‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 3 sur 26 · LUC SICARD, DIT SICARDI · texte numérisé non relu

LUC SICARD, DIT SICARDI

fils, on est induit à supposer que deux Sicardi existent concurremment, l’un né en 1746, l’autre vers 1776, et dont les esthétiques se fondent au point de ne démêler guère l’une de l’autre. Cette opinion, basée sur l’orientation plus épicée du Sicardi de la Révolution et de l’Empire, inventeui de petites scenes galantes, est un peu contredite par les livrets d’exposition qui ont l’air de donner au Sicardi de 1780 l 'Arlequin égoïste de 1804. Bien mieux — sauf qu’il se fût lui-même trompé et ceci n’est guère présumable — Chaussard, un contemporain qui connaît Sicardi, exprime à propos du portrait de Mademoiselle Bourgoin, exposé en 1812, « Sicardi gagne toujours en talent, ce qui est digne de remarque, surtout à son âge ». Donc Chaussard le croit ou le sait un vieillard. En fait Sicardi n’est plus très loin de ses soixante-dix ans.

Telle est sa célébrité dans le genre que son nom est devenu synonyme de miniature poussée, pourléchée, conduite à son extrême. Même quand, au Salon de 1796, mordu de la tarentule académique, il voudra tenter la peinture à l’huile, il ne saura qu’exagérer encore. Mais nous prenons ici un peu d’avance, nous ne considérons Sicardi en ce moment que dans le parfait de son talent, avant les concessions à David.

Un de ses chefs-d’œuvre restera le portrait d’un seigneur de 1788, tenu dans la symphonie bleutée, aujourd’hui à M. Ed. Taigny. C’est là un de ces morceaux impeccables de Sicardi que l’on donnera à copier au jeune Isabey débutant ; mais pour l’inexpérience de l’apprenti, quel modèle déconcertant !

Rien en miniature ne saurait montrer plus de science ni plus d’esprit malicieux. C’est la synthèse de toute une époque, écrite sur un visage d’homme. Dans ce masque, ouvert et rieur, de garçon impertinent, revivent les dédains aristocratiques d’un La Rochefoucauld, le scepticisme d’un Lameth et l’insolence d’un laquais de

bonne race. A ce point de philosophie, la miniature vaut la peinture; y contredire serait de mauvaise foi. Et les survivants de la production de Sicardi ne sont pas si introuvables : pas une collection qui n’en garde. Au Louvre, c’est un portrait de Louis XVI ayant appartenu au duc d’Aumont en 1791 ; plus une boîte provenant de Lenoir, ornée du portrait de deux jeunes filles en chapeau devant un clavecin. Au Musée Wallace dix pièces ont été recueillies, parmi lesquelles cette étourdissante fille, Mademoiselle Cail, en costume de Bacchante, supérieure à la lady Hamilton peinte à Naples dans un pareil costume par Madame Vigée. Chez M. Gaston Le Breton, de Rouen, un trésor : le portrait du sculpteur Pajou provenant de la famille. Derrière on lit : « Augustin Pajou sculpteur du Roi peint par M. Sicard en 1789, année de la Constitution. » Et pour celui-ci, pour ce maître inimitable « M. Sicard » s’est surpassé. Simplement campé, sans rien d’oiseux ni de chargé, Pajou sourit finement ; à première vue ce serait un bourgeois quelconque, tant il y a de calme volontaire dans le regard, de bonté innocente dans la bouche. Mais à l’examen tout s’illumine et décèle l’homme ; si l’on fouille à la loupe cette besogne, si libérale d’ensemble, on juge quelle admirable conscience s’est appliquée aux détails, et quelle main assurée a limité d’avance le moindre champ d’opérations.

Pour l’étude des pointillés de Sicardi, rien ne vaudra jamais le curieux groupe de deux enfants, cousin et cousine, appartenant au comte Allard du Chollet. Dès l’abord une disproportion de stature entre le jeune garçon et la petite fille déroute un peu. Mais bientôt les choses reprennent leur place. Tout y est calculé, rien ne sent l’effort. Et voici que la malice des anciens, un peu rajeunie, se donne carrière dans cette scène minuscule. La fillette regarde son cousin, collégien impassible et un peu gauche, elle très moqueuse et prête à éclater de rire devant ce bougon inamusable. Ce sont là des recherches inhabituelles dans les portraits de famille, et d’une difficulté pleine de périls. Sicardi a exprimé un épisode qui sans doute avait amusé les parents, et que lui tout seul pouvait tenter. Nul doute que Jean-Baptiste Augustin, venu de sa province, ait regardé plus attentivement Sicardi qu’il n’admira le Suédois Hall. Augustin sera de

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