ARISTOTE ET SES SUCCESSEURS
éteint : Il affirme que certaines particularités du caractère se trahissent par des ressemblances de la physionomie humaine avec des faces d'animaux. Il distingue : des visages léonins (comme chez Mirabeau), des visages d'oiseaux de proie (général Bernadette), des visages de renards (Talleyrand et beaucoup de jésuites), des visages de singes (Voltaire), des visages de hyènes (Robespierre), des visages de chats (Lola Montez et beaucoup de femmes), des visages de brebis et de chiens, et il fait remarqi^r que nulle part il n'a observé l'expression d'une fière honorabihté, telle qu'on la trouve chez les nobles chiens de chasse, plus fréquemment qu'à Paris, à l'Hôtel des Invalides, chez les vieux grognards de Napoléon La vache, le porc, le perroquet, l'âne, le . lièvre, l'ours, la belette, le bouc, le hibou, voire même le rat et la merluche, sont autant de sujets de comparaison.
Citons encore ici, pour être complet, quelques écrivains plus anciens qui ont rendu hommage à la théorie d'Aristote et ont exposé leurs vues physiognomoniques soit dans des ouvrages spéciaux, soit incidemment : Ce sont : Théophraste, Galien, Pline, Trogus, Avicenne, Rhazes, Adamante, Albert le Grand, Jérôme Cardan, Tadeus Hagesius, Jean d'Indagine, Gordon, Peuschel, Grattarol, Lebrun, Parson, Gama de Manchado, A. Toussenel, etc. La plupart de ces ouvrages sont excessivement rares; ils sont enterrés dans la poussière des bibliothèques et je puis, avec une conscience tranquille, conseiller au lecteur de ne point troubler leur repos bien mérité. L'un a copié l'autre, et l'on ne s'en étonnera pas, si l'on sait combien de siècles ont reconnu aux doctrines d'Aristote l'autorité la plus absolue.
Quelques physiognomonistes, tels que Samuel Fuchsius, Livius Agrippa de Manferrato, Peucer, Goclenius, etc., ne se contentèrent pas, du reste, d'interpréter le
caractère de l'homme d'après la forme de son visage, ils voulurent aussi y lire ses destinées futures; les folles élucubrations de l'astrologie et de la chiromancie passèrent ainsi à la physiognomonie. Les lignes du front furent aussi, à l'instar des lignes de la main, dénommées d'après les cinq planètes connues alors, afin que Ton pût avec leur aide annoncer l'avenir. Goclenius, par exemple, [Physiognomiea et chiromantica, specialia ab Adolpho Goclenio, Hambourg 1671] appelle les quatre plis horizontaux du front, en commençant par le haut : Linea Saturni, Jovis, Martis, Veiieris^ les phs au-dessus de l'oeil droit : Lineœ solares, et ceux au-dessus de l'oeil gauche : Linea? lunares, — Et le système était parfait ! C'était des planètes que dépendaient les destinées des hommes, on n'avait plus à le démontrer, les noms des planètes furent donnés aux plissements du front; conséquemment, les rides frontales eurent alors la même importance' astrologique que les planètes. Ne portaientelles pas les mêmes noms ?
« II ne faut pas trop se tourmenter Car justement où manquent les idées Un mot se présente à propos! » (Gœthe.)
La\ ater et ses successeurs 1
Lavater, qui s'est occupé très sérieusement de physiognomonie, a aussi contribué pour beaucoup à la discréditer dans les centres scientifiques. Ses dispositions naturelles et les tendances de son temps firent de lui un rêveur sentimental. Pénétré de la dignité de l'humanité et de la sienne propre, il chercha, dans l'extérieur de l'homme, l'expression symbolique de sa subhmité et de sa