FRANÇOIS DUMONT. — MADAME DUMONT
ture, le classait définitivement. Le nom de Pierre, comme seront plus tard ceux de David ou d’Ingres, était alors l’indispensable sésame.
Dans l’aréopage il rencontrait Antoine Vestier; celui-là, homme arrivé et très excellent, avait une fille — nous l’avons dit — miniaturiste ellemême, jolie par surcroît, mais de seize ans plus jeune que François Dumont. Un écart d’âge aussi considérable ne comptait pas alors; il allait de soi, et 1 on en convenait assez volontiers chez les filles à marier, qu’un homme n’était bon mari qu’une fois sa situation assise. Avant trente-cinq ans, peu de gens en étaient là. Dumont offrait mieux que de l’avenir; l’Académie le classait parmi les notables, égal à Vestier au moins, sinon plus. Plus, à cause de son âge, de sa réputation, de ce qui s’ouvrait devant lui de chances probables.
La demande faite, Vestier hésita d’autant moins que son futur gendre, outre son talent, avait un passé de père de famille, l’éducation et l’établissement de quatre frères et sœurs. Pour cadeau de noces le Roi accordait au jeune couple le logis du Louvre, ci-devant occupé par Cochin, faveur réservée aux seigneurs de réputation indiscutée. Dumont offrait d’ailleurs à sa jeune future autre chose qu’un appartement mal commode au palais. Il avait acquis à Limoges-Fourches, près de Melun, ce qu’on nommait alors un « faire-valoir », une terre avec sa maison de maître, ses appartenances, où l’on aurait loisir de jouer au gentilhomme fermier, une fois l’été venu. Tant d’avantages inclinèrent Vestier à donner son consentement — il ne pensait guère à discuter, d’ailleurs — et dans le courant de 1789 tout se terminait au mieux du monde.
Au Louvre naquit leur fils Aristide ; ce nom était un gage donné à la passion nouvelle pour les Grecs. L’autre fils recevra le prénom de Bias, plus significatif encore, car, depuis la venue d’Aristide, en deux ans, les événements avaient couru vite ; vers la fin de 1792 Louis XVI était au Temple, il devenait urgent d’affirmer son civisme. Bias avait un air de renoncement aux luxes qui semblait comporter un acquiescement au nouvel état des esprits.
Pour Dumont, ce n’était là que faux donné à entendre, il s’estimait
devoir trop au ci-devant régime ; le renier, à la façon de Boze, lui eût semblé une infamie. Homme magnifique aussi bien, et complaisant vis-àvis des aristocrates, il avait, jusqu’aux extrêmes limites de la prudence, arboré des vêtements de prince dont le jeune Isabey s’était fort émerveillé. Celui-ci, venu à Paris en 1786, s’en était allé saluer le compatriote dont le prestige ne fut pas la moindre déterminante de sa propre vocation. Isabey exprima son admiration lorsqu’il avait aperçu, au fond d’un local spacieux, décoré et riche, François Dumont en robe de chambre bleu et or, portant la perruque poudrée « à l’oiseau royal ». Ce n’est pas que l’entrevue lui eût procuré grand bénéfice ; cependant il avait pris confiance devant cette opulence étalée et triomphante. Par ceci, Dumont eut, sur la destinée ultérieure du petit, une influence considérable et imprévue. Isabey se sentit grandi de décorer à son tour des boutons d’ivoire, si de telles besognes de début procuraient à la fin une « situation aussi parfaitement convenable ».
En 1792, les mouvements populaires avaient tout gâté; ce n’était pas une note très favorable que Dumont eût peint le Roi, la Reine ou le petit mitron.
Plus grave était l’obtention d’un logis au Louvre ; pire d’éviter les charges imposées aux citoyens par de récentes lois, et de laisser ainsi deviner son indifférence, sinon son hostilité.
Qui dénonça Dumont? Un jaloux? Il en avait à la douzaine, il faudrait choisir dans le nombre. Taxé de contre-révolution, — imputation déjà terrible, — même de conspiration — histoire pire ! Sur un rien,
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Au Plessis, à la Force, aux Made-