LAVATER
ressemblance divine; dans les traits du visage, le miroir de l'âme ; et, par un don spécial de divination physiognomonique, il se crut apte et appelé à déchiffrer dans les formes et les lignes du visage les qualités les plus cachées du caractère de ses semblables. Ses doctrines prêchées avec une grande assurance et une suffisance loquace, faisant très grand effet, et non seulement trouvant un accueil enthousiaste dans le grand public, mais excitant aussi le vif intérêt d'hommes comme Goethe, sa vanité remporta de grands triomphes. Ses sentences physiognomoniques, obscures et équivoques comme des oracles, rencontrèrent une créance d'autant plus grande qu'elles étaient plus incompréhensibles, et il se complut dans son rôle de Messie physiognomonique et dans l'illusion d'avoir été chargé de régénérer le monde et d'assurer le bonheur de l'humanité. Il est vrai qu'en ce temps déjà, des hommes tels que hichtenherg (Ueber Physiognomili wiclerdie Physiognomen), etMusaeus (Physiognomische) Reisen, etc., protestèrent au nom du bon sens contre les absurdités et les caprices de la divination de Lavater et flagellèrent de leur satire mordante la crédulité du public. Toutefois, la superstition a la vie dure : Lavater et Physiognomonie sont devenus depuis cette époque des concepts inséparables, et celui qui prononce l'un des deux mots pense aussi l'autre. Sans doute, il est rare de rencontrer aujourd'hui quelqu'un qui ait lu les œuvres de Lavater; malgré cela — ou peut-être pour cette raison même — il passe toujours aux yeux de beaucoup pour une autorité, et son nom est devenu aussi populaire que n'importe quel autre. Mais c'est en vain que l'on s'efforcerait de découvrir un principe dirigeant ou bien une hypothèse discutable dans les phrases empoulées des quatre volumes de son ouvrage : Fragments physiognomoniques pour l'avancement de la connaissance
et de l amour de riiumanité ; dès que l'on s'efforce de saisir ses belles phrases, elles éclatent comme des bulles irisées de savon.
Une seule fois, il fait une faible tentative pour exprimer en principes intelligibles ses vues confuses ; c'est à la page 121 du deuxième volume (de la petite édition) où il est question de silhouettes. Que l'on écoute: « Mais d'une façon générale, pour ne dire ici qu'une seule des centaines de choses qui peuvent encore être dites sur ce point, choses qui ne sont pas encore assez élaborées et trouvent leur place çà et là, particulièrement dans les exemples cités ; d'une façon générale, la silhouette exprime bien plus la disposition naturelle que la réalité du caractère. La deuxième section, contour du front jusqu'aux sourcils, et la troisième section, espace qui s'étend du sourcil à la racine du nez, au point d'attache du nez, montrent le plus souvent et le plus sûrement l'entendement et la force active ou passive de l'homme. Le nez : le goût, la sensation, le sentiment. Les lèvres : de préférence, la douceur et la colère, l'amour et la haine. Le menton : le degré et la nature de sensualité. Le cou, avec la nuque et la pose, décide du plus ou moins de relâchement ou de tension, de droiture franche dans le caractère. Le crâne non pas tant la force que la richesse de l'entendement. Le derrière de la tête: la mobilité, l'irritabilité, l'élasticité du caractère ».
Mais ces propositions ne sont nulle part l'objet d'un exposé systématique ou d'un commentaire serré, appuyé sur des exemples pratiques, de sorte qu'une discussion sur ce point n'est pas possible.
Les exemples suivants montreront comment Lavater procéda dans sa caractéristique et son déchiffrement des physionomies (vol. I, p. 60) : « Moncrif : Il n'est pas d'homme , de connaisseur d'hommes qui rangerait ce visage dans la catégorie des têtes sottes. — A. Durer : un