‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 76 sur 110 · ARISTOTE ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

ARISTOTE ET SES SUCCESSEURS

Il dit en outre que les hommes chez qui la lèvre supérieure s'avance au-dessus de la lèvre inférieure sont sots comme les singes et les ânes; cependant 1 ane n'est pas un animal bête, mais seulement un animal très entêté. Sans doute on entend très souvent dire : « il est bête comme un âne », mais c'est à tort, car c'est le bœuf qui se distingue par sa bêtise, et l'âne par sa rusticité. .

Plus tard, Joh. Baptista Porta [De humana Physiognomia Hanovise, 1593^ a remanié et continué la théorie d'Aristote, et, à cette occasion, il a découvert une grande ressemblance entre Platon et un prudent chien de chasse (lib. III, p. 65).

Puis, au commencement de ce siècle, J. Cross essaye de nouveau {An attemjot to estahlish Physiognomy upon scientific princijjles^ Glasgow, 1817) d'utiliser l'anatomie comparée pour en faire la base d'une physiognomonie scientifique. Plus le corps se rapproche de l'animal, plus l'esprit est bestial. Mais, selon lui, les diverses parties du corps humain ne servent pas seulement à l'accomplissement des fonctions animales, mais elles possèdent aussi une signification symbohque pour les qualités de l'esprit. Un exemple suffira pour montrer quelles conclusions audacieuses et fantaisistes se font jour dans ce travail. Il est dit, page 179 : « Delarges mâchoires, qui peuvent recevoir beaucoup de nourriture, sont un signe que toutes les fonctions s'accomplissent énergiquement. Mais les fonctions n'ont pas besoin d'être nécessairement de nature intellectuelle, et comme l'on peut conclure du cerveau aux fonctions intellectuelles, et de la largeur du cerveau à l'énergie des fonctions intellectuelles, de la largeur relative du crâne et des mâchoires ressort la largeur du lit des courants intellectuels. Conséquemment où les mâchoires sont plus larges que la tête, le lit des courants au cerveau est large, mais la source est pauvre.

Cette forme relative de la tête et des mâchoires est caractéristique pour de fortes passions et' un faible entendement ; conséquemment aussi, là où les mâchoires ont à peu près la même largeur que la tête, la source alimente et remplit complètement le canal. Ce rapport relatif de la tête aux mâchoires prouve que l'homme peut concentrer toutes ses forces intellectuelles sur un seul objet, qu'il est apte à des travaux scientifiques. En outre, où les mâchoires sont de beaucoup plus étroites que la tête, là le canal est trop étroit pour les riches arrivages de la source, de sorte que les courants intellectuels jaillissent en jets comprimés. Dans ce cas, la force intellectuelle se manifeste toujours très énergiquement et avec une grande intensité, mais dans un cercle restreint. »

De nos jours, Carus, dans sa Symbolik. cler menschlichen Gestalt, a tenté, avec un grand étalage d'esprit et d'érudition, d'appliquer la méthode d'Aristote non seulement aux traits de la face, mais encore aux autres parties du corps humain (1).

Toutefois, ses conclusions théoriques sont en opposition évidente avec les données de la vie journalière, et pendant que l'hypothèse aristotélicienne apparaît en quelque sorte plausible dans une considération superficielle, une étude sérieuse, un exposé complet de ses conséquences en démontrent précisément le peu de solidité.

Un homme tel que Carus ayant échoué dans sa tentative, on aurait dû s'attendre à ce que cette voie fût abandonnée pour toujours. Mais tout récemment le major et peintre danois Sophus Schack (Physiognomische Studien. aus dem Daenischen Mit 121 Illusirationen, léna, 1882) a soufflé de nouveau sur le charbon

(l) c'est dans le même esprit que Carus, que d'Arpentigny et Burmeister ont écrit le premier sur la signification symbolique de la main, celui-ci sur le symbolisme du pied.

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