‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 72 sur 110 · ÉTUDES DE PORTRAITS · texte numérisé non relu

ÉTUDES DE PORTRAITS

la bouche doit sourire, les yeux briller et tout l'éclat serein d'un beau jour est répandu sur le visage. Voilà ce que l'on veut et ce que l'on fait; voilà ce qui s'est fait et se fera toujours. Prenons comme exemple ce que Krusenstolpe (Der russische Hof. B, III, p. 184) dit du portrait de l'impératrice Catherine : « C'est le célèbre peintre Lamps qui l'exécuta quelque temps avant la mort de la princesse et réussit à lui donner une grande ressemblance, bien qu'il l'eût embelli avec un pinceau quelque peu flatteur. Toutefois, lorsque Catherine remarqua que la ride malheureuse qu'elle avait à la racine du nez, qui donnait je ne sais quoi de sombre à l'expression de son visage mais rendait justement sa physionomie si caractéristique, n'était pas tout à fait oubliée, elle en fut très mécontente et prétendit que Lamps lui avait donné un air par trop sévère et méchant; il dut s'incliner devant la volonté de l'impératrice, retoucher le portrait et le gâter en faisant qu'il ressemble maintenant à une jeune nymphe. » Il en fut de même du portrait de Jules César que l'empereur Napoléon III voulait joindre à son oeuvre connue. Après une étude consciencieuse de vieux bustes et d'antiques médailles, le peintre Ingres avait composé un portrait qui ne plut pas à l'empereur parce qu'il n'avait pas de ressemblance avec Napoléon I". Ingres dut alors en faire un autre qui révèle en effet une ressemblance incontestable avec Napoléon P^ H. Scheube fait quelques communications intéressantes sur les portraits de Wallenstein : « C'est le héros guerrier qui pose en personne devant le peintre du portrait qui se trouve au château de Friedland, autrefois la résidence de Wallenstein, et, d'après des témoignages authentiques, c'est l'image la plus ressemblante du duc de Friedland, tandis que celui du château de Dux, près de Teplitz, la résidence actuelle de la famille, doit être plus ou moins une création de l'imagina-

tion de l'artiste. Nous avons coutume de nous représenter le célèbre général comme un homme au regard sombre, aux cheveux roux et courts, à la barbe à la Henri IV de même couleur. C'est ainsi que nous le mon trent le portrait suspendu à l'hôtel de Ville d'Eger et celui qui se trouve dans la galerie du château de Metternich à Kœnigswarth, près de Marienbad en Bohême. Le portrait du château de Friedland en diffère de tout en tout. Nous voyons là un homme de taille moyenne, avec une tête petite, étonnamment pointue, qu'entourent les boucles opulentes d'une chevelure brune qui retombe jusque sur les épaules. Le visage étroit a une expression particulièrement terne, voilée, presque maladive. On n'y remarque rien du regard d'aigle si célèbre. C'est la dissimulation, le calcul et la ruse que nous lisons plutôt sur ces traits tendus, pincés ; il n'y a rien du génie du héros. Tous les autres portraits de W^allenstein produisent une impression incomparablement plus forte; le spectateur passerait indifférent peut-être auprès de celui du château de Friedland s'il ne savait pas en face de quelle peinture il se trouve. »

Les photographies sont naturellement beaucoup plus sûres que les portraits peints ; mais encore celles-ci ne sont pas d'une façon absolue aussi ressemblantes qu'on voudrait le croire. Tout le monde sait par sa propre expérience combien différentes photographies de la même personne sont parfois peu semblables ; bien des fois même l'on ne reconnaît un ami dans sa photographie qu'après l'avoir regardé attentivement. C'est la vanité humaine qui est une cause du peu de ressemblance de ces images; on sait qae le moment de pose est excessivement court ; on veut toutefois se présenter de la façon la plus avantageuse, et on se pose devant l'instrument avec une certaine attitude forcée ; celui-ci veut paraître sérieux, celui-

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