LES ILLUSTRATIONS
simple matériel de 7 tons et de 5 demi-tons, est en état de produire une variété infinie de modulations et d'harmonies, suivant que les tons se suivent ou se combinent différemment, de même des variations et des modifications sans nombre du jeu des expressions se montrent sur la face humaine, suivant que les différents traits mimiques apparaissent isolés ou combinés , avec plus ou moins de force ou de faiblesse. L'on ne peut enseigner ici que les sons essentiels de la mimique ; en faire une mélodie, c'est le fait de l'artiste (1).
Au reste, afin de convaincre le lecteur qu'une passion ou une disposition s'exprime sur le visage toujours d'une seule façon et non de plusieurs, et pour montrer que les créations des artistes concordent avec ces dessins schématiques, on a ajouté çà et là des modèles d'œuvres remarquables anciennes et modernes. A cet effet, on a copié avec un soin consciencieux les gravures et les photographies originales en question ; on a « calqué » les lignes caractéristiques, mais on a laissé les ombres de côté. De cette façon, ces esquisses ont gagné en précision et en clarté, sans rien perdre de leur fidélité.
Pour l'impression, il s'agissait avant tout de reproduire les dessins avec une exactitude absolue : car, étant donnée leur grande simplicité, un seul trait manqué, un seul point omis, eût changé considérablement l'expression de la physionomie, et, par suite, le lecteur aurait été induit en erreur et l'auteur n'aurait point été compris. Il n'est pas possible au graveur sur bois ou au lithographe d'éviter jamais ces fautes, petites en apparence, mais si
(1) Il serait très à propos et désirable qu'un artiste intelligent entreprît de l'abriiiuer des têtes de plâtre d'après les modèles schématisés et fournis par l'auteur, tètes qui serviraient à l'enseignement et à l'étude dans les écoles d'art. Il est de toute évidence que de tels modèles plastiques, que l'on peut disposer comme on le veut, seraient bien plus utiles et plus pratiques que de simples dessins.
funestes en réalité. C'est pourquoi Ton a choisi la photogravure, méthode qui ne laisse rien à désirer, du moins en ce qui concerne l'exactitude de la reproduction.
Mais ce n'est pas seulement sur la face que se manifestent les mouvements mimiques, mais encore dans les muscles du tronc et des extrémités ; et c'est de ceux-ci que s'occupe de préférence Darwin. De ses propres expériences ainsi que des nombreux rapports qui lui sont parvenus des régions les plus diverses du globe (1), il résulte que les mouvements mimiques des muscles faciaux sont tout à fait de même nature chez tous les peuples, mais que, par contre, les mouvements du tronc et des extrémités, en tant'qu'expressions de certaines affections sont, chez les différents peuples, de nature très diverse suivant l'habitude, les mœurs et les occupations. Ces derniers sont manifestement des mouvements d'une nature compliquée ; beaucoup d'entre eux s'interprètent facilement, sans la moindre difficulté, d'après les principes explicatifs que j'ai posés, suivant qu'ils se rapportent à des impressions sensorielles imaginaires, ou à des objets imaginaires (-2). D'autres sont de nature pantomimique, ce sont ceux qui imitent un mouvement soudain, interrompu, sautillant, cadencé, fuyant, tombant ou montant, lahau-
{[) Darwin avait adressé des séries de questions à des missionnaires ou protecteurs d'indigènes, et les réponses reçues furent telles qu'il dit à la page 18 : « 11 résulte des renseignements qui m'ont été ainsi fournis qu'un TOème état d'esprit est exprima en tout pays avec une remarquable uniformité. »
(2) Telles sont les observations rapportées par Darwin, p. 230 : « Les sauvages -expriment quelquefois leur satisfaction non seulement par le sourire, mais encore par des gestes, dérivés du plaisir de manger. Ainsi, M.Wedgwood raconte, d'après Petherick, que les nègres du Nil supérieur se mirent tous à se frotter le ventre, lorsque celui-ci exhiba ses colliers. Et Leiclihardt dit que les Australiens faisaient claquer leurs lèvres à la vue de ses chevaux, de ses bœufs et surfont de ses chiens. Les Groënlandais, quand ils affirment quelque chose avec plaisir, aspirent l'air avec un bruit particulier, mouvement qui constitue peut-être une imitation de celui que produit la déglutition d'un mets savoureux. »