MIMIQUE DES YEUX, LE REGARD
des nombreux muscles qui les entourent que les yeux reçoivent leur expression vivante et animée. On cherchera dans les pages suivantes à prouver cette assertion. Mais des influences, de nature très diverse, apparaissant dans la mimique des yeux, notre étude doit être conduite dans un ordre rigoureusement systématique ; les différents groupes musculaires pris ici en considération seront donc isolés les uns des autres, puis leurs effets analysés séparément.
En premier lieu, nous nous occuperons des mouvements propres des muscles du globe oculaire, c'est-à-dire des différentes espèces de regard.
Le regard
Le globe oculaire repose si librement dans sa boite osseuse, qu'il peut être mis en mouvement avec la plus grande facilité et la plus grande rapidité. Ces mouvements sont dus à six muscles, qui naissent au fond de l'orbite osseuse de l'œil, et s'attachent en haut, en bas et des deux côtés du globe oculaire : muscles droit supérieur, droit inférieur, droit interne, droit externe, oblique supérieur, oblique inférieur.
Les muscles du globe de l'œil ne sont point sous la dépendance du nerf facial, mais soumis à des nerfs propres (les nerfs moteur oculaire commun, pathétique et moteur oculaire externe) ; et c'est ce qui explique pourquoi les muscles oculaires entrent enjeu si souvent et si facilement sans que les autres muscles de la face en soient impressionnés. Au reste, les nerfs des muscles oculaires naissent, de même que le nerf facial, dans le voisinage im-
médiat de l'organe psychique et, comme les muscles qui sont soumis aux nerfs faciaux, les muscles oculaires sont aussi pour le même motif facilement influencés et mis en mouvement par les impressions de l'âme.
L'homme regarde, par le fait même qu'il met en mouvement ses globes oculaires à l'aide de muscles ci-dessus dénommés et les fixe sur un objet qu'il veut voir ; l'objet fixé forme donc le point d'intersection des deux axes optiques, c'est-à-dire de deux lignes droites que l'on suppose allant du centre des deux pupilles jusqu'à l'objet regardé. Plus l'objet est éloigné, plus ce point d'intersection ou de convergence des axes visuels est loin, plus est aigu l'angle que les deux axes optiques forment à leur point de convergence, et plus les pupilles s'éloignent l'une de l'autre. Dans son traité sur la physiologie comparée de la vue, J. Millier fait quelques remarques sur l'importance mimique et physiognomonique du regard et prétend que dans le rire franc le point de convergence tombe derrière l'objet fixé auparavant; dans un état amoureux, avant l'objet ; dans un état de langueur et de vif désir, à une grande distance, etc. ; dans les affections joyeuses, l'espérance, la joie, l'admiration, l'étonnement, l'homme regarde au loin ; dans les émotions déprimantes, la crainte, la tristesse, la honte, de près, au contraire. Il dit, en outre, que l'oeil suit de préférence une ligne ondoyante, et c'est pourquoi, dans des affections qui élèvent, le regard se meut suivant les lignes ondoyantes. Le regard modeste, doux, féminin se caractérise également par son ondulation ; mais un homme dont le regard va en ligne droite d'un objet à l'autre ne produit jamais une impression agréable, et, suivant les différentes circonstances accessoires, il produit l'impression de la gaucherie, de la corruption morale, de la colère, du blâme, du mépris ou de l'envie.