LES ÉLÈVES FEMMES
n’avait guère moyen de loger des élèves en nombre ; une jeune fille eût acquis mauvais renom de s’y risquer. Il fallait donc que, pour celles-ci, il se déplaçât et courût le cachet à domicile, ce qui lui faisait perdre un temps énorme. Il avait eu, de cette sorte, diverses élèves femmes, Alexandrine Orcelle entre autres , l’une des premières , qui habitait assez près , rue Hauteville, et qui exposa, en 1796 et 1799, des cadres de miniatures dont Augustin eût pu l’éclamer une bonne part. Puis il avait dirigé les travaux de Mademoiselle Chaceré - Beaurepaire , rue Neuve- Egalité ; mais celle-ci habitait avec ses parents , et ses visites à l’atelier se passaient en présence de la mère. Rien ne nous est resté de Mademoiselle Chaceré, qui envoie pourtant de nombreuses miniatures aux Salons de 1798, 1799 et 1800. Entre 1800 et 1827, elle disparaît, et tout à coup, après ces vingtsept ans, elle revient sous le nom de Madame Gaillard. Sa disparition s’explique ainsi ; après 1800, elle s’est mariée, a eu des enfants à élever et s’est consacrée à leur éducation. Puis le ménage eut des gênes et l’on dut reprendre le collier de misère ; cependant, rien qui marque, sauf, en 1817, un passage au Salon.
Une autre élève fut Henriette - Césarine - Flore Davin, mais celle-là est, dès l’origine, une femme mariée qui travaille pour vivre. Elle est née en 1773 et mourra en 1844. Ce qu’elle demande à Augustin, c’est bien moins un perfectionnement dans l’art de miniature, qu’une gymnastique d’enseignement. Césarine Davin expose de 1798 à 1819 ; elle débute par des portraits qu’elle a soin de nommer : la citoyenne Sallantin , femme d’un acteur de Feydeau; sous le titre Amour paternel et Amour maternel, elle montre son mari et deux de ses enfants, elle -même et son dernier-né. Madame Davin se peut réclamer d’Augustin sans craindre la médisance ; d’ailleurs, le Mercure de France de 1802 la prend pour un homme et la célèbre au masculin. Successivement elle habite rue du Doyenné, rue des Pilles -Saint -Thomas, 3 et 56. En 1800, elle peint un de ses enfants au milieu d’un paysage ; elle provoque la « sensibilité » dans un sujet : « Une jeune personne affligée du sort de Clarisse Harlowe, dont elle lit le testament. » En 1801, c’est le portrait du citoyen Suvée, directeur de l’École
française de Rome, plus « un enfant préférant les armes à tous les objets de son instruction ». Mais, comme on l’a déjà dit, le but de Césarine Davin était bien moins de produire que d’enseigner. Elle avait ouvert, 5, rue d’Orléans, un atelier de dessin et de peinture pour dames, qui fut l’un des plus suivis sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, et qui ne ferma qu’en 1844. Par ce fait, elle fit une rude concurrence à son maître.
Par Madame Davin et par Sophie-Clémence Delacazette, l’art d’Augustin pénétra dans l’éducation des femmes du monde et créa une tendance dont les générations qui suivirent subirent très longtemps l’exclusivisme. Sophie Delacazette avait d’abord pratiqué pour son compte. Sur son début, elle a travaillé à l’atelier de Régnault, puis elle vint chez Augustin, alors marié et installé plus à l’aise 15, place des Victoires. Elle est l’aînée de Madame Davin, étant née à Lyon en 1774; mais elle ne figure aux Salons qu’à partir de 1806 ; elle y sera encore en 1838, et mourra très vieille dame, en 1854. L’un de ses portraits les plus connus fut cette Signera Rarilli , cantatrice italienne, représentée en robe de soie et tenant une partie de musique, dont Masquelier grava une estampe tout à fait séduisante . C’est bien là de l’Augustin, et non dans ses mauvais jours. Elle a signé Sophie Cl. Delacazette, ISii, une miniature aujourd’hui au Louvre, qui ne rappelle pas la Rarilli, à beaucoup près. Ses succès d’artiste lui vaudront une médaille de 2° classe en 1819 et en 1839. Pour ses envois aux expositions, elle choisit des acteurs : en 1806, Mademoiselle Crespi ; en 1808, Carat, M. et Madame Rarilli ; Madame Morandi , dans le rôle de Suzanne. A part M. Angelo, secrétaire-interprète à la légation ottomane en 1810, elle ne nomme personne qui n’appartienne au théâtre.
Lorsqu’on aura indiqué : Madame Marie Jaser, laquelle se réclame de trois maîtres, Augustin, Isabey et Aubry, et peint d’assez ordinaires figures, ouvrages de dame visiblement contrainte par ses professeurs ; quand on aura signalé Fanny Charrin, dite Fanny tout court, aperçue chez Leguay, ce sera bien tout ce qui vaut une phrase parmi les élèves d’Augustin. Fanny a été présentée par le patron en une esquisse hâtive, sur ivoire.