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CHAPITRE III

Histoire des mines, des origines jusqu'au XJX' siècle.

Aimez-vous le mot mine? on l'a mis un peu partout. Il remonte à la plus haute antiquité et, en regardant d'un peu près, on en voit toute l'importance, puisqu'on le retrouve dans les langues des peuples les plus divers. Il est égyptien, grec, latin, gaélique, kymri, irlandais, etc. Il domine tous les êtres vivants, car ils sont tous formés de corps minerau.i\ d'où résulte l'unité de la matière, et chacun de nous porte en soi assez de fer pour clore son manteau de sapin. Les choses les plus opposées sont mises sous ce vocable. Il est, à différentes époques : monnaie, poids, mesure de capacité; il désigne tous.les travaux des hommes sur la terre, et leur prestance et leurs émois! Ne dit-on pas de Ihomme, suivant les cas, qu'il a fière, belle, jolie, mauvaise^ bonne, froide, grise mine? II est toxique avec le rouge niinium et alibile avec le blanc minotier, etc.

Les richesses minérales ont été depuis longtemps le sujet de conflits entre les peuples, conflits que notre temps ne peut que multiplier, puisqu'elles sont, après les aliments et les vêtements, les ressources les plus indispensables à l'homme.) Malgré les longues recherches archéologiques, les savants systèmes établis et détruits successivement, on ne sait à peu près rien sur les primordiales découvertes minérales avant que le fer eût armé la main de Thomme et lui eût donné les moyens de pénétrer dans les entrailles de la terre; son attention ne put s'arrêter que sur les métaux qui se trouvent à la surface du globe et qui sont naturellement doués de l'éclat, de la pesanteur, de la malléabilité, qui les distinguent des autres minéraux. Les métaux qui se trouvent le plus fréquemment dans cet état de pureté naturelle, et que l'on nomme alors métaux natifs ou vierges, sont l'or ou le cuivre. Tout paraît nous indiquer que les premiers centres d'extraction furent dans la zone des plus anciennes civilisations, en Arménie, en Ghaldée, en Asie Mineure ou en Egypte. Il est vraisemblable que l'or, apporté de l'Asie septentrionale et de l'Inde par caravanes, alimentait ce trésor des rois perses qui a joué un si grand rôle dans les relations avec la Grèce, très pauvre en or jusqu'aux guerres médiques. Les gisements d'or de l'Arménie, ceux de la Colchide, ont donné lieu aux fabuleuses légendes de la Toison d'Or conquise par les Argonautes et au poème de Hérédia : Jason et Médée :

Par l'air magique où flotte un parlum de poison Sa parole semait la puissance des cliarmes ; Le Héros la suivait et sur ses l^elles armes Secouait les éclairs de l'illustre Toison.

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Il est curieux de remarquer que la toison d'or de Jason est encore employée pour recueillir For dans les alluvions de l'Amou-Daria . C'est une peau dont la toison est tondue jusqu'à un centimètre de la racine, de manière à donner au toucher l'impression du velours. De 5 en 6 centimètres une rigole est ménagée à peau rase en travers du courant, afin que les grains d'or fin y pénètrent et soient arrêtés ensuite par la laine.

Les mines de l'Asie ^Mineure ont été longtemps fameuses et ont fait naître les antiques légendes du Pactole de Crésus, roi de Sardes, ou de Midas, roi de Phrygie, changeant en or tout ce qu'il touchait.

Cinq siècles avant Jésus-Christ, il y avait dans ces contrées quelques grands centres d'extraction, qui sont cités par Hérodote. La Phrygie était riche en or; Tantale, les Pélopides, puis Priam, y tiraient leur métal précieux des mines Astyra au nord de Troie, et le métal, autant qu'Hélène de Sparte, attirait probablement les Grecs et déterminait la guerre.

Au v^ siècle, c'est grâce aux mines d'argent du Laurion, dont la prospérité est si intimement liée à celle d'Athènes qu'on peut leur attribuer la victoire finale de la Grèce sur les Perses et la merveilleuse floraison civilisatrice du temps de Périclès, que la pauvre Attique au sol aride et infécond a pu vivre, prospérer, échanger, concjuérir; et l'obscur mineur, peut-être égéen ou phénicien, qui. le premier, a reconnu la présence d'un métal précieux dans les cailloux informes du Cap Sounion, s'est trouvé, en permettant l'épanouissement de la ville unique, exercer une influence prodigieuse sur les destinées de l'humanité, sur nos arts et notre pensée.

C'est par les mines que l'on s'enrichissait à

Atliènes; les « chouettes laurotiqiies » (monnaies portant la chouette d'Athéné) étaient un sujet de plaisanterie courante tout autant que de convoitise. Une curieuse inscription nous fournit le prix de l'or acheté pour la fameuse Athéné chryséléphantine de Phidias inaugurée en 438 : 44 talents d'or fin, soit environ 30 millions de francs en tenant compte de la valeur différente de l'or à celte époque. Cela donne une idée de la magnificence, de la somptuosité de Périclès.

Le cuivre, plus dur et plus commun, servit à fabriquer leurs meubles et leurs armes; il paraît avoir précédé le fer dans cet usage; dès les temps fabuleux nous voyons par les descriptions des historiens d'Homère, que les armes, les cuirasses, les casques de leurs héros étaient en cuivre ou bronze, comme on l'appelait alors. Diodore de Sicile rapporte que les premiers outils des mineurs étaient faits de ce métal et qu'on en a trouvé de semblables dans d'anciennes mines.

Homère ne parle pas moins du fer, ainsi que d'autres métaux. Le bronze, considéré comme un métal plus noble, était réservé aux armures des chefs. Mais le bronze est un alliage de l'étain et du cuivre et l'on ne trouve pas l'étain vierge; l'attention de l'homme, éveillée par le cuivre et l'or, rechercha les minerais brillants comme le métal, comme les pyrites, galènes, et les fondeurs de cuivre en brûlant ces minerais apprirent le secret de leur fusion. Bien des siècles avant Homère, le fer était connu. Quelques terres ocreuses ayant été soumises à l'action du feu, le fer s'en dégageant se révéla à l'homme. Sa dureté et ses autres qualités en font une des plus importantes découvertes que les hommes aient faites;

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armé de ce nouveau métal, l'homme se trouve supérieur à ce qu'il avait été. Moïse fait honneur de cette découverte à Tubalcain... C'est à l'aide du fer qu'on parvint à entailler les roches les plus dures, que l'on put ibuiller la terre et s'enfoncer dans les mines, et dès lors commença l'art de les exploiter. Sur les bords de la mer Noire, à Alybda, on trouvait un fer si célèbre par sa qualité, que cet endroit a donné son nom au meilleur des fers, à l'acier.

Les Perses étaient célèbres par l'art de travailler le fer et l'acier. En Egypte, les Pharaons tiraient de très grandes richesses des mines d'or et d'argent extraites des confins de ce pays. D'après les auteurs, l'on croyait généralement que les matières minérales renaissaient à leur gîte, étaient inépuisables. Les premières exploitations ne furent faites ((u'à peu de profondeur; mais bientôt, plus étendues, elles fixèrent le regard des princes, qui en revendiquèrent la propriété, et les Pharaons s'approprièrent les mines d'or.

Parmi les Grecs, l'art des mines fut principalement exercé par les Athéniens dans l'extraction du plomb et de l'argent. En face de l'Attique, l'île d'Eubée renfermait des mines de fer dont les travaux souterrains firent dire à Xénophon qu'on avait formé le projet de pénétrer dans l'empire de Pluton. L'île de Chypre était fameuse par le cuivre qu'on en tirait. Ce sont encore les mines du Laurion qui permirent aux Athéniens de construire une Hotte de guerre de cent trirèmes commandée par Thémistocle en 484 et leur valut la victoire de Salamine et un chefd'œuvre d'Eschyle.

Depifls la fondation de Rome jusqu'à la fin de la seconde guerre Punique, on se livra peu à l'exploi-

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tation des mines; les rives du Tibre étaient pauvres en minéraux métalliques.

]Mais, dans l'intervalle de la seconde guerre Punique au règne de Tibère, les Romains, vainqueurs de presque tous les peuples alors connus, attachèrent une grande importance aux mines, source de richesses de plusieurs nations vaincues.

Parmi les mines, il y en avait qui étaient exploitées au nom de l'Etat : celles d'or et d'argent.

On désignait, sous le nom cVaui-eiiu'i, de nieiaUarii, ceux qui étaient condamnés et employés à ces sortes de travaux; ils ne pouvaient s'éloigner des mines pour aller habiter ailleurs.

Lors de la décadence de l'Empire romain, l'Etat ne s'occupa plus de celles-ci; d'où les abus naquirent en foule. Ces exploitations, conduites sans règles et sans précautions, furent anéanties.

Werner pense que les nations qui s'établirent en Allemagne et dans les Gaules, venant de l'Orient, des bords de la mer Noire, de la Caspienne, de la Dacie, etc., pays abondants en mines, continuèrent à s'occuper, dans les lieux oii elles se fixèrent, d'un art dont elles connaissaient Futilité, et avec lequel elles étaient familières.

D'autres historiens prétendent, au contraire, que c'est de la Bohème que les mineurs se sont répandus dans le reste de l'Allemagne. Voici ce qui paraît étayer leur opinion. Du temps de Tacite, la liohême, habitée par les Marcomans, était déjà renommée par les métaux (ju'on en retirait. Ces peuples ayant été chassés par Arminius. chef des Chérusques, le pays resta désert et se couvrit d'une vaste forêt. Dans le vil'' siècle, une colonie de Croates ou Dalmatiens s'établit en Bohême.

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Ces nouveaux habitants connaissaientrart d'exploiter les mines, qu'ils avaient appris des Grecs. Ils pratiquèrent ce genre de travail, et dès le siècle suivant le duc Priniislaus (725) lit battre monnaie. Le peuple s'était tellement occupé de cette nouvelle industrie, que l'agriculture fut négligée, au point que, dans le ix'^ siècle et surtout au xii^ siècle, l'on fut obligé de restreindre le travail des mines.

Puis il y eut l'arrêt général du monde occidental par les invasions barbares, tandis qu'à Bysance se conservaient les traditions de toutes les connaissances humaines dont les Croisés, refoulés sur l'Europe par la conquête musulmane, tirèrent profit quand ils furent rentrés dans leurs pays, en exploitant les richesses minérales.

Nous ne parlerons que pour mémoire de la découverte du Nouveau-^Monde qui fit successivement la grandeur, la richesse et la profonde décadence de l'Espagne, pour nous borner à traiter en quelques lignes le seul cas de la France.

Les Gaulois étaient si abondamment pourvus d'or qu'ils en portaient des parni'es dans leurs combats. 11 y en avait des mines dans les Pyrénées, le Plateau central, en Bretagne, dans les Alpes, et l'épuisement actuel des gisements ne nous permet pas de nier leur richesse ancienne.

Au cours du moyen âge, l'industrie minérale fut, en France, de peu d'importance jusqu'à Jacques Cœur; le grand argentier de Charles VI et de Charles Vil, qui, ayant beaucoup voyagé, vu et comparé, avait appris ailleurs ce qu'il y avait à faire dans cette branche d'industrie, a joué un rôle dans les tentatives de cette époque en inspirant les ordonnances de Charles VI (1413), notre premier code minier,

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car ce financier possédait des mines d'argent, de cuivre et de plomb dans le Lyonnais.

11 y a eu en France un grand nombre de mines métallurgiques, à peu près toutes anéanties aujourd'hui. sauf celles de fer. L'on extrayait le plomb argentifère dans les Vosges (Giromagny, Belfort), à Pontgibaud en Auvergne, aux Chalanches dans l'Isère, à Pescy en Savoie, en Bretagne, etc. L'on extrayait de Lo r à la Gardette en Dauphiné, le cuivre dans le Rhône et les Pyrénées, etc. ; mais ce sont les mines de houille, plus précieuses à certains points de vue que celles d'or, qui ont occupé depuis longtemps la première place. Dès 1315, Newcastle importa du chaibon en France, mais les premiers gisements houillers exploités furent ceux de Saint- Etienne : ses forgerons, depuis le xii^ siècle, utilisaient ce combustible, dont l'usage ne se généralisa à Paris que cinq cents ans plus tard. Au xvif siècle, il }• eut les gisements exploités d'Aubin (Gard), et au xviii'" siècle ceux d'Anzin, etc. Dans les derniers siècles, les mines ont offert un vaste champ d'exploration à la géologie moderne, qui a pu en dégager quelques lueurs de vérités, mais vérités d'aUente^ car, ne l'oublions pas, la vérité ne doit-elle pas sortir du puits dans toute sa splendeur?

Bien qu'on connaisse des mines anciennes déplus de 200 mètres de profondeur, le travail souterrain était rendu impossible à des profondeurs moindres, par l'absence d'aérage que l'on ne pouvait produire et l'assèchement des galeries, que l'on ne pouvait obtenir faute d'engins d'épuisement suiïisamment puissants.

Car l'inondation des voies souterraines est le plus grand lléau de l'industrie jainière. Ce n'est qu'au xii" siècle que l'on se préoccupa nécessairement d'éle-

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ver les eaux à l'aide de machines. Les mineurs du Cornwall, de l'Auvergne, du Lyonnais, de la Weslphalie, étaient obligés d'épuiser à bras d'hommes les nappes d'eau qui envahissaient rapidement les galeries et menaçaient d'anéantir leurs travaux. On installa des manèges de chevaux qui exigeaient un grand nombre d'animaux et de grosses dépenses.

En 1663, Edward Porner&et^ marquis de W o r-

cester, imaginait la première machine à feu. Elle permettait d'élever en une minute quatre grands seaux d'eaii-,àune hauteur de quarante pieds par un tuyau de huit pouces de diamètre. Cette machine fut perfectionnée par Papin, Savery, Desaguliers et Smeaton. L'entente cordiale déjà!

La machine éiévatoire construite en 1774 par ce dernier consommait 38 kilos de charbon pour élever 726£00^ kilos cFeau à un mètre de hauteur. Des nouveaux perfectionnements, le plus important fut apporté par Neacomen, qui sépara la pompe du moteur, lequel moteur, modifié par Watt, devint susceptible d'actionner toute espèce de mécanisme industriel. C'est après plusieurs années de recherches, de mise au point, et après avoir dépensé un million à ses associés, que ^^'att put tirer parti de son fameux « parallélogramme » qui fit la machine à vapeur à double effet. Que d'efforts, que de tristesses, dans le progrès humain! C'est à ces longues luttes contre l'inondation des mines que nous devons l'origine de la machine à vapeur. On peut donc dire que toules les industries non seulement doivent à Ijjidustrie minière une grande partie des matières premières qulelles utilisent, mais encore les grands progrès réalisés depuis l'utilisation des moteurs à vapeur.

Bien que la découverte d'une mine ait été souvent due au hasard (jui se manifeste à l'esprit oJjservateur, comme il arrive dans les plus grandes inventions, on recherche les gisements minéraux en se basant sur des indications scientifi(jues ou historiques. Ainsi, par l'étude des caractères minéralogiques des gangues, et des associations de roches, on sait que le cuivre est généralement voisin de roches magnésiennes; le plomb voisine avec le baryte et la chaux; l'or et l'étain sont accompagnés de quartz; la houille l'est de p3'rile de fer, schistes, grès quartzeux. L'alfleurement au jour du charbon, qui semble être un peu en contradiction avec la théorie admise de sa formation, a fait le grand étonnementde l'enfance de l'auteur, dont la maison natale était Jîâtie sur un filon de houille, et il se souvient toujours avec émotion de la cave féerique aux parois scintillantes!

Les indications archéologiques, l'étymologie des noms désignant. certaines localités, permettent aussi de retrouver des gisements autrefois connus. Par exemple, les mines d'argent de Laurium, ville de l'ancienne Grèce, avaient été exploitées par les Grecs pendant plusieurs siècles, puis abandonnées vers le troisième de notre ère; en 180."), des Français prirent la riche succession de ces lointains devanciers.

Avant l'organisation financière moderne (des industries à gros capitaux, à grosse production), les concessions de mines étaient assez facilement octroyées, moyennant une fail)le redevance, par l'Etat, à des particuliers possesseurs du terrain superficiaire. C'est ce qu'on a appelé les propriétaires « tréfonciers », dont, par conséquent, les droits de propriété sont à peu près ce qu'ils étaient à Rome,

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où le propriétaire du sol était réputé avoir dans son domaine le ciel et les enfers. La redevance peut être fixe (0,05 à 0,10 centimes par hectare de superficie) ou proportionnelle (0,50 à 1 franc environ par tonne extraite). A partir du 1" octobre 1913, les mines de houille ont été frappées d'un impôt de 0,50 centimes par tonne de houille vendue.

En réalité, de nos jours, la propriété du tréfonds a été séparée pres(jue partout de la propriété superficiaire, ce qui fait naître, entre les exploitants et les propriétaires des « terres au soleil », des procès interminables et ruineux pour les sociétés minières.

Autrefois, les mines de houille furent souvent mises en valeur par ces propriétaires tréfonciers, qui, aidés de quelques ouvriers, construisaient des fendues, des galeries, le plus économiquement possiljle, et, sans aucune précaution et aucun contrôle, allaient chercher le charbon hors même de leurs terrains!

A la suite de ce procédé de travail primitif qui dura jusqu'en 1810, les éboulements, les explosions, les inondations, se succédaient et faisaient de nombreuses victimes. Peu de jours passaient sans dresser quelques croix. Ces galeries superposées, abandonnées après épuisement de la houille, créèrent des évidements dangereux, et rendirent le sol mouvant, dans lequel se produisirent parfois des effondrements subits ou des tassements lents, funestes aux constructions de la surface et au sentiment de la verticale, que l'inclinaison plus ou moins prononcée des édifices afflige un peu! Malgré, ou à cause de tous les dangers dont la mine menaçait non seulement les mineurs, mais ceux qui vivaient au-dessus d'elle, il s'était créé, dans l'àme des habitants des

contrées houillères, un sentiment, bien diminué maintenant, ayant quelque similitude avec celui des marins pour la mer, « la nourrice toujours aimée et redoutée ».

On vit de bien modestes tâcherons et leurs femmes acquérir une belle aisance, mais toujours sous la menace, à chaque seconde, de la mort veillant sans cesse; comme pour les attirer à jamais, elle envoyait à quelques-uns le bonheur de rencontrer une bonne i>eine, filon de houille dont la qualité et la facilité d'extraction faisaient une source de gains élevés et rapides (c'est sans doute pour cela que nous disons une bonne veine pour une bonne chance).

Parfois ces heures fortunées étaient suivies de Tanéantissement de la famille entière, surprise dans la joie de son travail par le grisou ou un éboulement.

Ces alternatives de périls, d'espoirs, de deuils, de prospérités subites, avaient confusément donné^ dans Tesprit de ces hommes, une sorte de personnalité à la mine, en avaient fait pour eux comme une sombre et formidable divinité, que Ton peut approcher chaque jour sans jamais la connaître entièrement, et qui leur permettait de vivre d'elle en attendant qu'elle les dévorât.

La mine, comme la mer, agissait sur l'ânie humaine par le puissant attrait de l'inconnu.

11 me souvient d'un conte, tiré d'une véridique histoire, dans lequel M. Marc Le Guet a rendu avec intensité toute l'horreur des tragiques hasards des anciens pays de mines.

En voici le résumé.

Il faut dire d'abord qu'au quartier des mines, on marche sur un sol dénivelé. Les trottoirs chevau-

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chent, et les maisons, zébrées de fissures comme si elles avaient subi des coups de foudre, portent des plaques appelées témoins et qui marquent la date des dommages ainsi faits aux murailles.

Pourtant, dans ces inquiétantes demeures lézardées, les mineurs vivent avec insouciance. De temps en temps on fait évacuer celles d'entre elles trop menaçantes, et l'on indemnise propriétaire et locataires dépossédés.

Un vieil avocat original, millionnaire et sordide, — cela arrive ! — à la suite d'un long et coûteux différend, avait déclaré la guerre à une société minière du pays. 11 acquit au-dessus des galeries de cette société un terrain qu'il savait oscillant et plein de traîtrises. Il bâtit dessus une rue entière, qu'il dénomma « rue de la Vengeance! » et doubla sa fortune à faire de savants procès à son ennemie.

Il avait poussé le raffinement... de sa vengeance jusqu'à construire, — chose extrêmement rare en ces endroits, — une maison à trois étages, triplant ainsi à l'avance les indemnités que la malheureuse société ne pouvait manquer de verser, le jour, inévitable, oii ce somptueux immeuble aurait le sort commun.

Dans la plus belle des maisons du quartier des mineurs, le hasard faisait habiter la plus belle des jeunes filles nées chez les perereux (nom donné aux mineurs). On l'appelait la Merveille, tant sa beauté frappait ces pauvres gens. Elle passait, harmonieuse, superbe d'autant plus au milieu de tous ces êtres débilités par le travail souterrain.

Si les mineurs l'admiraient, ils ne l'aimaient pas. Ils évitaient de s'approcher de cette fille si différente des leurs. Et pourtant elle ne leur était pas étrangère.

r3epuis des générations, pères et fils, dans sa famille, avaient vécu dans le sol noir, et étaient morts, conformément à la tradition : dans la mine... Les enfants de la mine aiment leur mère qui les tue; et la mine est jalouse de ceux qu'elle détruit.

Aussi dut-elle gronder en voyant la fille de ses plus rudes gas la trahir. Car la ^lerveille n'aimait pas la mine et dédaignait les mineurs! Elle avait suivi des cours, était employée chez un fabricant de rubans; elle aimait le fils de son patron, et en était aimée! C'était le reniement total.

Le jeune homme, après une longue attente et la mort de son père, vint, fidèle à sa promesse, demander la main de la Merveille.

La mine l'entendit-elle gravir les étages de la plus belle maison de la rue de la Vengeance?

Peut-être le murmure du ressentiment soulevé par la nouvelle l'en a-t-elle empêché?

C'est le beau jour du mariage !

La Merveille, radieuse, attend dans sa robe de fête! La porte s'ouvre. C'est le propriétaire, le vieil avocat, exploiteur d'une mine de procès.

« Hé! hé! petite, on se marie? On quitte cette bonne maison? C'est trop tôt... Vous allez perdre l'indemnité... Elle n'en a pas pour longtemps! Cela vous est égal? Ah! la jeunesse! On n'en a jamais de trop, ça vous aurait fait une dot!... Enfin! toujours pressés, les enfants!... Vous avez tort, j'aurais plaidé votre affaire. Non?... votre fiancé arrive? et vous partez pour toujours? »

Le vieux s'en va maugréant.

A l'autre bout du quartier une voiture capitonnée de blanc fait venir sur les portes femmes et enfants. Les roues ébranlent le sol et font trembler les vitres

Histoire des Mines.

aux fenêtres; le lirait doit se répéter à Tinfini dans les entrailles de la mine. Sait-elle qu'il annonce le départ, la fuite de la renégate?

La voiture entre dans la rue de la Vengeance.

« ^'ous ne pouvez pas vous tromper, crie au cocher le fiancé, c'est à la plus haute maison, la seule qui ait trois étages !

— Mais c'est qu'on n'en voit point de maison à trois étages! » bougonne le cocher... pendant que les chevaux s'arrêtent d'eux-mêmes devant un rassemblement de gens criant et gesticulant.

Le jeune homme saute à terre :

« La maison! crie-t-il, je ne vois pas la maison?

— Elle est dedans, monsieur ! » lui répond un mineur en lui montrant le sol...

L'immeuble, en effet, était entré, tout entier, dans l'abîme, ensevelissant la ^lerveille, mais épargnant le créateur de la rue de la Vengeance.

Les mineurs cro3'aient que la mine s'était vengée.

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