LUC SICARD, DIT SICARDI
la descendance cultuelle des anciens, en passant par Sicardi d’Avignon.
Sur la fin de sa vie, Sicardi vise la scène gaie, les sujets plaisants, dont la mode, venue de lui, se continuera très tard. En portraits, ce seront les gens de théâtre. Ses moyens ont baissé. Son pointillé microscopique d’autrefois se fait gros et lourd. Lorsque, dans une œuvre petite, le procédé s’aperçoit et s’impose dès l’abord, il y a déséquilibre. Isabey, qui aura un peu admis les techniques de Sicardi , a su les racheter par des glacis fluides, des gazes en nuages ; Sicardi demeure ponctuel et rèche. Pour la miniature, il n’avait rien changé sauf que, d’impondérable, le modelé des chairs était obtenu par un semis visible . En 1814 , comme tous les autres, il redevient légitimiste très convaincu; on admire d’autant plus les portraits de Louis XVI et de Marie-Antoinette, publiés par lui, qu’on n’ignore pas les relations demi-séculaires de ce même monsieur à perruque avec le ci-devant service des Menus Plaisirs . Sicardi est pour les émigrés revenus ce que fut Isabey, peintre de Napoléon l,p, à la cour de Napoléon III. Ce sont là des renouveaux éphémères ; la jeunesse est trop lointaine, et l’expérience ne compense pas toujours la fermeté de la main ou l’acuité du regard. Chez Sicardi, la myopie des débuts, « l’œil en loupe », est devenu un pauvre instrument surmené, refusant le service. Ces effigies du Roi et de la Reine, reprises après vingt ans, par un témoin de leur vie, sont un argument contre l’idée d’un fils de Sicardi continuant son genre au point de se confondre avec lui.
Quatre ou cinq fois, en un demi-siècle, il a changé de domicile. On l’avait connu 153, faubourg Poissonnière, puis rue du Petit-Bourbon-Saint- Sulpice, et, tout à la fin, 55, rue Saint-André-des-Arts. Sa carrière, commencée avant 1770, à vingt-trois ans, se termine en 1825 , ce qui représentait, au plus juste, cinquante-cinq années de labeur incessant, qui ne lui procurèrent ni la fortune ni la gloire.
Il y a chez M. F. Doistau, un des collectionneurs parisiens les plus avertis sur l’histoire de la miniature, un portrait de femme d’une élégante allure, offrant ce spectacle peu fréquent : une dame en peignoir du matin, à son petit lever. La façon générale avait fait penser à Sicardi, et on lui offrit
cette paternité. Mais un graveur anglais , François Bartolozzi , reproduisant assez gauchement cette remarquable pièce, la nommait Marie- Antoinette, « by P. Violet, painter to the Iiing of France ».
La reine de France et son peintre Pierre Violet ! Étrange méprise des attributions a priori. Cependant, ce Violet, qui est-ce ? A peine un livre le cite-t-il, et encore moins comme artiste que comme auteur d’un traité sur la miniature. Mais, pour le moment, nous en sommes à l’attribution d’un travail de P. Violet à Sicardi, d’Avignon, en reconnaissant qu’on pouvait s’y tromper.
Si donc on les a pu ainsi confondre, c’est que leurs techniques respectives ont des similitudes. Pierre Violet, né en 1749, est, à trois ans près, le contemporain immédiat de Sicardi. Il a de l’instruction, ce qui n’est pas le cas ordinaire de ses concurrents, même de Sicardi. Comme lui aussi a reçu des commandes royales pour les Menus Plaisirs, et qu’il s’est convenablement tiré d’affaire, il s’intitule peintre du Roi. 11 touche à la quarantaine lorsque, en 1788, il publie un ouvrage de doctrine sur l’art de la miniature, qui semble une paraphrase littéraire sur la manière de Sicardi. Violet est un courtisan, nous dirions un arriviste. Madame Vigée est au mieux en cour alors;
Violet ne l’ignore pas. Son livre contient, en l’honneur de l’académicienne, un dithyrambe plein d’adresse et de respect attentif. Mais le titre de l'ouvrage se présente comme un programme. « Traité élémentaire sur l’art de peindre en miniature, par le moyen duquel les amateurs, qui ont les premiers principes de dessin, peuvent atteindre à la perfection dans le genre, sans le secours d’un
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Violet ne l’ignore pas. Son livre contient, en l’honneur de l’académicienne, un dithyrambe plein d’adresse et de respect attentif. Mais le titre de l’ouvrage se présente comme un programme. « Traité élémentaire sur l’art de peindre en miniature, par le moyen duquel les amateurs, qui ont les premiers principes de dessin, peuvent atteindre à la perfection dans le
LUC SICARDI
P A J O U , SCULPTEUR DU JlOl (A M. Gaston Le Breton )
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