‹ La Mine et les mineursChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE I 'Le Teii avant remploi du Charbon · texte numérisé non relu

CHAPITRE I 'Le Teii avant remploi du Charbon

« L'Art de produire le feu est le premier degré de notre science », a dit un savant. On évalue le nombre des espèces vivantes de mammifères à 3 000 environ, et à 47 000 le nombre des espèces de vertébrés. L'liomme*parmi tous est le seul capable de faire du feu, le seul à Tatlitude verticale, le seul aussi (|ui pour scruter les mystères du ciel lève la tète et pense quelquefois.

La connaissance du feu marque le premier pas du génie humain, dans cette longue suite d'inventions qui ont conquis la nature et fait monter l'espèce humaine de l'état purement animal jusqu'au degré de civilisation atteint par les peuples modernes.

Pour juger du chemin parcouru, il nous faut imaginer les lointains ancêtres qui, les premiers, firent jaillir la flamme par le frottement de deux morceaux de bois, dur et tendre (insécables pour eux avant le silex), par la percussion de deux minéraux ou par la compression de l'air, et les comparer

lO La Mine et les Mineurs.

à leurs descendants actuels : une pression légère et rapide sur un Ijouton, sur un levier, et « la lumière, la chaleur, sont! »

Les procédés longs et difficiles pour obtenir le feu forcèrent les premiers hommes et même encore ceux des peuplades sauvages (Bornéo, Tasmanie) à le conserver comme une chose des plus précieuses, et à le considérer comme une divinité. Même aujourd'hui, c'est un péché de cracher dans le feu chez les paysans russes.

Le feu purifiant tout, chez les anciens Mongols un étranger ne pouvait franchir le seuil de la tente qu'après s'être purifié en sautant par-dessus un bûcher embrasé.

Presque partout, c'est aux femmes qu'incombe le soin de conserver le feu. Chez les Australiens, celles qui par mégarde le laissent éteindre sont punies sévèrement. On sait que, chez les Romains, la Vestale qui avait commis cette faute la payait de sa vie : elle était enterrée vivante!*

La difficulté de le faire naître par les moyens primitifs et les bienfaits nombreux dévolus à ses possesseurs expliquent la vénération dont il fut l'objet. Elevé au rang de divinité par plusieurs peuples Aïnos, jNIongols, entouré d'un respect superstitieux tout au moins, il domine l'existence de tous les hommes, qu'il délend contre la mort.

Les Papous de la Nouvelle-Guinée, inhabiles à créer le feu, soit paresse, soit maladresse, n'hésitent pas à faire plusieurs lieues pour en chercher chez la tribu la plus voisine.

La vieille locution populaire, au sens comminatoire : « Je vous montrerai de quel bois je me chaulfe! » ne peut s'employer, si on a le souci de

Le Feu avant ï emploi du Charbon. n

la vérité, dans toutes les contrées, car dans certaines le seul combustible est la « tourbe ». Plus déshérités encore, les Esquimaux, les Tchoutches, se chauffent avec de la graisse de phoque ou de renne; philosophiquement ils s'en contentent et en tirent chaleur, lumière et nourriture. Mais, plus près de nous, à Sainl-Yérand, dans les Hautes-Alpes, le village le plus haut d'Europe, situé à 400 mètres au-dessus d'immenses forêts, le transport du bois étant presque impossible dans ces régions inaccessibles aux charrettes ou aux animaux lourdement chargés, les habitants ne se chauffent guère qu'avec les bouses de leur bétail, préalablement séchées soigneusement.

En Bretagne, dans le village de Lescoff à la Poinledu-Raz, bois et charbon peuvent être facilement apportés. Mais, — pauvreté ou économie? — les paysannes font encore avec les bouses mêlées d'un peu de terre des sortes de briquettes qu'elles mettent sécher sur les innombrables petits murs séparant leurs champs ou plutôt leurs landes.

Le jour oii par le choc du silex et du fer l'homme vit jaillir le feu en étincelles, le briquet était né; et ce moyen, toujours en usage, a suffi, avec le bois comme combustible, à la satisfaction des multiples besoins humains au cours de l'incommensurable suite des siècles.

Le charbon de terre, les allumettes chimique» (jeunes de moins d'un siècle), nous amènent au sujet que nous allons traiter.

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