui détonne, tantôt aiguë, tantôt comprimée; le jeu des sourcils, les lèvres tremblantes, le grincement des dents, etc., pourvu, dis-je, qu'il imite bien ces seuls signes, qu'on peut imiter dès qu'on le veut, eh bien ! par cela seul, son âme éprouvera un vague sentiment de colère, qui réciproquement agira sur le corps et y produira ces changements qui ne dépendent pas seulement de notre volonté; son visage

Dans son excellent Grundriss der Physiologie (5"'' éd.) le professeur Vierordt a exposé très clairement les influences des mouvements de 1 ame sur les organes et les muscles du corps, et fixé les lois physiologiques qui

s'enflammera, ses yeux étincelleront, ses muscles se gonfleront; en un mot, il aura Tapparence d'un homme réellement en courroux, sans y être, sans comprendre le moins du monde pourquoi il devrait y être. » Et Wundt ajoute : « Lessing aurait encore peut-être pu dire avec plus de vérité : il ne sera pas, seulement en apparence un homme en colère, mais il y sera réellement. » Birch-Hirschtéld fait encore (p. 30) mention du fait suivant : « Un jeune acteur lui a raconté que dans le rôle du jeune Melchthal dans Guillaume Tell, (acte I, scène vj, à l'endroit où Melchthal se précipite sur la scène dans un état d'agitation extrême, — il vient, sans être vu, d'entendre raconter comment l'on a crevé les yeux à son père — il se préparait dans les coulisses à rendre fidèlement cet effet par une respiration précipitée et irrégulière. »

Il serait facile de citer encore d'autres exemples de telles observations. Toutefois, l'on peut se demander si l'imitation mécanique des signes extérieurs d'une affection suffit déjà à elle seule pour la produire réellement dans l'âme, ou s'il n'est pas plus simple et plus exact d'expliquer ces faits constatés ciiez les enfants et chez les acteurs en les considérant comme des effets simultanés qui apparaissent naturellement lorsqu'un enfant cherche à mieux saisir une affection qu'il a incomplètement comprise, lorsqu'un acteur s'efforce de pénétrer davantage une émotion qu'il sent imparfaitement, lorsque tous deux tendent à s'en faire une idée plus nette, plus claire. Il me semble que, dans ces faits, ce ne sont pas les affections qui sont causées par des mouvements mimiques des muscles, mais qu'au contraire ce sont ceux-ci qui sont la conséquence de celles-là. Chacun sait qu'il est possible de se mettre iirtentionrrellenrent dans certains états de l'âme, que la représentation vive d'une affeciton peut frapper l'homme, comme si cette disposition n'était pas artificielle, n^ais bien la conséquerrce d'un fait vécu ; les mouveirrents rrrimiques d'expression qui l'accorrrpagnent apparaissent aloi'S d'eux-mêmes sans l'intervention de la volonté, et non seulement des acteurs et des prédicateur s, mais encore certaines femmes, portées à pleurer, acquièrent souvent une telle habileté dans l'art de produire l'émotion désii"ée qu'elles peuvent verser les larnres les plus naturelles. Mais je ne puis conrprendre que la simple imitation d'une expression nrimique produise j)our ainsi dire par action réflexe l'affection correspondante. Du irroins je n'ai li^n constaté de semblable lorsque dans mes études de mimique, devant une glace, je cherchais à imiter et à reproduire une expression quelconque ; au contraii-e, je trouvai que la chose irre devenait bien plus facile, et me réussissait rrrieux, lorsque je m'efforçais d'éveiller en rrroi en même temps la disposition convenable. Or, il serait pi^esque impossible à quelqu'un qui n'est pas exercé d'imiter, avec une justesse parfaite et une fidélité naturelle, une expression mimique déterminée, par exeirrple, celle de la colère, sans s'être mis auparavant dans le rôle d'un homme en colère ; d'un autre côté, le plus habile, en cherchant à fixer cette expression, voit aussitôt — par association d'idées — poindre des souvenirs plus ou moins vifs de certains états psychiques, de certains événements correspondants ; il est donc très facile de se tromper soi-

Page 1