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CHAPITRE X

Vie du Mineur.

L'homme aime la lumière, le soleil le réjouit, comme il répand la vie sur toute la nature. On ne peut donc contester que le travail de la mine ne soit pénible dans la nuit et que le mineur au cours de sa vie est privé d'une longue part de lumière, de chaleur solaire, pourtant si nécessaires. Au jour, dans toutes les usines, tous les chantiers, l'on entend les ouvriers chanter, fredonner pendant leur travail; dans la mine, jamais. Cette vie anormale, aux multiples dangers, offre si peu d'attrait à ceux qui ne l'ont pas pratiquée très jeunes, que les ouvriers des champs ou d'autres métiers en sont effrayés tout d'abord. Dans les centres miniers, quand on voit ces hommes noirs, à la sortie des puits, s'en aller silencieux, courbés, alourdis, vers leurs logis, l'émotion vous fait déplorer leur sort.

Mais, parmi eux aussi, il y a une sorte d'aristocratie ouvrière. Ces privilégiés se trouvent dans les

sociétés riches, dont le rapide développement a rendu nécessaire la création de cités ouvrières, surtout dans les régions où elles ne pouvaient plus recruter l'excédent de leur personnel. Ces cités, que l'on montre aux visiteurs, sont parfois composées de maisonnettes fleuries, entourées de petits jardins, de salles de réunion, bibliothèques, salles de bains où les mineurs déposent leurs vêtements de travail et se nettoient; parmi ces heureuses exceptions, on connaît certaines mines allemandes dont les installations sont presque luxueuses. C'est peut-être l'avenir pour tous; mais, en l'attendant, la grande majorité des mâihurès sortent de la mine pour se réfugier dans des maisons grises de suie et lamentablement tristes, où ils prennent malgré tout des soins corporels à citer en exemple. Car, chaque jour, en rentrant chez eux, ils se plongent dans une baignoire, faite le plus souvent d'une moitié de barrique, d'où ces nègres sortent blanchis, en ne gardant que la tenace cernure des yeux qui donne à leur regard l'éclat recherché des acteurs!

I^es UKinirs régionales qui peuvent établir quelque dillérencc entre les mineurs des divers pays n'effacent pas ce qui est le produit même du genre de vie de ces hommes et qui leur imprime un caractère commun, La sobriété relative imposée aux mineurs, la solidarité devant des dangers connus de tous, et pour les mêmes raisons une discipline qu'ils ont l'intelligence d'accepter, sont des traditions fidèlement observées dans les vieilles mines où l'élément étranger " n'a pas pénétré: car si, l'on connaît quelques drames miniers provoqués par des grèves, des conflits entre hommes éclatant violemment au jour, il n'est pas d'exemple, croyons-nous.

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de vengeance assouvie dans la mine, où pourtant l'impunité serait presque assurée.

La tempérance du mineur cesse le jour de paye et son lendemain. A ces heures, ceux de la Loire ont le goût immodéré et exclusif du vin dans leurs bruyantes beuveries, qui sont également traditionnelles. Naguère, les anciens y pratiquaient les jeux du tir à l'arc antique^ le baculot, la souffle (sarbacane à flèche empennée).

Le 4 décembre, la Sainte-Barbe, leur fête patronale, est annoncée par des salves d'artillerie éclatant de tous côtés. Ce jour-là, on les voit par milliers, en long cortège, groupés derrière les drapeaux de leurs puits et vêtus de noir, avec des ceintures rouges et des chapeaux à larges bords; ces mineurs aux pommettes saillantes, au teint blême, ivoirin, aux yeux maquillés, sont suivis d'hommes vêtus de noir qui leur ressemblent comme des frères...

Et si, en l'honneur de leur sainte patronne, ils font parler la poudre excessivement, le vin, le bruit, les font non moins parler, chanter la joie de la lumière, eux d'ordinaire si silencieux, si isolés dans leur vie souterraine.

Les sociétés minières, dans un but philanthropique, social, et aussi sous la pression des événements, ont fondé depuis longtemps des caisses de secours, des pensions en cas d'accident, des retraites pour la vieillesse. En y joignant l'absence de chômage, le mineur a donc certains avantages péniblement conquis et que d'autres corporations peuvent envier.

Le salaire varie suivant les régions. Dans le Pasde-Calais, le salaire moyen en 1907 était de 5 fr. 56; dans la Loire, ce salaire était de 4 fr. 29, et de 5 fr. 22

dans l'ensemble de la France, pour i) heures de travail et plus, sans voir le jour. Des ouvriers plus habiles arrivent parfois à des salaires de 7 à 8 francs et même au-dessus.

Il y a en France 130 000 mineurs du fond, et dans le monde entier 2 800 000 hommes environ sont occupés au fond ou au jour dans les houillères. Ces maîtres de Flieure représentent donc à peine la population de Paris.

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