GALL
et, en effet, si les affirmations de Gall et de ses successeurs (Spurzheim, Noël, Seiler, Struve, Combe, Scheve, etc.), étaient justes, on aurait trouvé une base scientifique au moins pour une partie de la physiognomonie, pour la région frontale. Malheureusement, il n'en est pas ainsi. Toutefois, si je crois devoir m'arrêter ici et insister sur les doctrines de Gall, je le ferai non pas tant parce que, en dépit de leur caractère non scientifique démontré, elles comptent toujours des partisans, que parce que, depuis la découverte de la phrénologie, il s'est répandu partout des idées fausses sur l'importance physiognomonique du front.
Les phrénologues posent en tête de leur théorie un principe auquel l'on ne saurait refuser une certaine justification. Ils prétendent que le soi-disant grand cerveau, qui de ses nombreuses circonvolutions recouvre les autres parties du cerveau et se trouve immédiatement au-dessous de la boîte osseuse du crâne, est l'organe de l'activité de l'âme, et que les différentes facultés de l'àme sont localisées dans des districts rigoureusement limités de la surface du grand cerveau. Or, des recherches physiologiques et des expériences pathologiques confirment sans doute la justesse de la première moitié de cette proposition, et comme on a démontré également de nos jours que certaines aptitudes, par exemple celle de la mémoire des mots, ainsi que celle de l'ouïe, du toucher et du goût conscients, dépendent de la constitution normale de certaines régions du grand cerveau, il n'est pas invraisemblable qu'avec le temps l'on ne réussisse à localiser encore d'autres aptitudes intellectuelles. Mais ces découvertes dont je viens de faire mention ne rendent aucunement la théorie de Gall plus vraisemblable, mais, au contraire, elles la contredisent formellement, car les parties visées de la surface
du cerveau sont réclamées par lui pour des facultés de l'âme tout à fait autres et de nature très différente. Il n'en établit pas moins de vingt-sept, de manière que bien souvent les qualités les plus hétérogènes se trouvent placées les unes à côté des autres — le rospect à côté de la fermeté, la prévoyance à côté de l'amour des applaudissements, l'amour des enfants à côté du pouvoir de concentration, le sens de la musique à côté de l'esprit, etc. Les lignes frontières étant tracées au milieu des différents lobes cérébraux, il faudra bien que les phrénologues admettent que la même fibre cérébrale est facétieuse jusqu'à un certain point et devient musicale aussitôt après. Mais toute la faiblesse, tout l'arbitraire de ce système deviennent manifestes quand on considère que la partie de l'organe psychique, qui est reconnaissable (ou plutôt qui doit l'être) à l'enveloppe extérieure du crâne, est seule mise à contribution, mais qu'on laisse tout à fait hors d'étude un cinquième environ de la surface du grand cerveau, c'est-à-dire les parties qui se trouvent au-dessus de l'orbite osseuse des yeux et celles qui se trouvent au fond de la fente centrale qui partage le cerveau en deux moitiés latérales. Ces dernières parties qui ne se reconnaissent naturellement pas à l'enveloppe extérieure du crâne, étant par le fait incommodes pour les phrénologues, sont simplement laissées en dehors de toute considération, et l'ensemble des facultés de l'âme est réparti sur la surface palpable du crâne.
Maintenant, en ce qui concerne l'affirmation selon laquelle la forme de l'enveloppe extérieure du cerveau dépend de la conformation de la surface cérébrale qui se trouve au-dessous d'elle, on sait qu'en général cette relation peut être vraie, mais toutefois elle ne trouve absolument pas d'application à la partie inférieure du front. Les phrénologues sont partis de cette idée que