‹ La miniature française 1750-1825 (volume 2)Chapitre 23 sur 52 · L.-F. AUBRY · texte numérisé non relu

L.-F. AUBRY

Belmont dans son rôle de Fanchon la Vielleuse, si, comme tout le laisse croire, cette Belmont est le portrait appartenant à M. J. de Richter. Cela ressemble peut-être, mais les mains, mais les détails en sont lourds. Il n’aura sa formule définitive que bien plus tard, sous la Restauration; et alors, entre l’Aubry de la femme à la harpe, du Louvre, et l’Isabey de l’escalier du Musée, au Louvre aussi, ce seront des égalités, non toujours à l’avantage du maître. Dans les Salons de 1810, il avait mis les deux portraits du roi Jérôme et de la reine Catherine, et probablement le Le Camus en grand costume de cour qui est en la possession de M. le prince d’Essling. Pour ce dernier surtout, il a très sensiblement cherché son inspiration dans les personnages du Sacre donnés par Isabey, car c’est une orientation identique et de pareils moyens pour la présentation des personnages. Le Camus , titulaire d’un comté étranger, porte le costume calqué sur ceux des grands-officiers de la Couronne impériale de France. Il est ministre des Relations extérieures de Westphalie, avec la tunique brodée et le manteau à col relevé. Comme tel, c’est la banalité , la figure sans physionomie ; frisotté de cheveux à la Titus, en homme et en solennel ce que sera la dame à la harpe, blonde, sanglée dans son fourreau de velours sombre, appuyée un peu bizarrement sur un instrument dont la décoration est jolie, mais dont les perspectives ont des équilibres instables. Cette dame a le visage d’une belle blonde, que son col Médicis rend plus pâle et plus lymphatique encore. De Le Camus à cette personne, Aubry a près de dix ans de pratique de plus, car, pour elle, ce serait environ 1815 à 1817, et, pour l’autre, 1808 à 1810. C’est identique, pas un progrès ne se constate. Les mains ont des hésitations et paraissent boudinées . A tout prendre, avec moins de souplesse, ce serait bien là l’une des femmes de l’Escalier d’Isabey, retrouvée dans un salon Empire que Percier et Fontaine eussent décoré et dont ils auraient donné le fauteuil et la harpe.

Qui est cette dame ? Une artiste à la mode, ou une femme du monde qui a voulu ces accessoires obligeants et flatteurs ? Car, qui ne pince plus ou moins de la harpe ou de la guitare, par ce temps de troubadours?

Il y a, d’Aubry, chez Madame Duchâtelet, à Paris, diverses études ;

Aubry fut le maître de Mademoiselle Parisaud, qui a légué ses Aubry à Madame Duchâtelet . Dans le nombre , une petite étude curieuse , hâtive, qui serait une portraiture amusante, si la chronique n’en est pas erronée. Une jeune , toute jeune fille de l’an X ou Xll, à grands cheveux épars, cravatée comme un garçon , qu’on dit être Eugénie Maistre , la seconde femme qu’lsabey épousa sur ses soixante ans et qui lui donna Madame Maxime Wey. Si l’on veut calculer, la chose prête au doute. Ici, nous voyons une fillette d’au moins quinze ans. Or, en 1800, elle a dix ans, en 1830 elle en aura quarante. Ce n’est pas l’âge de Sarah, femme d’Abraham, mais les limites s’annoncent. Je ne donne donc que sous bénéfice d’inventaire le portrait de Mademoiselle Mestre ou Maistre. Une autre pièce de la même collection a plus de vraisemblance dans sa légende, c’est un portrait de Joséphine, en grand costume d’impératrice, que François Aubry avait commencé à la veille du divorce , et qui fut interrompu par les événements : c’est une miniature, mais pas un chef-d’œuvre. Loin de là.

Durant une carrière de quarante ans, Aubry n’aura connu que les succès de second plan. Rien qui l’ait mis, même moralement, sur le pied d’Augustin, d’Isabey ou de Guérin. Il reçoit, en 1817, une médaille de l'“ classe; en 1832, il est créé chevalier . Il a dans son atelier un cours d’élèves hommes où l’on a vu passer Daniel Saint, Melliet de Versailles, M. de la Cluze, Madame Weyet, Mademoiselle Marie Jaser ; Daniel Saint eût suffi à illustrer une maison. En 1840, « pour cause de changement de local », Aubry fait une vente de ses tableaux. Il n’est pas, comme Augustin , un collectionneur d’anciennes œuvres. Il a, en majorité, des œuvres contemporaines dont l’une, le Serment d'amour, de Fragonard, provient du duc de la Rochefoucauld et a coûté, en or payé à Fragonard, 125 louis de 24 livres, soit 3,000 francs. II a de Greuze son portrait, plus une jeune fille et l’enfant au perroquet ; il a un portique à la sépia , d’Isabey ; de nombreux paysages de Thiénon, de Doix, de Granet, de Bergeret ; il a des Watelet, des Mademoiselle Gérard, des Mallet, des Swebach, un enfant de Debucourt, des Bertin. Pour les anciens, un Velâzquez, un Pompeo Battoni, tête de femme à turban, un G. de Grayer, un Van der Helst, un

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