C'est la comparaison de l'homme avec les animaux
qu'il reconnaît comme étant la méthode la plus juste. Si chez des animaux d'espèces différentes, des qualités intellectuelles analogues se trouvent jointes à des qualités corporelles analogues, cette simultanéité est une preuve que les uns sont les causes des autres. Et si donc l'on rencontre chez un homme ces qualités corporelles, on peut en conclure aux qualités intellectuelles correspondantes.
De gros nez, comme ceux des bœufs, annonceront la paresse; de gros bouts de nez, comme ceux des porcs, la stupidité; des nez pointus, comme ceux des chiens, l'humeur colérique; des nez camus, comme ceux des lions, la magnanimité; des nez arqués, comme ceux des corbeaux, l'imprudence; des nez aquilins, comme ceux des aigles, la magnanimité ; etc. Des poils épais sur la poitrine et le Xîorps, comme chez les oiseaux, signifieront la loquacité; des renflements sous les côtés comme chez les bêtes à cornes et les grenouilles, la sottise et la verbosité ; un dos courbé, comme celui des chevaux, la vanité et l'inintelligence; des poils fins, comme ceux des chevreuils, des lièvres et des brebis, la timidité ; des poils grossiers, comme ceux des lions et des sangUers, le courage.
Si le ton du travail d'Aristote n'était point si sérieux, on serait souvent tenté de prendre ces opinions pour des plaisanteries. Il sera facile à chacun de se convaincre par sa propre expérience que les conclusions d'Aristote ne sont rien moins que pratiques. Même ses prémisses sont en grande partie superficielles et inexactes. Lorsqu'il dit, par exemple, que les poils des animaux braves sont toujours rudes, il oublie la panthère, l'ours, la martre qui ne sont cependant pas des animaux lâches et dont la peau douce est particulièrement estimée comme fourrure. D'après cette théorie, le hérisson serait incontestablement l'animal le plus brave, vu qu'Aristote, dans son livre sur les animaux, III, 18, 3, décrit les pointes du hérisson comme des poils.