LAVATER
portrait dont nul ne peut soutenir qu'il ne possède pas un courage viril, un regard profond, etc. — Johnson : Même l'œil le moins exercé reconnaitra dans ce regard l'homme à la vue profonde, qui écoute tout. — Une esquisse d'après Sturz : d'après le sentiment physiognomonique, du moins d'après celui de tout homme du monde, une tête capable qui saisit facilement, etc. — Spalding : Il n'est personne qui, à la vue de ce visage, ne reconnaisse un homme plus qu'ordinaire, etc. — Ou bien : Même pour l'ignorant, le front et les yeux sembleront être d'un penseur. — Sterne : Parmi tous les lecteurs, il n'en est pas un seul, même le moins exercé, qui conteste à ce visage un esprit profondément mordant et pénétrant », etc., ad infinitam.
Mais c'est en vain que l'on cherche chez Lavater des raisons et des preuves : avec des phrases telles que celle-ci : « Quel est l'homme qui, ne possédant qu'une trace de talent physiognomonique, ne voit pas ceci et cela dans cette bouche, dans ce nez ! » il effraie la critique et impose au lecteur comme autant de vérités ses opinions personnelles.
Très originales sont aussi ses idées sur la science et ses exigences ; vol. I, p. 73, il dit : « Folie que de vouloir faire de la physiognomonie une science afin que l'on puisse en parler, écrire sur elle, faire des cours et les entendre!» Plus loin, vol. I, p. 71 : « Qu'est la science où tout est déterminable, où rien n'est laissé au goût, au sentiment, au génie. Malheur à la science s'il en existait une telle ! » Enfin, vol. I, p. 105 : « Vous deviendrez tout aussi peu physiognomonistes, parce que vous lisez mon livre, que vous deviendrez de grands médecins parce que vous entendez Bœrhave,ou des hommes d'Etat éminents, parce que vous aurez lu Grotius et Puffendorf et saurez Montesquieu presque par cœur ! »
Par ce naïf aveu, il reconnaît lui-même toute la vanité de sa prétendue doctrine, tout en se faisant en même temps un compliment qui n'est aucunement modeste.
Sihler [Symbolik des Antlitzes, Berlin, 1829) marche sur les traces de Lavater, mais, dans sa présomption, il va encore plus loin lorsqu'il affirme à de fréquentes reprises que son travail est un travail scientifique. Comme Lavater, il confond constamment la signification et l'importance des os de la face avec celles des muscles faciaux, et dépasse encore, si la chose est possible, son modèle par l'inépuisable richesse de ses phrases ampoulées. Comme spécimen de sa prétendue science, je citerai ce qu'il dit, page 27 : « Je ne puis quitter le plateau frontal sans mentionner les saiUies longitudinales et transversales particulières qui partagent souvent la haute plaine en carrés et en parcelles régulières en lui donnant l'apparence d'un jeu d'échecs ; il est incontestable que, dans cette disposition, réside le signe symbolique d'une confusion intime, indissoluble, d'ergotie sombre, de vanité et de présomption », et page 37 : « Les nez de bélier [vulgo nez busqué] sont un indice de bassesse intellectuelle. Or, chez des éleveurs de brebis passionnés, la contemplation amoureuse des mérinos peut développer un nez de bélier », et enfin, p. 40 : « Les nez pointus appartiennent aux avares, aux visiteurs, aux sbires, aux agents de la police et aux commis des douanes, les nez de charretiers et les gros nez aux portefaix, aux emballeurs et aux matelots, aux artilleurs, etc. »
Gall, Carus, Camper el les dernières recherches
On semblait être en droit de s'attendre à ce que la phrénologie fût d'un grand secours à la physiognomonie.