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FRANÇOIS DUMONT
moururent. Six petits demeuraient tout seuls ; l’aîné avait bien juste ses vingt ans, le second, François, à peine plus de dix-huit, et les quatre restant variaient de seize à sept. Manquant de courage, l’aîné s’engageait, abandonnant la maisonnée à son puîné. Le parti de celui-ci fut très vite pris. La bourse paternelle contenait de maigres économies; il plaça ses jeunes frères et sœurs près de gens charitables; emportant avec lui une centaine de livres en louis d’or, un baluchon très modeste et une ou deux lettres de Girardet, il prit le coche à destination de Paris.
On l’y retrouve dans le courant de 1769, et tout de suite, grâce à Girardet et à ses amis parisiens, il a trouvé des boutons de nacre ou d’ivoire à décorer. François Dumont n’était point arrivé à Paris avec une vocation irrévocable, comme nous verrons Augustin, à douze ans de lui. De la peinture, du pastel, de l’émail ou de la miniature, même, si l’on veut, des dessins d’architecte, un peu de modelage, il peut tâter de tout pour gagner son pain. Les boutons historiés commençaient une vogue qui s’affirmera pendant plus de vingt ans ; de moyens qu’ils sont en 1770, ils prendront, d’une année à l’autre, plus d’importance. On en verra confier à de grands artistes, Hall,
Van Blarenberghe, et le prix d’une monture de douze atteindra parfois jusqu’à mille livres. Ce qu’on veut pour décoration, ce sont les vues de ville, les reproductions de tableaux illustres, des chasses, des scènes champêtres ou des batailles.
De l’objet précieux au bouton de pacotille, tout se fait; des garnitures pour petites gens, gravées en couleur par Janinet, se paient cinq ou
six livres encadrées, car chacun de ces boutons, outre les figures peintes, a son verre de protection. Ceux que l’on confiait au jeune Dumont comptaient parmi les intermédiaires, entre les Hall et les Janinet. A deux ou trois livres la pièce et en travaillant sans relâche, le garçon payait son galetas, sa pension bourgeoise, ses habits et, de temps à autre, expédiait un petit secours aux abandonnés de là-bas. Il y avait en lui du Petit Poucet, moins l’ogre; en effet, chacun a de la compassion pour cette énergie et cette audacieuse volonté de petit homme.
Même avant qu’il eût complètement installé ses affaires, à la fin de 1769, une académicienne, Madame Vallayer Coster, à qui on l’avait recommandé, lui permettait de la portraiturer. Déjà on convenait que l’enfant sortait de l’ordinaire , que son observation des êtres et ses façons de l’exprimer en dessin marquaient un tempérament. On s’amusait de cette frimousse duvetée, si déterminée pourtant et si appliquée. François exploitait hardiment la situation; il se faufilait de l’un à l’autre, partant du moindre pour atteindre au mieux. Il regrettait peut-être que son gagnepain, les boutons d’ivoire, le détournât de la grande peinture; il s’y donnait tout entier pourtant et par ce moyen se spécialisait en miniature.
Tant et si bien qu’à trois ans de là, en 1772, on le voit chargé de peindre sur ivoire le comte et la comtesse de Provence, Monsieur et Madame, les premiers princes du sang. A vingt-deux ans, le voici d’emblée en concurrence avec Hall, Sicardi, Madame Guiard et les autres.
Rien ne nous est resté de cette première période de sa vie; du moins, l’absence de signatures et le manque de personnalisme accusé gênent-ils les recherches. Ajoutons à cela que les boutons exécutés par lui ont été détruits ou détournés de leur destination première. Avec notre manie de transformer tout, les œuvres égarées ont très souvent été mises en broches, appliquées sur des boîtes, installées dans de petits cadres d’or. Ce qu’on sait de plus ancien venant de lui est un portrait de femme daté de 1775, à M. le comte Mimerel, petite miniature banale de dame à coiffure haute et emplumée, dans le goût de Janinet ou de Dagoty. Peu de raisons encore, si la signature n’était là, pour nommer Dumont plutôt que Ribou
FRANÇOIS DUMONT
ou que tout autre. Encore moins pour lui donner la Marie-Antoinette de la collection Doistau, probablement faite dans le même temps. Il n’est pas encore à l’âge où l’artiste assure sa manière et s’accuse par des accents caractérisés. Dumont n’est ni un prodige, ni un génie, c’est un appliqué, un de ces garçons dont on dit encore, comme on disait déjà, « qui veulent marcher ».
M. Henry de Chennevières a publié sur Dumont une notice excellente; il paraît s’étonner de le rencontrer, si jeune, en des situations où d’autres n’atteignaient qu’à l’âge mûr. Tout venait de l’habileté très réelle de François Dumont, de ses facultés d’assimilation, et, avouons-le, de la présentation fort digne, mais subtile, de ses charges de famille. Plus simplement encore, son talent naissant se conformait aux idées récentes, à l’attirail des sensibleries, à mi-chemin des papillonneries de Hall ou des séchei esses de certains. Il plaisait par une simplicité toute neuve et une candeur inhabituelle chez ses confrères.
Tenait-il un compte de ses travaux et de ses gains? Non, qu’on puisse dire; seulement on a le témoignage d’autres papiers, de notes de journaux; on juge de ses succès par l’état où il a su mettre les siens. Désormais la gêne a cédé. Son jeune frère, Antoine dit Tony, est appelé par lui à Paris pour y tenter la carrière de peintre, si favorable. Deux de ses sœurs sont établies en un petit négoce, tandis que la dernière entre au couvent.
Lui-même arrange sa vie, se hausse en prestige, accommode à la moderne son appartement et sa chambre-atelier. Il a trop connu la pauvreté pour ne pas se donner au moins l’illusion de la grande aisance, même s’il peut, du luxe. Sa clientèle préfère la maison bien tenue où l’escalier se cire, où les rideaux sont blancs, au grenier des artistes dédaigneux de propreté et de bien-être, les talents égaux, d’ailleurs. Les choses une fois réglées, ses économies placées, sa petite fortune en bonne voie, il ne lui était point désagréable de se présenter aux anciens camarades en une posture assise.
Il y avait Rome, la Mecque de ses congénères, lieu de renaissances
variées, d’où les maîtres du moment tiraient leurs inspirations pseudoantiques et le prétendu renouveau de tous les arts. Jusqu’à cette minute de son orientation , Dumont n’avait fait que prendre, ici ou là, les éléments utiles à ses études, tantôt peignant au pastel, à l’huile, en miniature le plus ordinairement, parce que les talents, une fois étiquetés sous un genre, ne sont guère admis à s’en vouloir sortir. Quelle naïveté n’avait-il pas de se hausser à la peinture où il n’était que fort ordinaire, en abandonnant ce qui l’avait mis à un premier rang ? Le voyage à Rome paraît l’avoir ramené à des idées sages, soit qu’il y eût reçu les bons conseils de Lagrenée, ou se fût mieux rendu compte de sa force.
On ne sait ni la date précise de son départ, ni le temps qu’il passa là bas. Son séjour y est noté en 1784, par la miniature signée et datée qu’il exécuta à Rome de la femme du directeur de l’Académie, Madame Lagrenée, née Anne-Agathe Isnard. Cette figure de femme à la cinquantaine, simplement assise, si naturelle et si vivante, nous révèle très parfaitement le François Dumont de trente-quatre ans. Vêtue d’un vitchoura à brandebourgs, fort décolletée, coiffée à la Marie- Antoinette, tenant un livre ouvert sur ses genoux, Madame Lagrenée est une fort grande dame, une dame qui a son âge, et qui conserve de sa jeunesse un beau souvenir.
Pour la carrière de Dumont, cette pièce montre l’arrivée décisive, car dans cette famille, pour le directeur de l’Académie de France, il a sûre-
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1 a laissé le portrait de son uni, Germain Drouais, (ils d’Hubert-François et d’Anne Doré, mort élève à l'Eoole de Rome en 1784. Ce portrait, depuis lithographié, porte la date 1786, mais c’est une erreur probable de la traduction ultérieure. En 1784 aussi, Dumont a dé faire A; i Doré, mère de Germain Dtu ia - , peut-être venu- à Rome au chevet de son ■■ c*-. parfaitement rapprochée du portrait de Madame
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