‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 10 sur 26 · F. DUMONT · texte numérisé non relu

F. DUMONT

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Collection Jubinai de Saint-Albin

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FRANÇOIS DUMONT

ment donné ce qu’il a de plus complet. Sa phrase personnelle s’y décèle fort arrêtée, telle qu’il la gardera jusqu’à la fin; le dessin net, les traits serrés, le nez un peu fort, aquilin, ce qui restera chez lui comme un tic, les yeux calmes, rêveurs, déjà un peu romantiques, et les très gracieuses caresses de lumière et d’ombre dans les chairs et les chevelures. Les mains le gênent un peu; on sent que sa hâte à produire, dans le temps où d’autres apprennent, lui a laissé des hésitations. Il n’obtient d’elles un charme qu’à force de tâtonnements, et volontiers les écarte-t-il, s’il en a loisir.

Combien fut-il à Rome? Il y est très certainement en 1784. En 1786, il a laissé le portrait de son ami, Germain Drouais, fils d’Hubert-François et d’Anne Doré, mort élève à l’Ecole de Rome en 1784. Ce portrait, depuis lithographié, porte la date 1786, mais c’est une erreur probable de la traduction ultérieure. En 1784 aussi, Dumont a dû faire Anne Doré, mère de Germain Drouais, peut-être venue à Rome au chevet de son fils. Cette dernière oeuvre, si parfaitement rapprochée du portrait de Madame Lagrenée, achève de nous renseigner sur ses moyens définitifs. Ce que l’on trouve avant est trop peu ; un portrait d’homme de la collection Doistau, daté de 1783, ne nous dit pas que Dumont fût à Rome ; puis d’autres miniatures, datées de 1785, montrant des personnages dont l’un au moins est dans un paysage avec château de style français, nous font présumer le retour à Paris. Disons donc que Dumont fut à Rome quelques mois de l’année 1784.

C’est tout ce qu’on ose dire, et ses biographes ne l’indiquent point.

A pai'tir de cette rentrée, l’artiste se renforce dans ses procédés et son esthétique. Si peu révolutionnaire qu’on le sache, il est craint dans le sens qui prévaudra plus tard. On devine qu’il n’a pour Hall et ses pratiques qu’un dédain motivé et comme de l’aversion. Il prend position contre ses prédécesseurs en accentuant certains usages de son pinceau. Dans ses miniatures de 1785, dont l’une, un homme portant un hahit à reflets changeants, à M. Doistau; dont l’autre, au baron de Schlichting, représente une femme portant un fichu jaune, il n’emprunte guère à personne; la dame devant son château, à M. Doistau (1786); la Saint-Huberty, à M. Durier, du même temps; un M. de Montmorin présumé, dans le cabinet Panhard (1787); une dame appuyée sur un autel de l’Amour, à M. Doistau (1787), protestent que Dumont n’est, sous aucune forme, le descendant de la génération antérieure.

On lui a reproché le sourire, les bouches uniformément relevées aux coins , les nez à la juive , les satins trop tarabiscotés et plissés à la façon d’Albert Dürer, on a grand tort. Ce sont là des marques de fabrique, des moyens très certains d’identification. Ceci, et les mains que Dumont dissimule comme dans la miniature de Mademoiselle Saint-Huberty, ou qui disparaissent sous un livre ouvert, derrière une lyre; les pilastres de fond, aperçus en différents portraits, chez Madame Lagrenée, chez Madame Vaudoyer, sa fdle, chez la Saint-Huberty encore ; les attitudes alanguies, poétiques, les Ann Radcliffe avant la lettre, telle la baronne de Saint-Just, belle-fille de Godard d’Aucourt, tout un bagage, un matériel bien défini et peu varié d’accessoires , de fleurs, de costumes simples, c’est la signature de François Dumont, tout à l’heure membre de l’Académie, célibataire recherché, assez beau cavalier, artiste à son apogée.

Il a trente-sept ans quand, sur la présentation de Joseph- Siffrein Duplessis, peintre du Roi, Messieurs de l’Académie lui ouvrent leurs portes. Duplessis est de Carpentras ; c’est probablement la raison pour laquelle Sicardi d’Avignon ne vit point s’ouvrir « le sein » illustre. Dumont était agréé, à la production d’un pastel représentant son frère Tony Dumont. Un mois plus tard, certain portrait du peintre Pierre, exécuté en minia-

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