MANTEGAZZA
les régissent ; il s'y rattache à ma méthode et cite par extraits l'application que j'en ai faite aux différentes expressions du jeu mimique dans les muscles du visage. Un ouvrage du Professeur P. Mantegazza, de Florence,
même et de croire que « la sensation de la contraction musculaire » peut déjà à elle seule faire naître une affection. Quiconque observe attentivement un homme, un tableau, une statue, où une affeetion quelconque apparaît sous une forme saisissante, se sent l'àme agitée, d'après la loi de l'association des idées, par des dispositions analogues. A mes yeux, c'est simplement l'association DES IDÉES qui doit expliquer pourquoi chacun, en s'efforçant d'imiter certain mode mimique d'expression, éveille en lui en même temps certaines représentations d'affections; et plus ces représentations sont claires et nettes dans l'esprit, plus aussi il sera facile (par exemple à un acteur) d'exécuter les mouvements musculaires d'expression que l'on a en vue, plus ils paraîtront simples et naturels.
Au reste, cette illusion qui porte à croire que par des mouvements mimiques l'on peut faire naître l'émotion correspondante se produira avec d'autant plus de facilité, si l'on s'en tient exclusivement à l'exemple de l'affection de colère dans laquelle il est si facile de se mettre en provoquant une représentation quelconque désagréable. Mais que l'on se représente une affection plus rare, par exemple celle du ravissement, il faudra reconnaître que même les mineset les gestes les plus expressifs — mouvements enthousiastes des bras, bouche souriant doucement, yeux ravis, etc., etc., ne sauront éveiller en nous le sentiment de l'extase, si la véritable disposition fait défaut; si, par exemple, un morceau de musique, un tableau, une poésie, nous laissent indifférents, avec la meilleure volonté du monde, nous ne réussirons pas par des mouvements musculaires externes à transformer la disposition interne de notre âme, à plus forte raison, à nous plonger dans le ravissement; au contraire, plus nous nous efforcerons de produire de force, pour ainsi dire, une émotion que nous n'avons point ressentie artificiellement et par gestes extérieurs, plus nous nous convaincrons de l'inutilité de tels efforts. Et ce raisonnement ne s'applique pas seulement aux expressions mimiques, mais aussi à certains gestes symboliques, tels qu'ils apparaissent communément dans les prières. Celui qui les exécute mécaniquement et sans une disposition vraie n'en ressentira pas la moindre inlluence réflexe sur ses sentiments religieux; mais qui veut prier ardemment éprouvera le besoin de plier les genoux, de joindre les mains, renforçant encore par cette satisfaction de ce besoin de mouvement l'intensité de son recueillement, car tous les sentiments, toutes les dispositions, tous les désirs et toutes les passions s'accentuent d'autant plus, que l'instinct d'activité qu'ils provoquent se fait jour plus librement dans les mouvements des muscles, et que l'homme tout entier s'abandonne de corps et d'esprit aux passions qui le dominent.
.l'ai quelque peu approfondi ces faits parce que je voulais essayer de démontrer que, pour les expliquer, l'on n'avait nullement besoin de recourir à de ne uvelles hypothèses, que, au contraire, la loi de l'association des idées était sulfisante pour les rendre intelligibles, pendant que Wundt, aussi bien que Birch-Hirschfeld, tient pour nécessaire l'hypothèse d'une influence réflexe des mouvements mimiques sur les affections correspondantes.
paru depuis peu de temps : la Physionomie et lexpression des sentiments (1), m'est parvenu malheureusement trop tard, lorsque ce travail était déjà terminé et remis aux mains de l'imprimeur ; je dois donc me borner à intercaler ici une brève analyse de cet ouvrage.
Mantegazza est un partisan résolu de la théorie de Darwin et il dit entre autres choses, p. 16 : « C'était à Darwin qu'était réservé l'honneur d'étudier la mimique avec une méthode réellement nouvelle... L'on peut dire sans exagération que, par son livre, la mimique s'est affirmée comme une nouvelle science. » Mais les trois principes fondamentaux de Darwin, énoncés et exposés plus haut, lui semblent « mal formulés et très confus et, s'il lui était permis de traduire dans une forme plus pratique et plus commode à la pensée des races latines, les trois lois gothiques formulées par Darwin, il énoncerait ces principes de la façon suivante :
« 1° Il y a une mimique utile, défensive. « 2M1 y a des faits mimiques, sympathiques » (p. 76). Puis, s'efforçant de démontrer, de la même façon que Darwin, l'utilité des divers mouvements mimiques, il émet l'assertion suivante : « Darwin avoue qu'il ne voit pas l'utilité du tremblement qu'accompagne la terreur. Mais, d'après mes études expérimentales sur la douleur, je le trouve extrêmement utile; car il tend à produire de la chaleur et réchauffe le sang qui, sous l'influence de la frayeur, tendrait à se trop refroidir. De même, je crois avoir trouvé pourquoi, dans les fortes douleurs du toucher et de la sensibilité générale, nous cessons de respirer et nous n'avons qu'un souffle spasmodique. Nous produisons ainsi une légère anesthésie des centres nerveux, et nous arrivons indirectement à rendre la douleur plus supportable. »
(1) Bibliothèque scientifique internationale^ Paris, Félix Alcan, 1885.
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Sur les mouvements mimiques des sens, il est dit, p. 109 : « En observant avec attention les expressions douloureuses des divers sens spécifiques, on peut découvrir une loi nouvelle qui explique beaucoup de faits obscurs de la mimique humaine et de la plus haute psychologie. Les douleurs spécifiques des sens tiennent leur forme de la nature spéciale de l'organe offensé ; leur expression montre les artifices de la défense, aussi bien que les autres lois de sympathie qui relient chaque sens à une région donnée du cerveau, et par conséquent du sentiment et de la pensée. »
Cette loi nouvelle, voici comment Mantegazza la formule :
« 1. La mimique de la douleur visuelle (Plissement des paupières, etc.) est très analogue à celle des douleurs intellectuelles, et cela parce que l'œil est le sens le plus intellectuel, la source la plus féconde d'idées. « Comme exemples de douleurs intellectuelles, l'auteur cite : la vue d'une laide statue, d'un mauvais tableau, ec l'audition d'une niaiserie solennelle.
« 2. L'ouïe est le sens qui aies rapports les plus intimes et les plus étroits avec le sentiment. L'expression spécifique de la douleur auditive s'accorde avec celles des sentiments. L'expression spécifique de la douleur auditive s'accorde avec celle des sentiments bienveillants ou, comme l'on dit dans le langage ordinaire, des affections.
ce 3. De mauvaises odeurs et des sentiments de mépris déterminent les mêmes mouvements de défense, c'est-àdire que les narines se serrent et que la lèvre supérieure se relève. La mimique des douleurs olfactives a donc de grandes analogies avec celles du mépris et de la dignité offensée.
c< 4. Quand nous offensons l'amour-propre d'un homme et que celui-ci ne peut ni ne veut riposter, immédiate-
ment et involontairement les muscles de son visage s'immobilisent (c'est une observation à laquelle Mantegazza attache une grande importance). Cette contraction statique et cette immobilité forcée de la face ont pour conséquence une accumulation de salive dans la bouche, et, au bout de quelques minutes, l'individu offensé est obhgé de l'avaler. Nous pouvons donc formuler ainsi une quatrième loi : la mimique de la douleur du goût, et surtout celle qui est produite par la saveur amère, est semblable à celles des souffrances muettes de l'amour-propre. »
Ces citations suffisent pour caractériser la méthode de Mantegazza et montrer de quelle façon il entend résoudre le problème des mouvements musculaires d'expression. Je n'ai pas le temps d'entrer dans de plus amples détails ; mais Mantegazza acceptant dans ses traits essentiels le mode d'explication de Darwin basé sur la théorie de l'évolution, je renvoie le lecteur aux objections et aux remarques que l'étude de ce mode d'interprétation a fait naître et dont il sera encore question plus loin dans la discussion de quelques expressions mimiques.
Parmi les ouvrages qui ne s'occupent pas de la mimique en général, mais traitent de quelques questions particulières, il faut citer avant tout une intéressante monographie du docteur E. Hecker, Physiologie und Psychologie des Lachens und des Komischen^ Berhn, 1873, et un discours du docteur llersing : Der Ausdruck des Auges, Stuttgart, 1880, dont je parlerai à l'endroit convenable.
Mais, outre l'intérêt scientifique général, les mouvements mimiques des muscles faciaux offrent aussi un intérêt pratique notamment pour les artistes. Nous serions donc en droit de supposer que peintres et sculpteurs, ces hommes dont la tâche la plus élevée est de donner une reproduction belle et fidèle des expressions du visage hu-