PHYSIOLOGIE DE LA DANSE
éveillent le besoin des mouvements rythmés ; car, dès que l'on tambourine sur une table avec une canne une mesure très vive, on les voit faire des mouvements saccadés avec les bras et les jambes, et par leurs cris de joie, ils montrent le plaisir qu'ils éprouvent lorsqu'on les prend sur le bras et qu'on les fait danser selon la cadence de cette musique de bois.
Ainsi donc, les premières traces du plaisir de la danse se montrent déjà chez les enfants en bas âge; ce sont les premiers mouvements d'un instinct naturel qui se fait sentir chez les peuples les plus sauvages aussi bien que chez les hommes les plus civilisés. Mais les danses, qui doivent leur origine et leur invention à ce besoin, varient suivant les mœurs du temps et aussi suivant les particularités du pays et de ses habitants. Plus une race est forte, vivante, plus est vif chez elle le plaisir de la danse. Les danses populaires des Espagnols se caractérisent par une énergie passionnée, par une tenue orgueilleuse et un noble maintien ; en ItaHe, dans le pays de la Tarentella, elles sont d'une gaieté folle et à temps rapide, hardies et ardentes chez les Polonais et les Hongrois à la vie facile, innocentes et grossières chez les vigoureux Tyroliens. Mais plus la vie est pénible dans le froid pays du Nord, plus les soucis de l'existence sont accablants, et plus le climat inhospitalier confine les hommes dans leurs demeures étroites, plus leurs mouvements sont lourds, disgracieux, plus les danses nationales sont rares (1).
Au reste, dans toutes les danses populaires dont le rythme est l'agent moteur par excellence, les mouve-
(l) Le mode et Tespint du temps régnent sur nos danses de société. Au siècle dernier, à Tépoque des jouissances raffinées et commodes, on affectionnait les mouvements lents, mesurés et des danses gracieuses (Menuet, sarabande, gavotte, etc.). Maintenant, au siècle de la vapeur, on n'a ni le temps ni le goût des mouvements gracieux et on prélcre des mouvements rapides et des
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ments pantomimiques jouent aussi un rôle très important; il y a deux dispositions de l'âme qui, à côté de la satisfaction de l'innocent besoin de mouvement, se font reconnaître dans les danses de tous les temps et de tous les peuples : l'amour, la soif des combats. Chez les peuples sauvages, c'est la danse guerrière qui domine, c'est-àdire la représentation pantomimique du combat; dans les danses nationales de peuples pacifiques et civilisés^ au contraire, c'est l'amour qui s'y représente par des mouvements des plus différents et des plus variés, lorsque des mouvements qui cherchent et fuient, qui attirent et repoussent, qui se donnent et s'irritent, accompagnent le rythme de la danse.
danses impétueuses (galop valse, polka, etc.) Dans les temps antiques, on exécutait des danses solennelles aux solennités religieuses et des danseurs chantaient, par exemple, des hymnes dithyrambiques en l'honneur de Bacchus. Puis ce vieil usage passa à la tragédie grecque où le chœur accompagnait les vers à mesures différentes de ses chants par des mouvements de danse à rythmes divers (cf. mon article : Zur Natursgechichte des Tanzes, Kôlnische Zeitung, 30 juin 188-2).