CHAPITRE II Le Charbon
En 1769, — c'est triiier ! — le « charbon de pierre », comme on Tappela, fit sa première apparition à Paris, attiré par la disette générale que les spéculations englobées sous le nom de « Pacte de Famine » avaient provoquée.
Cette année en vit l'apogée.
En cette même année naquit, en Corse, Bonaparte.
Ces deux faits présentent à l'esprit attentif une matière à d'amples réflexions.
Le charbon, autrement dit « la houille », ce précieux combustible qui a seul rendu possible le bienfaisant mais formidable développement de l'industrie moderne, a été pendant longtemps l'objet de patientes recherches pour déceler son origine, sa formation.
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De toutes ces hypothèses dont la plus ancienne touchait la vérité sans la voir. — (Antoine de Jussieu avait reconnu des fougères tropicales dans les empreintes), — il n'en subsiste qu'une, récente, considérée comme incontestable, et dont voici le résumé.
La houille est un combustible minéral qui renferme de 75 à 90 p. 100 de carbone pur. Par distillation, la houille fournit des carbures d'hvdroo^ène et divers autres gaz, notamment le gaz d'éclairage. Le résidu de la distillation constitue le coke.
Les houilles dites sèc/ies sont celles qui donnent beaucoup de gaz, brûlent avec beaucoup de ilamme et sans fumée, et contiennent de 75 à 80 p. 100 de carbone. Les houilles i^/asses sont assez riches en produits volatils et ont de 80 à 90 p. 100 de carbone. Les houilles maii^res donnent par combustion un coke pulvérulent, brûlant sans fumée, et possèdent de 90 à 93 p. 100 de carbone. Les anthraci/es sont encore plus riches en carbone et ne donnent pour ainsi dire pas de gaz à la distillation. Ces variétés se distinguent par leur éclat, leur feuilletage, leur compacité, etc.
Formation et origine de la houille.
On sait depuis longtemps que la houille s'est formée grâce à l'accumulation de débris végétaux ayant vécu princij)alement à une époque géologique très reculée désignée sous le nom de carbonifère, époque où les continents étaient bien plus vastes qu'aujourd'hui. Grâce au microscope, on a pu y reconnaître la présence des tissus qui constituent les végétaux.
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Des savants tels fjue ( jrand'KLiry. Henault. Zeiller. ont étudié les restes des plantes qui entrent dans la composition de la houille. Ces plantes, quoique très variées, appartiennent à des groupes botaniques d'une organisation des plus simples. En outre des Algues, qui jouent d'ailleurs un rôle peu important dans la formation des houilles, les Cryptogames \cisculfiires (fougères, lycopodes. prèles) et les gymnospermes ont seuls iourni les éh^ments de notre combustible minéral.
Les représentants actuels de ces grands groupes botaniques sont encore très nombreux; mais, alors que nos Fougères et nos Prèles n'offrentde nosjours que des espèces de petite taille (les plus grandes connues ne dépassent guère 1 m. 50). les types semblables de l'époque carbonifère atteignaient des dimensions colossales : les Lepidodendron et les Sigillari.fl. par exemple, ne mesuraient jjas moins de 25 à 30 mètres de hauteur.
La perfection avec laqui-lle les tissus végétaux se sont conservés exclut l hypothèse d'après laquelle le- plmtes houillères auraient été injectées de bitume provenant des profondeurs de la terre. La transformation des végétaux en houille est due à des actions comparables a celle- r|ui prt}sident a la l'urluatiou de la tourbe ou des lignites. On admet aujourd'hui, sur la foi des savants les plus compétents, que la liouillification est le résultat d'une macération dans l'eau où entrent en jeu des microorganismes. B. Renault a d'ailleurs découvert dans certaines houilles des microorganismes nettement fossilisés.
On a longtemps discuté sur les conditions dans lesquelles les gisements de houille ont pris naissance. .Se sont-ils formés sur place à la manière des
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tourbes ou des ligniles, ou résultent-ils de Taccumulalion de végétaux charriés, ou bien appartieniKMit-ils suivant les cas à l'une ou Tautre de ces deux catégories? Cette dernière hypothèse est, on va le voir, la j)lus vraisemblable.
On a constaté dans divers bassins houillers, celui de Saint-Etienne par exemple, la présence de troncs de Siiiillaria transformés en houille et disposés perpendiculairement aux couches de houille ellesmêmes: ces troncs auraient été enfouis et houillifiés dans la position même oii ils ont vécu. Ils sont presque toujours coupés à une faible hauteur et enracinés; les racines sont enchevêtrées dans celles de la plante voisine. Il est dès lors incontestable que souvent des couches de houille ont pu se former dans des marécages boisés, à la manière des lignites. Mais il a pu aussi y avoir dans ces marécages transport de matériaux végétaux, comme semble le prouver la position des autres restes de plantes fossilisées couchés à plat dans les lits de houille.
M. Fayol, un éminent ingénieur français qui a longtemps dirigé les exploitations de houille de Commentry, a reconnu que les dépôts dans lesquels sont intercalées les couches de houille de cette localité sont des formations torrentielles, dues à des cours d'eau qui se jetaient dans un lac. Ces rivières édifiaient à leur embouchure des amas de sédiments comparables à ceux des deltas. Les couches de houille intercalées dans ces amas se présentent, comme les autres sédiments, en stratification entre-croisée, racinées, descendantes. La « grande couche » de Commentry est recouverte par des couches de schiste et de grès inclinées, et entre ces couches
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la houille pénètre en coins au lieu de présenter à«on toit une surface de séparation plane.
Les troncs debout ne sont pas rares à Gonimentrv, mais les troncs couchés, d'après Fayol, y sontcentfois plus nombreux. Ces faits s'expliquent dans l'hypothèse d'un flottage ; il arrive en efïet dans nos grands fleuves actuels que des arbres charriés s'enfoncent verticalement dans les alluvions du delta. On sait aujourd'hui que, dans les régions tropicales, il se forme parfois sur les grands cours d'eau, ou dans les lacs, tels que le Tanganyka, de véritables forêts flottantes arrachées aux berges et amenées par les courants.
L'origine lacustre de la houille a été longtemps la seule admise; mais, depuis les observations de certains géologues éminents tels que Suess et H. Douvillé, on est en droit d'admettre que la houille a pu aussi se former dans la mer. Dans le bassin houiller du Denetz, dans les Asturies, il y a de noml^reuses alternances de couches de houille et de calcaires à fossiles marins. Dans le Carbonifère du Yorkshire et du Lancashire, à des bois fossiles décomposés, à des vases charbonneuses, se trouvent associées des coquilles de Céphalopodes voisins des Ammonites, indubitablement animaux marins.
Il ne manque d'ailleurs pas, sur le fond des mers actuelles, de nombreux exemples d'accumulation de végétaux qui se déposent à une distance souvent considérable du rivage. Il a été dragué, au large des Caraïbes, à 1800 mètres de profondeur, des feuilles, des tiges, des fruits, à tous les états d'altération; une constatation identique a été faite dans le golfe du Mexique, en avant des bouches du ]Mississipi.
« La fermentation houillère peut donc avoir lieu
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aussi bien dans la mer que dans les eaux douces, à la condition qu'il n'y ait point de courant profond apportant de l'oxygène en quantité suffisante pour que la décomposition soit complète \ »
Il y a deux mille ans, dit M. Knab, que l'on fit pour la première fois mention de ce combustible. Théophraste, élève d'Aristote, dit dans ses écrits : « Ces substances fossiles qu'on appelle charbons, et que l'on brise pour s'en servir, sont des substances terreuses, et pourtant elles s'enflamment et brûlent comme du charbon de bois. On les trouve en Ligurie, en Élide, sur la route d'Olympie, au delà des montagnes; elles sont employées par les forgerons. »
Saint Augustin rapporte qu'on employait la houille dans la pose des bornes, « et cela, dit-il, à cause de sa matière indécomposable, afin qu'elle put, même un assez long temps, servir de témoignage contre les personnes qui voudraient assurer qu'il n'y eut jamais de bornes en cet endroit ».
On a beaucoup discuté pour savoir où l'on fit usage de la houille pour la première fois en Europe. Les Belges ont prétendu que leurs ancêtres les premiers s'en servirent, et donnent pour preuve que le nom de « houille » est dérivé du mot ^vallon « hoie » — (Littré le trouve au xii'^ siècle dans le bas latin « hullae »); — mais il apparaît que l'usage de ce combustible, si abondant dans leur pays, a commencé chez les habitants de la Grande-Bretagne.
Whitaher, dans son « History of Manchester », pense que les anciens Bretons se servaient de la houille, et il appuie son opinion par ce raisonnement : « Les eaux amènent fréquemment du haut