CARUS
l'homme se distingue de tous les animaux principalement par le développement considérable de son front. Après avoir concédé la partie supérieure du front au pouvoir de conclusion et de comparaison, il restait encore un nombre considérable de facultés intellectuelles humaines qu'il fallut loger aussi bien que possible sur l'espace étroit situé au-dessus des cavités orbitaires; c'était la seule place, encore inoccupée, de l'enveloppe extérieure du crâne, et l'on y transporta donc le sens du temps (musique), de l'ordre (calcul), des couleurs (peinture), du poids (habileté de la main) et encore quelques autres. Mais si l'on voulait aussi acquiescer à cette affirmation hautement invraisemblable, que la partie du cerveau, située immédiatement derrière les sourcils et au-dessus d'eux, est réellement le siège des facultés de l'esprit mentionnées ci-dessus il serait toutefois impossible de concéder que ces organes phrénologiques se reconnaîtront à leur couverture osseuse, car il se trouve ici, entre les deux surfaces interne et externe de l'os crânien, des espaces creux, les soi-disant cavités frontales, qui peuvent être de grandeur très diverse chez les différents hommes et ne permettent en aucune façon de porter des conclusions sur les parties cérébrales placées derrière elles.
Plus tard, Carus a tenté de donner une nouvelle base à la phrénologie en posant l'hypothèse d'après laquelle le cerveau antérieur, le grand cerveau, est l'organe des facultés de l'entendement ; le cerveau moyen, les tubercules quadrijumeaux, etc., l'organe des sentiments ; le cerveau postérieur, le cervelet, l'organe de la volonté. La grandeur et l'aptitude du cerreau antérieur se reconnaîtront à l'os frontal, celles du cerveau médian à l'os pariétal, celles du cerveau postérieur à l'os occipital. Toutefois, si la physiologie du cerveau n'offre jusqu'aujourd'hui que très peu de points de repère assurés,
cependant l'on peut affirmer, avec un fort degré de vraisemblance, que le cerveau médian ne jouit' que d'une importance tout à fait subordonnée pour la vie de l'âme et que le cervelet sert essentiellement à transmettre l'uniformité des mouvements coordonnés. Mais même en admettant que l'hypothèse posée par Carus fût vraie, l'on ne saurait toutefois arriver à comprendre de quel droit il prétend conclure du développement considérable de l'os pariétal à un développement considérable du cerveau médian, car le cerveau médian, relativement très petit, est recouvert, comme par une voûte, par la masse considérable du grand cerveau ; la forme et la grandeur des os pariétaux dépendent donc, en premier lieu et principalement, de la forme et de la grandeur des parties du grand cerveau qui se trouvent placées en dessous.
Pendant que les doctrines phrénologiques de Gall comptent encore des partisans crédules, notamment dans l'Amérique du Nord et en Angleterre, elles sont tombées en Allemagne de plus en plus en discrédit. Seulement, de même que certaines théories, quoique reconnues fausses depuis longtemps, laissent bien souvent encore leurs traces dans le pubhc, certaines opinions phrénologiques se sont aussi implantées partout, bien qu'elles se rapportent à un domaine où les affirmations des phrénologues sont manifestement le plus faibles — au front.
Il serait facile de démontrer que, depuis la découverte de la phrénologie, les artistes ont traité et idéalisé le front dans leurs portraits avec une prédilection marquée. Autrefois l'on n'avait pas une aussi bonne opinion des fronts élevés qu'aujourd'hui. Les anciens Grecs donnaient à leurs nobles formes divines un front droit, il est vrai, mais plutôt bas que haut; et Aristote cite (Histoire natU" relie des cinimaux, chap. viii] un grand front, puis de nouveau un front grand, rond, charnu comme signe de