‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 61 sur 110 · CAUSES DU RIRE · texte numérisé non relu

CAUSES DU RIRE

le bulbe crânien les racines des nerfs respiratoires sont en rapport avec le centre nerveux du toucher.

Mais on peut encore faire d'autres objections à la théorie de Hecker. Tout d'abord, le danger qui doit menacer le cerveau d'hommes chatouillés, à la suite d'une diminution de pression sanguine, me semble être exagéré ; car, si le rire et l'engorgement sanguin qui en est la conséquence peuvent compenser le manque de sang si redouté dans le cerveau, la logique veut cependant que l'on admette que tous les autres mouvements renforcés d'expiration produisent aussi le même effet que le rire; ils occasionnent un engorgement sanguin très violent et dangereux du cerveau, alors que la pression du sang au cerveau était auparavant une pression normale, non diminuée par le chatouillement. Mais avec quelle facilité les efforts d'expiration les plus violents, les plus* persistants ne sont-ils pas supportés ? C'est ce que nous^ montrent les musiciens par exemple, qui jouent des instruments à vent et qui durant des heures entières s'exercent sur le trombone ou la flûte sans constater la moindre gêne du cerveau. Donc, le cerveau possédant en tout cas une très grande aptitude à s'accommoder aux diverses conditions de pression, il ne paraît pas très vraisemblable que, si une sensation douloureuse a réellement pour conséquence un engorgement sanguin au cerveau, cet engorgement se fasse sentir assez anxieusement pour provoquer le besoin de sanglot, ce qui, selon l'opinion d'Hecker, combat la congestion dont le cerveau est menacé. Il admet en outre que la douleur, à sa première période, produit, aussi bien que le chatouillement, un rétrécissement des vaisseaux sanguins, une crampe vasculaire des artères cérébrales qui ne se traduit que peu à peu en un élargissement des vaisseaux ; or, des causes semblables faisant conclure à des effets semblables, ou

devrait s'attendre à ce que toute sensation subite de douleur s'exprimât d'abord, aussi bien que le chatouillement, par le rire. Or, d'où vient-il donc, c'est là ce que l'on peut se demander, que, si un homme est surpris par une sensation douloureuse soudaine, on ne le voit jamais rire, mais toujours crier? La théorie de Hecker ne donne aucune réponse satisfaisante à cette question.

La deuxième partie, la plus importante de l'ouvrage de Hecker, traite de l'essence et de l'effet du comique, particulièrement de l'esprit, que Fr. Th. Vischer définit : « un art de réunir, à n'en former qu'une seule, avec une rapidité surprenante, plusieurs représentations qui sont à proprement parler étrangères l'une à l'autre, d'après leur objet et le nexus auxquels elles appartiennent. » Hecker démontre : « que, dans toute impression comique, deux sentiments sont provoqués, un agréable et un désagréable, qui doivent être de même force et naître simultanément, de sorte qu'ils se heurtent l'un l'autre avec une certaine soudaineté, condition nécessaire de la pointe. » Pour lui, l'essence du ridicule réside « dans une lutte accélérée des sentiments, c'est-à-dire dans de rapides oscillations entre le plaisir et le déplaisir ». Il est en cela d'accord avec Vischer qui s'exprime ainsi : « Le sentiment joyeux du ridicule est un sentiment agité par opposition. Les membres opposés forment une unité pleine de contradictions et, comme ils sont les uns dans les autres, leur existence force le sentiment à osciller entre eux, ce qui fait l'impression d'une alternance rapide entre la joie et le déplaisir, et de telle façon que celle-là est doublée par celui-ci, mais ne saurait non plus exister sans lui. C'est donc plaisir par déplaisir, plaisir double parce qu'il est épicé par le déplaisir, mais c'est cependant le plaisir avec le déplaisir. C'est un sentiment agité au plus haut point, où le plaisir vibre dans le déplaisir, le

Page 1