J. -B. ISABEY
SON PORT HAIT PAR LUI- ME ME (A M. Edm. Taigny)
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JEAN-BAPTISTE ISABEY
précieux que les billets de banque dont le même travail fut, plus tard, rétribué. »
Ceci , et peu de chose avec , très peu , lui permettait bien juste de manger. Il profitait de ses loisirs pour courir les fêtes républicaines, pour flâner et mettre en son oeil les observations qui lui furent plus tard d’un particulier profit. Un jour de 1791, à moins d’un an de la fuite de Varennes, Isabey est à Meudon, il en voit revenir le Dauphin et en prend un croquis d’album, aujourd’hui à Madame Rolle. L’exposition des artistes libres, ouverte pendant une quinzaine, à la Fête-Dieu, 45, rue de Cléry, reçoit trois œuvres de sa main : sous le n° 99, divers portraits en miniature; sous le n° 100 , un portrait de femme en pied assise en un bois ; sous le n° 106, des portraits dessinés au crayon ou en manière anglaise. Cette manière anglaise, il la recherche dès ses premiers pas dans le métier. Il a vu des Downman, s’en est amusé, et en tente l’imitation. Plus tard, ses effigies « sous voiles » , ses portraits aériens auront cette origine à près de vingt ans de distance, et ceci, Isabey ne le dit pas, peut-être même en 1843 a-t-il un peu perdu le souvenir de la rue de Cléry. Cette première manifestation lui fut comptée.
« Quoique sans numéro, s’écriait un critique, M. Isabey, nous ne vous oublierons pas. Vous dessinez à merveille et vous avez une très belle couleur. M. Sicardi, votre élève, vous surpassera, mais vous serez après lui. » Aussi , en 1793 , lorsque, sous le n° 208 du livret, il avait fourni un cadre de miniatures, on s’écrasait devant. Delécluze, qui n’est ni romancier ni très amplificateur, raconte qu’il manqua d’y étouffer. La raison de cette vogue ? Tout bonnement les portraits choisis par lui, qui comptaient parmi les illustrations les plus capiteuses de l’heure. D’entre tous les « patriotes », depuis Barrère, Saint-Just, Collot d’Herbois , Carrier, jusqu’au cul-de-jatte Couthon, pas un qui ne se fît une tête. En politique comme au théâtre, il n’y a pas de petits moyens ; une mèche de cheveux assure une réputation. Saint-Just, qui n’était pas laid, tenait en l’air ses yeux de poète ; Couthon se « composait » en bonté et en douceur devant Isabey, qui l’allait prendre à domicile, car ce fou n’avait que des jambes
ballantes et molles; il arrangeait son regard et parlait la langue d’un Corydon; les champs, la verdure, les fleurs, revivre au milieu des villageois, devenir arbitre de leurs dilFérends, le reve l..< C était cela, ce terrible coupeur de têtes, garçon aimable, parlant de la nature et caressant un petit chien I De telles figures à une muraille du Salon de peinture, bon une année, et encore, pas entière ; à dix ans de là, on les eut brisées et détruites ; il fallait viser très juste. Dans le courant de 1793, David avait admiré les grandes miniatures de son élève ; on veut qu’il en ait dit : « Je ne sais si c’est à l’huile ou au vinaigre, mais c’est de la belle et bonne peinture ! »
De la peinture d’artiste, mais de patriote ! « Tu n’es pas patriote,
disait le tyran des arts...' Viens me prendre, je te ferai entrer aux Jacobins ! »
Voici qui n’était plus très gai. Isabey était plus l’homme des travestis de cour, plus le muscadin que le bougre ; mais ces sortes d’invitations ne se réglaient pas sur un P. P. C. Il fut aux Jacobins en carmagnole, avec casquette et cocarde ; il y eut très peur. « Ah ! ah ! disait David, tu te sentais morveux ! »
La formation artistique d’Isabey date de ce temps ; il a voulu tenter la « grande peinture » ; il a, sur les conseils de Dumont et de Sicardi, plus intéressés que lui à ce qu’il en fit, préparé le prix de Rome. Des médailles, des réussites, il avait tout eu. Mais le mot de Mirabeau lui revint, celui-ci ou à peu près : « Mieux vaut être le plus grand dans un petit art que le plus petit dans un grand. » Il s’y ajoutait l’exclamation de David sur l’huile et le vinaigre. Isabey, qui avait d’une naïveté égale accueilli les belles phrases de ses concurrents , eut la sagesse de s’en tenir à Mirabeau. L’anglomanie nous avait envahis, il en saupoudra ses oeuvres, et c’est par là qu’il prit le pas sur Augustin; celui-ci n’était qu’un Français, il compta bien moins.
Le 13 avril 1792, Isabey s’était marié. Il avait vu une Antigone, jolie et gracieuse, conduisant un père aveugle. Elle se nommait Jeanne Laurice de Salienne et avait vingt-cinq ans ; son aînée avait épousé l’archi-
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tecte de Mesdames. Isabey n’avait rien, le père non plus ; l’affaire s’arrangea entre lui et la jeune fille ; le père ne fît qu’une opposition de forme ; quelque temps après , les deux époux occupaient un appartement au n° 27 de la rue Saint-Marc. Leur lune de miel et leur premier enfant sont éclos en pleine Terreur.
De cette première part de sa vie, de 1786 à 1796, dans ces dix ans mouvementés et périlleux, peu ou presque pas de miniatures ne nous sont venues. Rien de celles exécutées à la Cour, pas les copies d’après Sicardi, pas les portraits des deux enfants royaux, les ducs d’Angoulême et de Berry, cause déterminante de toute la gloire future.
Des dessins écrits à la pierre noire, la promenade du Dauphin à Meudon, en 1791, son propre portrait si joliment petit maître, de profil, coiffé en mirliflor, avec son haut col de provincial exagérant la mode ; peut - être aussi cette miniature de femme âgée, de la maman née Poirel, laissant sortir de son bonnet à rubans et du fichu qui le recouvre une petite face rougeaude et ratatinée de femme réfléchie et bonne, dont les yeux ont l’éclat et dont le nez met une toute petite pomme ronde au-dessus d’une toute petite bouche serrée. Au total, quelque chose de sincère et d’étudié, de naturel, qui serait au vrai la grand’maman de Debucourt, une grand’maman emmitouflée dans sa pelisse de fourrures. Habitués à l’autre Isabey, celui du Directoire ou de l’Empire, l’artiste aux voiles et aux nuages, nous aurions difficulté à admettre que telle œuvre fût de sa main , si l’origine n’en était si assurée. Cela vient de lui, même on savait que la figure en avait été prise sur nature en 1787, lors du voyage fait par le fils à Nancy pour la mort de son père. Parmi les miniatures sûrement datées, bien peu d’autres se peuvent citer ; nous n’identifierons ni celles mises au Salon de la rue de Cléry, ni celles du cadre exposé en 1793. Nous ne connaissons ni Saint- Just, ni Barrère, ni surtout Coulhon, ni d’auparavant , Mirabeau ou la Reine . La tourmente avait successivement balayé les unes et les autres de ces pièces trop marquantes. On dirait peut-être ce portrait de femme blonde assise sur un tertre de gazon, appartenant au prince d’Essling, offrant son beau corps à peine voilé, et
sa figure provocante ; on en a fait tour à tour Mademoiselle Lange, Madame Tallien, ou peut-être Madame Isabey. Avec Madame Isabey, prise dans un dessin intitulé la Barque, où l’artiste a montré sa femme, les traits ont du rapport. Ce serait tout ce qu’on sait du peintre sur ivoire, mais en crayons, il y aurait le portrait de David en 1789; les vingt députés du même temps, au Cabinet des Estampes; pour David, une galanterie, celle de le dessiner en profil, du côté opposé à la boursouflure congénitale de la joue, et de le présenter ainsi en cavalier agréable.
Le portrait de Madame Isabey, mieux exécuté après un an de Paris, lorsque Jean-Baptiste Isabey a vingt ans au juste, reste comme le témoin formel d’un tempérament extraordinaire, d’une science bien rare chez un jeune.
Augustin avait su faire aussi bien au même âge, mais il n’avait ni cette crânerie, ni cette audace pénétrante. C’est en pointillé, à la vieille mode française, en petites touches allongées, embrassant les formes, invisibles pourtant et spirituellement plaquées, que les modelés sont obtenus. En
certains endroits du costume , au bonnet et au collet de la pelisse , des
touches plus larges, la fourrure traitée à grands coups, sans présenter les poils un à un ; et çà et là , juste au point voulu , un blanc comme une
larme où l’œil baigne, au pli des lèvres, à la prunelle que la paupière
fléchissante recouvre à demi . Pas de parti pris encore , ni de ces formules trop marquantes qui donneront plus tard une impression de monotonie, de déjà vu, de trop vu même. Ce départ pour le nuageux, le moussu, soupçonné dès la Révolution dans le dessin de la Barque, se notera pour Isabey dans les premiers temps du Directoire. Une petite dame anonyme, de la collection Doistau, rappelant à la fois Mallet et Boilly, dont la frimoussette chiffonnée s’encadre de cheveux envolés , dont le menton se cache dans un fichu de gaze , s’annonce comme un prélude aux « coups de vent » de plus tard. Grisette, ou femme d’artiste? Qui peut le dire ? Qui saurait, sous l’arrangement hurluberlu, chercher cette tête d’oiseau aux grands yeux, au nez tout petit, à la bouche invisible ? Ce sont là de ces personnes dont le langage zézaie et dont les lèvres se refusent à pro-
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LA MINIATURK FRANÇAISE
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sa figure provocante; oo en a fait tour à tour Mademoiselle Lange, Madame Tallien, ou peut-être Madame Isabey. Avec Madame Isabey, prise dans un dessin intitulé la Barque, ou l’artiste a montré sa femme, les traits ont du rapport. Ce serait tout ce qu’on sait du peintre sur ivoire, mais en crayons, il y aurait le portrait de David en 1789; les vingt députés du même temps, au Cabinet des Estampes; pour David, une galanterie, celle de le dessiner en profil, do côté opposé à la boursouflure congénitale de la joue, a'éHdOak cavalier agréable.
Le portrait de Méda«t«t»U»b«>' mieux exécuté après un an de Paris, lorsque Jean-Baptiste Isa^/*ÿ vingt ans au juste, reste comme le témoin formel d’un tempérament extraordinaire, d’une science bien rare cbez un jeune.
Augustin avait su faire aussi bien au même âge, mais il n’avait ni cette crânerie, ni cette audace pénétrante. C’est en pointillé, A la vieiile mode française, en petites touches allongées, embrassant les formes, invisibles pourtant et spirituellement plaquées, que les modelés sont obtenus. En
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noncer les ch et les r. « Ah ! qu’il fait saud à Paris ! »
disait la Jolie de Debucourt; chaud à Paris pour tout le monde, chaud surtout pour Isabey, qui était à une passade de vie très singulière.
Vainement avait-il endossé la carmagnole et suivi David aux Jacobins. Ce monde d’énergumènes et de maniaques, se croquant l’un après l’autre, à la façon des animalcules de la goutte d’eau , ces braques mâles ou femelles , dont le couperet limitait l’esthétique, ce n’était pas son monde. Quand on put respirer, il était thermidorien, outrageusement thermidorien, parce qu’il n’avait pas trente ans, qu’il trouvait les femmes jolies, sans compter la sienne, et qu’il adorait la fête. Personne plus que lui ne fut incroyable ni muscadin :
Les patriotes Portent des bottes ;
Les muscadins,
Des escarpins.
Il eut des escarpins, des collets noirs, avec ce Tiercelin qui finira dans une maison de fous, avec Grenet. Le jour près de Madame de Staël, le soir chez Notre-Dame-de-Thermidor, toute la nuit au bal de Barras, il eût voulu vie qui dure loin des soucis, car, franchement, les sans-culottes lui avaient fait peur. On ne savait jamais, avant j maintenant, c était la joie.
Sambat redoutait les assignats, lui pas, il n’avait le temps ni d’y songer, ni même de peindre. A la maison, on croquait les économies, on tirait sur la corde . Pour quelques croquetons de fêtes jetés en hâte sur un bout de guéridon, pour une esquisse de femme, on recevait au matin la provende indispensable. Entre 1795 et 1797, ce qui vient d’Isabey est négligeable ; c’est pourtant la période qui laissera chez lui les plus fortes empreintes. Incroyable, Isabey le sera jusqu’à la mort, même en ses habits et ses escarpins de dansomane, car, en sa qualité de freluquet maigre et mince, il saute les ailes de pigeon mieux que nul. On le prise; au Salon de l’an IV, quelqu’un assure qu’il surpasse Clinchetet et la belle Rosalba, et qu’il balance Petitot. Que de sottises !
A force qu’il se trémoussât en tous lieux officiels, qu’il se montrât aux soirées, la bise était venue, et il alla crier famine. Sur sa route il trouva Madame Campan, qui lui donna le grain de mil à sa maison d’éducation. La légende veut que, dans une réplique de son célèbre dessin de la Barque, il ait mis Madame Campan au gouvernail et lui aux rames; du moins la Barque, aujourd’hui chez Madame Rolle, donne-t-elle une variante. Il était grand temps, grand temps de rencontrer une barque, si petite fût -elle, et un pilote. Ce n’était pas la ruine; pour être ruiné, il faut avoir eu, et Isabey n’avait rien eu. C’était le manque à gagner l’indispensable à lui et aux siens.
D’autres ont dit ce qu’était la classe de dessin d’Isabey chez Madame Campan, Eugène et Hortense de Beauharnais devenus ses élèves ; Madame Bonaparte, alors logée rue Chantereine, entrant dans l’intimité d’un artiste qui était de l’ancienne cour et avait connu la reine Marie-Antoinette. Lui, ne soupçonnant rien des choses futures et amusant de son mieux ces enfants dont l’un sera Altesse Impériale et l’autre Reine, préparant tout à son insu une carrière étourdissante, qu’eût-il pu espérer? Le général Bonaparte, son cadet de deux ans, à lui qui a tout au plus l’air assez raisonnable pour enseigner à des filles, ce ne pouvait être — il le pensait — qu’un de ces gens de fortune dont la Révolution avait fourni trop d’exem-
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pies. Mais de ce que Joséphine de Beauharnais l’invitait, le consultait, l’écoutait , il prenait intérêt à des gens qui lui rappelaient , encore que de loin, la société disparue. Il a consigné tout ceci dans ses notes, même il raconte comment, par les Lecouteulx, il poussa Joséphine à l’acquisition de la Malmaison ; comment il intervint dans le choix de Fontaine pour la restauration de cette ruine, et dans celui de Berthaud pour le dessin des jardins. Il est à penser que son intervention lui valut des revenantsbons de toutes manières, car, sans compter le portrait en pied du général présenté dans une des allées du parc, pris sans qu’il s’en doutât, il y eut des miniatures, parfois des projets de fêtes, de spectacle. Installé dans la maison, il était de tout, était prêt à tout ; il mettait une volupté à se frotter à ce luxe renaissant et encore timide où la souveraine n’était qu’une créole jolie, aimable et simple. A ce moment, il est plus un Moreau le jeune qu’un Hall, plus un illustrateur qu’un portraitiste. Il va à Rouen en 1804, pour y dessiner la visite du Consul chez les frères Sevenne ; à Jouy, pour la visite à Oberkampf ; aux Tuileries, pour la revue du Carrousel ; à Boulogne avec Suchet . C’est à cette époque qu’il dessine au trait et de profil la figure de ses élèves , de sa famille aussi ; Aubry, Hollier, tous ceux qu’il a attachés à ses travaux.
C’est fini d’être simple, de vivre à la bonne franquette, le ci-devant général Bonaparte, le Consul « se fait empereur », suivant le mot de Sambat. Et plus il est d’origine modeste, plus il gonfle ses prétentions. Pour le sacre, c’est Isabey qui est l’indispensable. Rémusat lui écrit : « Vous parlerez à tous avec l’autorité de ma place, parce que je vous la confie tout entière pour cet objet. » M. de Rémusat est premier chambellan, maître de la Garde- Robe, il a la direction complète des costumes. Substitué à lui, Isabey aura toute la charge, et il s’en tire, comme on sait, avec des poupées habillées dont l’Empereur eut satisfaction complète. A partir de là, il est l’impresario des cérémonies et des réjouissances ; il imagine les blasons de la noblesse du nouveau style ; Joséphine, qui l’a emmené à Strasbourg en 1805, lui accorde le brevet de dessinateur de son Cabinet et de peintre des Relations extérieures.
De lui à Augustin, c’est la délimitation pareille que, dans l’ancien temps, de Moreau à Sicardi. Isabey ne peint à peu près plus d’autres miniatures que celles de la Famille impériale. La plus grande part du reste se partage entre ses élèves, dont quelques-uns sont ses aînés de plusieurs années. En 1804, il habite au n° 29 des Galeries du Louvre, mais on ne le voit plus aux Salons; en sincérité, il n’en a plus le loisir. Il est un personnage de marque, chevalier de la Légion d’honneur.
dessinateur du Cabinet de l’Empereur et de celui de l’Impératrice, accablé de commandes, sollicité de tous endroits, il est au plus haut de ses affaires. Le 25 germinal an XIII , il achetait un immeuble au n° 7 de la rue des Trois-Frères , dont une façade donnait sur la rue et l’autre sur un jardin d’assez belle contenance ; il avait payé 38,000 francs cette maison à un étage, un peu arrangée en ferme, avec, au second, les mansardes sous le toit. A la sortie de la porte sur les parterres, une allée à l’anglaise, des massifs de marronniers, des arbustes, et, tout au fond, un Terme à l’antique, au pied duquel Madame Isabey avait élu domicile. Tout cela a été montré en une petite miniature ronde , signée deux fois par Isabey , et appartenant à Madame Rolle ; elle nous garde le souvenir de ce coin champêtre, aujourd’hui devenu le 59 de la rue Taitbout. Pendant plus de vingt ans il fut là, il y avait vu grandir sa petite famille, il y avait hébergé ses élèves, et donné des fêtes particulières qui étaient des plus suivies. Jeanne Laurice de Salienne, « sa bonne épouse » , était morte le 21 juin 1829 . Les trois enfants qui lui restaient et lui vendirent la propriété à Madame Hitrof, sur le principal de 130,000 francs . De là elle passa à M . Berger , puis à l’agent de change Dubois ; elle est aujourd’hui à la compagnie d’assurances « le Patrimoine x>.
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JEAN-IîAPTISTl- ISABEY
Entre le Couronnement et le Divorce, -tvant qu’il atteignit ses quarantecinq ans, Isabey ne donne à la miniature sur ivoire que l’indispcrisaMe, et cet indispensable encore, il l’ccourle de son mieux. Il a U fourniture • ie« boites du Louvre, des p«.irtraits de l’Emperèur, dont il produit U i.iionibrables copies. 11 signe, mais est-il en réalité l’auteur de tout? Ce i;iqv>.«sible. Alors interviennent les ramasseurs de micttc.-s. les élèves, Aulrv au rommencement, ou Hollicr, ou Jacques, Saint intmc parfois, ou Siiqoy. Comme il ne s’agissait que de transcrire un modèle fourni, et de Un garder 1er apparences d’un Isabey, il est difficile de ae prononcer. En général, les Joséphine ou les Napoléon sur boites, en dépit de la signature, sont sujets à caution. L'un d'eux même, un empereur en costume de chasseur de la Garde, mis sur une tabatière et donne à l’artiste par Napoléon lors des adieux de Fontainebleau , est une effigie médiocre d’après Guiard, mais .c’est Isabey qui l’a montée sur la tabatière pour remplacer le portrait de Marie-Louise. N’est-il pas fort piquant qu’un cadeau aussi solennel, fait de confiance par le souverain déchu à l’auteur présumé, fét seulemeiil une besogne de pacotille! Lorsqu’il opère lui-même, il n’y a guère à liouler; c'est la perfection infinie et le goût, la grâce aussi dans le complet. Et il a gardé de ces modèles d’après la nature ; Joséphine, Pauline Borghèse, Élisa, Madame Mère, la reine Ilortense, le roi de Rome, tous passés de lui â sa fille et de sa fille à Madame Rolle, qui les donnera au musée du Louvre. Par ce qu’on voit ici reproduit de ces œuvres prodigieuses, on a loisir d’opposer à Augustin, consciencie :-=ement Français, cette manière où il y a beaucoup de Prud’hon, beaucoup aussi peul-êtr,. de cette gravure en stipple dont ;isrtol... et les Anglais ont fait ce qu’on sait, une Miss Farren, une Lady Foster, une Lady Saint- Asaph. N’oublions pas que ceux-là ont l’anlcriorité, qu’ils gravaient Reynolds dès le temp. de la naissance d’isabcy, et qu’il les a mlmi-
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De l’Acadéiuie l'rançaise (A JH. Je comte Mimerelj Page *ill
JEAN-BAPTISTE ISABEY
Entre le Couronnement et le Divorce, avant qu'il atteignît ses quarantecinq ans, Isabey ne donne à la miniature sur ivoire que l’indispensable, et cet indispensable encore, il l’écourte de son mieux. Il a la fourniture des boîtes du Louvre , des portraits de l’Empereur, dont il produit d’innombrables copies. Il signe, mais est-il en réalité l’auteur de tout? Ce serait impossible. Alors interviennent les ramasseurs de miettes, les élèves, Aubry au commencement, ou Hollier, ou Jacques, Saint même parfois, ou Singry. Comme il ne s’agissait que de transcrire un modèle fourni, et de lui garder les apparences d’un Isabey, il est difficile de se prononcer. En général, les Joséphine ou les Napoléon sur boîtes, en dépit de la signature, sont sujets à caution. L’un d’eux même, un empereur en costume de chasseur de la Garde, mis sur une tabatière et donné à l’artiste par Napoléon lors des adieux de Fontainebleau , est une effigie médiocre d’après Guiard, mais c’est Isabey qui l’a montée sur la tabatière pour remplacer le portrait de Marie-Louise. N’est-il pas fort piquant qu’un cadeau aussi solennel, fait de confiance par le souverain déchu à l’auteur présumé, fût seulement une besogne de pacotille 1 Lorsqu’il opère lui-même , il n’y a guère à douter ; c’est la perfection infinie et le goût, la grâce aussi dans le complet. Et il a gardé de ces modèles d’après la nature : Joséphine, Pauline Borghèse, Elisa, Madame Mère, la reine flortense, le roi de Rome, tous passés de lui à sa fille et de sa fille à Madame Rolle, qui les donnera au musée du Louvre. Par ce qu’on voit ici reproduit de ces œuvres prodigieuses , on a loisir d’opposer à Augustin, consciencieusement Français, cette manière où il y a beaucoup de Prud’hon, beaucoup aussi peut-être de cette gravure en stipple dont Bartolozzi et les Anglais ont fait ce qu’on sait, une Miss Farren, une Lady Foster, une Lady Saint- Asaph. N’oublions pas que ceux-là ont l’antériorité, qu’ils gravaient Reynolds dès le temps de la naissance d’isabey, et qu’il les a admi-
rés, recherchés même dans le moment où le nom d’Anglais était proscrit chez nous et détestable . Cette influence , il l’avait nettement avouée dans son « Départ » et son « Retour du soldat » , dans le portrait de Barbier -Valbonne, l’homme à la pipe, dans la Barque, grands dessins brouillardeux, aériens, que lui-même nommait — pourquoi ? — « sa manière noire ».
En miniature, ce serait dans le Bonaparte, membre de l’Institut, qui avait été donné par l’Empereur à Kellermann et qui est venu au prince d’Essling ; dans un délicieux portrait de femme en fichu jaune, appartenant à M. David Weill ; même un peu dans son portrait de lui par lui, en 1812, ébouriffé, avec ses pattes de lapin aux joues, son grand col anglais, en cet instant à M. Taigny. N’est-il pas fort inattendu que, pour le dessin du Sacre, pour l’apothéose de celui qui avait la haine de l’Angleterre, qui en vivra et qui en mourra, Isabey eût justement cherché, dans l’art de Londres, la phrase de sa cantate, ses effets de style, sans que personne le voulût constater ni remarquer ?
Isabey avait pris grand’peur du divorce de Joséphine. C’était par elle et par ses enfants qu’il avait eu, dans cette cour aux allures éclectiques, le pied qu’il y tenait. Un chagrin nouveau lui était venu : son frère était mort de la rupture d’un anévrisme, dans une boutique. Le bruit avait couru
que M . Isabey , le peintre , venait de tomber subitement , et c’est alors qu’Hortense avait commandé un service funèbre à Saint-Leu, où elle habitait. Au milieu de ces ennuis, il recevait, du duc de Prioul, une lettre qui coupait court à ses craintes. On le priait de peindre un buste de l’Empereur en grand costume impérial, pour un médaillon entouré de douze brillants , plus une bague avec l’Empereur en pied , dans le costume des chasseurs de la Garde. Enfin, une miniature représentant deux colombes dans le casque de Vénus et un aigle tenant une rose blanche, pour être placée sur la première feuille d’un agenda. On devait mettre des vers de Parny au verso, mais on les trouva niais et on les laissa.
Pour Isabey, c’était la rentrée officielle; mieux : on le consulte pour le choix du Sultarc, c’est-à-dire de la corbeille, pour les habits de la future
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impératrice Marie-Louise. Un peu plus tard, les fêtes étaient terminées, quand la Cour alla à Compiègne , il avait exécuté un portrait, un de ses premiers sur le papier préparé, suivant cette formule que les femmes de l’Empire et de la Restauration, les Anglaises, les Viennoises, les Russes tiennent pour indispensable à une femme du monde. Cette figure de Marie - Louise , couronnée de roses , était pour plaire à la petite Viennoise aux joues roses, aux yeux clairs, dont le teint s’arrangeait trop bien d’une comparaison avec les fleurs. Elle en eut un ravissement ; cela la changeait un peu de ses peintres nationaux, si allemands, exclusifs et mollasses, les Fiëger, les Dàffinger, les Lampi et les Grassi. Sur son enthousiasme se vinrent aussitôt greffer les enthousiasmes courtisans, ceux qui acquiescent à tout ce qui plaît aux maîtres. Isabey, qui a imaginé un genre d’aquarelles diaphanes, en brumes nacrées et auréolées de voiles de tulle envolés au vent, a bien senti combien ce jeu très nouveau et jeune lui conciliera les femmes mûres. Ce n’est pas Madame de Montebello qui en aura le plus de plaisir, encore qu’elle eût été donnée aussitôt après l’Impératrice, et, il faut dire, montrée plus jolie, plus minaudière, ce sera Joséphine entre 1810 et 1814, la Joséphine retirée du monde; Madame Dugazon, la duchesse de Dantzig, la princesse de Bénévent, toutes les personnes marquées , les outragées de l’âge , qui y auront profit , et feront fête à leur restaurateur de tares. Là est le secret d’origine de cet engouement extraordinaire qui fera d’isabey le portraitiste le plus célèbre d’Europe pendant quinze ans. Car, on le disait, il n’y a pas que les Français pour admirer ce compromis entre la miniature et la peinture, ce genre mixte franco - anglais . Les Autrichiennes y venaient, les Prussiennes, les Russes, toutes les Russes. Et celles-ci, n’ayant pas Isabey, prennent H. Renner, un élève docile. — Les Anglaises aussi, l’eût-on pensé?
En 1811, Isabey, qui a accompagné Marie-Louise à Cherbourg et a laissé du voyage de grandes aquarelles, est également du déplacement à Prague, où elle va rejoindre sa famille. Cela, parce qu’elle veut un collier comme celui de la reine Caroline, orné des médaillons dessinés par Isabey.
Celui-ci, étant arrivé trop tard, dut poursuivre ses modèles à Vienne : l’Empereur, l’archiduc Charles, homme modeste et doux, à qui il fallait une musique militaire pour le mettre en état de prendre une pose de héros guerrier, tous les autres Habsbourg, lippus, roses, avec de grands yeux étonnés et bleu faïence. Des miniatures cette fois, et minuscules, car ces médaillons de collier sont carrés, coupés aux angles et de la taille d’une forte bague. Le 22 septembre, il prit « en voile », à Vienne, la princesse Bagration.
Professeur de dessin de l’Impératrice, avec l’engagement formel de ne jamais retoucher les dessins de son élève, Isabey est à la faveur. Il a, par 1,000 et par 2,000 francs, produit par an jusqu’à 40,000 et 50,000 francs. Le voici tout près de la cinquantaine, et il est d’aspect, de goût, de tempérament, le tout pareil muscadin qu’en 1795, joyeux, amuseur, insouciant, peignant comme il vit et comme il dépense, à la volée . De tout ce qu’il tire de son talent, à part la maison de la rue des Trois-Frères, son mobilier et quelques placements minimes par vingt-cinq louis, rien ne s’accumule, tout se volatilise en soupers, en réceptions, en voyages. Il est capitaine de la Garde nationale; sous son habit, il se prendrait pour un colonel. Il est petit et menu, il se hausse; Comtois et pourtant un peu Gascon, il assure que les tailles moyennes sont de qualité, témoin l’Empereur. Mais tout ceci n’assure point l’indépendance, et, quand l’Empire tombe, Isabey en est au point très précis où il s’était vu en 1795, l’âge en plus et la vigueur en moins. Toutes ses espérances tombent aussi d’un coup; les dessins du Sacre, la gravure déjà exécutée, les portraits tirés restent à son compte. A qui s’adresser? Pas aux Bourbons, pas aux anciens amis, ils ont fui ou tourné casaque; à Marie-Louise? il y a songé, mais saitelle bien ce qu’elle pourra pour lui ? Elle le lui annonce en une lettre assez digne, en l’assurant de l’accueillir en ami s’il vient, mais rien de plus. Augustin, qu’il a bien un peu contribué à faire tenir à l’écart, prend auprès du Roi la place que lui-même avait chez l’Empereur. C’est un cercle fermé ; et d’ailleurs, en ce moment, ce qui avait été si formellement de truste du Corse n’eût point trouvé accueil si gracieux . A Talleyrand ?
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JEAN-BAPTISTE ISABEY
Pourquoi pas à Talleyrand, — il dit Taillerand, — qui vient d’être nommé plénipotentiaire au Congrès de Vienne ?
— La chance de toujours. Talleyrand l’emmène à Vienne en qualité de peintre du Congrès.
Là-bas, ce sont les amis faits lors du premier voyage, puis la rencontre inespérée d’Eugène de Beauharnais, qui se jette dans ses bras. « Ah ! le bal que tu nous donnas dans tes ateliers des Galeries du Louvre, à l’occasion du mariage de ma bonne Hortense ! Et la Malmaison ! Et le Sacre! » Eugène tutoie et pleure. C’est l’empereur de Russie qui lui a appris la ruine d’isabey.
En plein congrès, un soir, alors qu’Isabey admire, au Grand Théâtre, cette Bigottini dont il a lancé un « sous voile » dans le ballet de Nina, un bruit court : Napoléon a débarqué à Cannes 1 Alors le désarroi, le retour précipité, l’entrevue avec l’Empereur, la dernière ; la mort du fds aîné à l’armée, Waterloo, la rentrée des Bourbons après trois mois, la réaction furieuse. Cette fois, n’est-ce pas la fin ? Isabey le put croire. Une descente de police chez lui, ses planches brisées, les épreuves des portraits du roi de Rome détruites. Comme raison ? La vraisemblance qu’il fut l’auteur des charges parues en 1814 et visant la Famille royale. Isabey s’en défendait, il avait tort. Tort, parce que ces farces avaient de la vérité, de la gaieté, de la verve française. On n’est pas pour rien du pays de Callot.
Son ami, le comte d’Osmond, lui offrit de passer en Angleterre, où il trouverait à vivre. Il emporta là-bas les dessins de la revue du Carrousel, du Congrès, de la table dite des Maréchaux, exécutée à Sèvres, tous les portraits de Napoléon et de Marie-Louise, et comme il en eut fort besoin, il les céda à des marchands de Londres. Quant aux portraits nouveaux, à part ceux de la famille Seymour, en dépit de la protection de Wellington,
ce fut très peu. Il tombait en pleine histoire Bergami, et son genre anglais ne plut pas aux gens de Londres, qui en vivaient depuis vingt ans. Il partit désenchanté, ruiné, écrasé de chagrins et de craintes.
Miniaturiste, après 1815, Isahey ne l’est plus; aquarelliste, lithographe, crayonneur, tant qu’on veut et qu’on souhaite. Rentré en grâce et meme en faveur auprès du Roi, qui l’autorise à tirer son Congrès ; recherché par les émigrés, dont les goûts et les modes ne sont plus au courant, il remonte sur sa bête pour plusieurs années. Nul étranger touriste ne manquait sa visite à la rue des Trois-Frères, station obligée de ce que l’Europe nous envoyait de personnages importants. Comme disait Eugène de Beauharnais à Vienne : « C’est encore à lui, même tombé, que je dois le reflet de grandeur qui me protège », c’est à Napoléon qu’Isabey devait cette vogue, toute sa gloire. Ce dont on s’informait pendant les séances, ce n’était ni ce que pensait ou ce que voulait S. M. le Roi, ou la duchesse d’Angoulême, mais ce que pouvait espérer encore le prisonnier de Sainte- Hélène. A mesure que les événements s’éloignaient, la légende prenait corps, et les adversaires d’autrefois avaient conscience de la grande infortune. Augustin plaisait aux irréconciliables, Isahey aux esprits plus libres, que ses anecdotes passionnaient. Alors il reprenait son assiette, il avait ressuscité ses fêtes. On jouait la comédie rue des Trois-Frères ; on y voyait Nourrit dans l’air de la Création ; Elleviou et Martin dans un duo de Maison à vendre; Madame Gail, dont il laissera une lithographie brumeuse, et qui attirait chez lui les dilettanti : Cari Vernet, François Gérard, Prud’hon parfois, Cicéri, le paysagiste Thomas, Aubry et Saint, et Corvisart.
La mort de sa femme, en 1829, le désorienta. Il dut vendre son hôtel, et, comme on l’a dit, l’opération ne fut point mauvaise. De 38,000 francs payés en l’an XIII, à 130,000 francs en 1834, c’est un placement de père de famille heureux. Mais, de la somme totale, beaucoup est dû ; des trois enfants qui lui restent, une fille est mariée à Cicéri; son fils Eugène est peintre ; une autre fille reste à pourvoir. Ce serait la misère définitive, si le roi Louis-Philippe ne lui donnait un traitement sur la caisse des Musées
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et un appartement à l’Institut. Il n’en avait point été, et ceci, comme à Augustin, lui tenait à cœur. Il s’en plaignait, il se répandait en regrets vains, il se comparait à d’autres plus heureux, à quoi Lemercier, son ami, répondait par la phrase célèbre : « Ne crie pas si haut, tu apprendrais au monde entier que tu n’en es pas. »
Fatigué au physique et au moral, ayant un peu trop abusé des « sous voile », il s’était retiré de la lutte. Il écrivait ses mémoires, il se constituait une survie à la façon de ces patriotes qui se consolent de Sedan en parlant de Napoléon. Le peintre Gigoux, qui l’avait connu, exprimait ce sentiment par une phrase rude : « Il se retapait en parlant de l’Autre. » Il avait vécu assez vieux pour que sa rengaine intéressât les nouveaux venus. Il y avait en lui du Fougas d’Edmond About et de la Madame Vigée des Mémoires. Resté mince, avec ses cheveux blancs, ses favoris blancs, son front chauve, son accoutrement de l’an X, son afféterie en tout, sa philosophie à se laisser mourir, c’était un revenant. Un des derniers hommes qui l’eussent connu et aimé, M. Edmond Taigny, son descendant, son historien, vient de mourir. C’est de lui que nous tenons ce qui précède. Maintenant, tout est bien fini.
Isabey mourut à Paris, à l’Institut, le 18 avril 1855. Il avait été fait commandeur de la Légion d’honneur par Napoléon III.
Isabey, c’est pour nous, à cette heure, le peintre des cheveux en coup de vent et des femmes voilées , et ceci ne représente ni le miniaturiste qu’il fut, ni le ton de son œuvre. On dirait même que ces aquarelles pointillées et lavées, coulées dans un moule commun, ne lui appartenaient point en propre . Une constatation , c’est qu à son retour de Londres il s’est davantage ancré dans son parti pris. Les estampes de là-bas, dont il rapporte un album, l’ont séduit de leurs élégances précieuses et raffinées. Excellents, ces grenetis pour les modelés, si l’eau - forte a bien mordu son cuivre et produit au tirage des accentuations veloutées et câlines. Même sur l’ivoire, en miniature, c’est parfait si l’œil est bon, et la main agile et prudente. En aquarelle, ces tons sont affadis par l’eau sans rien qui soutienne et conforte le pointillé; la chlorose éteint l’une après 1 autre
ces piqûres, et il n’est plus rien qui demeure, sauf ici ou là une touche, un point qui ne s’explique plus et qui détonne; ou bien le portrait aérien s’anémie et se divise en nuées, ou il se plaque de taches vilaines. De là, chez l’amateur moderne, de ces retouches indécentes qui feraient douter de la sincérité de l’objet. Pour dire vrai, ce sont les pièces effacées qui valent ; elles ne peuvent guère ne pas l’être après un si long temps. Qu’elles s’offrent brillantes et comme neuves, on sait l’histoire.
Chez Madame Rolle, il y a la Marie- Louise aux roses ; c’est la fleur desséchée dont on parlait au début de ce livre, c’est la relique qu’aucune main profane n a flétrie. Dans la maison où elle est conservée, on sait ce que commande le respect du maître.
On en connaît quelques-unes tout aussi gardées de mécomptes. Malheureusement on n’aurait que l’embarras de dire les autres; Isabey a eu son Fontallard, ou même ses Fontallard.
Donc , ce qui rendait le vieux maître si fier de lui-même , ce qu’il regardait comme une voie nouvelle ouverte par lui, ce qu’il donnait pour une invention personnelle, est en réalité un arrangement d après les Anglais, et lorsque nous le voulons étudier dans le procédé, nous trouvons l’œuvre à demi détruite par le soleil, ou, ce qui est pis, repassée aux couleurs moites que les chimies enveniment d’heure en heure. Ceci revient à dire que, de tous les portraits sous voiles rencontrés de par le monde, réencadrés, sertis de diamants, pas un ne vaut, pour le contrôle, la Marie- Louise retenue par le maître, laissée à sa fille, et dans l’instant retrouvée chez Madame Rolle . D’ailleurs , ce ne sont point là des miniatures ; on n’en parle ici que pour ne pas couper en deux l’œuvre d’Isahey , et lui conserver son unité parfaite.
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