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MIMIQUE DE LA BOUCHE

Les muscles de la bouche ont une triple destination ; ils servent soit à l'articulation des sons, soit à seconder l'activité du goût, soit à seconder l'activité de l'ouïe.

Nous n'étudierons évidemment que les mouvements des muscles buccaux qui se rapportent au goût ou à l'ouïe.

1. — Mouvements des muscles buccaux dans leurs RAPPORTS AVEC LE GOUT. Le goût cst de tous Ics sens €elui qui se développe le plus tôt et qui prévaut de la première à la dernière heure de notre vie. Nul autre ne domine l'homme aussi tôt, avec autant de puissance, nul ne lui reste aussi longtemps fidèle ; même le vieillard qui a perdu l'intelligence, aime encore les joies de la table et y trouve son unique jouissance, souvent la dernière fin de sa vie. Aucun sens n'élève de prétentions aussi exorbitantes que le goût en ce qui touche la satisfaction de ses fantaisies : le monde entier est mis à contribution, toutes les zones, toutes les mers sont fouillées et rien n'est épargné pour procurer à la langue un chatouillement passager, ni l'alouette de Leipzig qui par un beau soleil matinal lance aux cieux ses chants d'allégresse, ni l'huître grosse qui, au fond de la mer, mène une existence mélancolique, ni la datte sur la cime élancée du palmier du désert, ni la modeste truffe qui cache sa vertu dans le sein de la terre.

Le premier mouvement que le nouveau-né exécute, le mouvement de succion des lèvres, relève du goût et, la chose est digne de remarque, c'est aussi avec ce mouvement des lèvres que l'homme exprime sa passion la plus violente lorsqu'il donne un baiser à l'être qu'il aime.

La langue est pour le goût ce que le globe de l'œil est pour la vue ; car, de même que le nerf optique se ramifie dans l'oeil, les nerfs du goût étendent leurs faisceaux dans la langue, et, comme le globe oculaire, la langue possède aussi la faculté de se mouvoir librement, faculté qui lui permet de recueillir aussi parfaitement que possible toutes les impressions du goût. Comme le globe de l'œil, la bouche se trouve protégée par une boîte osseuse ; cette cavité est formée par les deux mâchoires ; toutefois la cavité osseuse buccale a sur celle de l'œil l'avantage de pouvoir être ouverte ou fermée à volonté, par le fait que la mâchoire inférieure est rapprochée ou éloignée de la mâchoire supérieure. L'organe plus noble de la vue est donc manifestement moins protégé que l'organe du goût, quoique plus nécessaire à la conservation de la vie.

Devant la cavité buccale, ainsi que devant l'orbite oculaire, se trouve un muscle circulaire, plat. Ce muscle orbiculaire des lèvres (fig. 5 g g,) possède comme l'orbiculaire des paupières, en son miheu, une fente horizontale (la fig. 5 ne donne qu'une moitié de ce muscle) ; comme les bords de l'orifice palpébral, les bords de l'ouverture buccale sont recouverts d'une memlîrane muqueuse, humide, rosée ; et, comme l'œil, la bouche, chez l'homme adulte du moins, est garnie de poils.

Abstraction faite des muscles moteurs de la mâchoire inférieure, l'orifice buccal est fermé par la contraction du muscle orbiculaire des lèvres, et ouvert par les antagonistes de ce muscle, fixés à son bord extérieur.

Un regard jeté sur la fig. 5 montre combien les antagonistes du muscle orbiculaire des lèvres sont plus forts et plus nombreux que ceux de l'orbiculaire des paupières. L'orifice buccal peut donc aussi subir les plus grandes variations de forme ; et, en vertu de cette variété de mouvement, la bouche jouit, en ce qui touche l'expression mimique du visage, d'une importance au moins aussi grande que les yeux.

A. — Lé trait amer (der hittere Ziirj).

Lorsqu'un objet quelconque, perceptible au goût, est placé sur la langue immobile, la sensation due à ce. contact est très vague et imparfaite ; c'est seulement quand la face supérieure de la langue est pressée contre la voûte osseuse du palais, qu'une impression complète de l'objet peut se produire sur les nerfs du goût. On sait que c'est dans les papilles caHciformes placées sur la face • supérieure de la langue que se trouvent les extrémités des nerfs gustatifs.

De là vient que si, dans la mastication, on rencontre inopinément un objet d'une saveur désagréable, on sépare brusquement les deux mâchoires l'une de l'autre afin de tenir la langue aussi loin que possible du palais, c'est-à-dire afin d'éviter autant que possible un frottement de la face supérieure de la langue et une répétition de cette sensation gustative désagréable. Ce mouvement des mâchoires est accompagné d'un mouvement analogue de la bouche; la lèvre supérieure est éloignée le plus possible de la lèvre inférieure, comme le palais l'est de la langue, par le fait que les muscles releveurs de la lèvre supérieure et des ailes du nez (fig. 5 ff.) la tirent en haut. Chacun de ces deux muscles naît à proximité du coin intérieur de l'œil et se termine par deux pointes.

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dont l'une va s'attacher à l'aile du nez et l'autre à la lèvre supérieure au milieu de sa moitié latérale. Quand ces deux muscles entrent en jeu, l'expression du visage se modifie d'une manière originale. Le rebord rouge

DE LA lèvre supérieure EST ATTIRÉ EN HAUT AU

MILIEU DE SA MOITIÉ LATÉRALE et entre CCS dcux

points LA LÈVRE SUPÉRIEURE EST RENVERSÉE, de SOrte

que la ligne de profil de la lèvre supérieure parait un peu brisée ; en même temps, les ailes du nez sont RELEVÉES et alors les deux sillons nasolabiaux, c'est-à-dire les sillons qui, partant des ailes du nez, se dirigent obliquement et se continuent jusqu'à la commissure des lèvres, apparaissent, près des ailes du

NEZ, fortement PRONONCÉS ET SINGULIÉREMENT*REC-

TiLiGNES. Dans ce mouvement de la bouche, la peau du dos du nez se plisse également, c'est une suite du relèvement des ailes (fig. 15).

Fig. 15. — Trait amer

Cette expression du visage, qui vient d'être dépeinte, qui apparaît tout d'abord avec des sensations désagréables, AMÉRES DU GOUT, sc répète aussi avec des

REPRÉSENTATIONS ET DES DISPOSITIONS TRÈS DÉS- AGRÉABLES, avec celles dont on caractérise d'une façon bien significative la nature désagréable par le mot amer.

Dans l'Introduction physiologique, on a montré que les mouvements d'expression se produisaient le plus facilement dans les muscles oculaires, et à un degré moindre dans les muscles de la bouche. C'est pourquoi, tandis que, dans des représentations et des dispositions désagréables, la peau du front seule est plissée verticalement, le trait amer apparaît aussi dans des représentations et des dispositions très désagréables (fig. 16).

Fig. 16. — Trait amer avec rides verticales sur le front

Toutefois, la signification et l'importance de cette expression du visage varient essentiellement suivant la nature du regard. Le regard est-il terne, le visage porte l'empreinte d'une souffrance amère et c'est un signe que l'homme supporte passivement des sentiments et des épreuves amères ; mais si le regard est ferme et

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COMBINAISONS MIMIQUES

ÉNERGIQUE, le visage porte alors le cachet d'une active réaction, d'une violente irritation.

Si LES YEUX SE DIRIGENT VERS LE HAUT, EN EXTASE,

naturellement les rides verticales sont absentes, et alors, pendant que la lèvre supérieure se contracte amèrement, le visage exprime un recueillement douloureux (fig. 17).

C'est là une expression mimique que les peintres cherchent à représenter dans les tableaux de la Madeleine repentante ou du moins devraient chercher à représenter; car beaucoup semblent avoir choisi ce thème plutôt pour peindre des formes nues, voluptueuses, que pour exprimer des traits profonds de l'âme.

Si, au lieu de plis verticaux, des rides horizontales apparaissent sur le front, pendant que la bouche porte l'empreinte de l'amertume, on reconnaît que l'homme s'attache à des pensées, à des souvenirs amers , qu'il s'efforce de les retenir afin d'en être impressionné longtemps (fig. 18).

Mais la physionomie est le plus violemment changée lorsque, à côté du trait amer, l'expression de la frayeur

Fig. 17. — Trait amer avec le regard ravi

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