‹ La miniature française 1750-1825 (volume 3)Chapitre 5 sur 26 · PIERRE VIOLET · texte numérisé non relu

PIERRE VIOLET

maître. » Au-dessous, cette adresse : « A Rome. Et se trouve à Paris, chez l’auteur, rue Chaussée-d’Antin, et chez Guillet, libraire de Monsieur, frère du Roi, rue Saint-Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins. »

Pierre Violet, qui écrivait si longuement, eut-il le temps de beaucoup peindre? On croirait que non, tant ses ouvrages sont clairsemés. La raison qui l’a fait confondre avec Sicardi a pu, tout aussi bien, faire attribuer à d’autres certaines de ses œuvres non signées. Le Mercure de France rassure sur la valeur professionnelle de Violet, et cette opinion favorable est confirmée par la Marie-Antoinette signalée tout à l'heure. « Nous ne craignons pas de dire, exprime le rédacteur du Mercure, que plus son talent sera connu, plus il sera prisé et recherché. » La phrase a de l’ambiguïté, elle semble regretter l’abstention de l’artiste, mais elle est aussitôt corrigée par le Journal de Paris. Parlant du livre de P. Violet, celui-ci proclame qu’on peut y avoir « d’autant plus de confiance, que l’artiste peut appuyer sa thèse par sa pratique et montrer, en même temps, de charmantes miniatures ».

Il perçait à peine quand la Révolution le fit s’enfuir avec Ferrières, Danloux, Hall et d’autres. Il gagna Londres, où il tombait à point pour apercevoir encore Reynolds sur ses boulets, et le graveur Bartolozzi au plus beau de son succès. Bouliard, émailliste, graveur, un tout petit peu peintre aussi, s’était déjà établi là-bas; c’était un ami, il fut un soutien. Leur camaraderie a pour preuve un portrait de Pierre Violet par Bouliard, daté de 1787, et resté dans la descendance du premier ; il appartient à Madame Iven. Ce n’est pas la merveille, c’est honorable pourtant ; peint dans les dimensions d’une petite pièce de monnaie, on en voit assez pour se donner l’idée de Violet, dont la figure est ronde, joviale, avec des pommettes saillantes d’homme volontaire.

Violet allait rencontrer à Londres un peu de ce que ses attaches politiques , et la concurrence effrénée des nouveaux , l’ont empêché de se former dans le Paris révolutionnaire, une clientèle de tout repos . Les Anglais se montraient accueillants et enthousiastes de ses portraits sur nature. Un journaliste vantait le dessin et le coloris de ses miniatures : « That is what distinguishes this artist , whose réputation is so well established in France. » Une réputation établie en France ! Si les Français professaient volontiers l’anglomanie, la gallomanie florissait de l’autre côté du détroit. On était en 1790, Violet exposait à la Royal Academy, au milieu de ses confrères anglais, Cosway entre autres. Et précisément, Cosway vient de montrer une comtesse du Barry prise par lui durant un voyage, pochade exquise, aujourd’hui dans la collection Pierpont-Morgan. Chose plus curieuse, Bartolozzi avait justement donné, cette année même, la Marie- Antoinette en peignoir, d’après Violet. L’intimité entre ces deux artistes, qui se continuera jusqu’à la mort de Violet, en 1817, est née de cette première relation. Bientôt elle deviendra de l’affection. Violet fait un portrait de Bartolozzi que Bouliard grave en 1797 ; il peint le prince de Galles, car, pour marquer, il faut avoir exécuté un portrait du prince, comme chez nous celui de la Reine. La vogue est à ce prix. Mais ce n’est point non plus chose négligeable que la miniature d’une actrice en renom, telle cette « bélla pescatrice » du Panthéon, la Signora Casentini, que P. Violet exposera, dans un de ses rôles, en 1792. Le reste s’est perdu là-bas, et ne nous est pas connu encore. Quant à ses travaux en France, avant 1790, à part la Marie-Antoinette de M. Doistau, un Cousin Jacques (Louis-Abel de Reigny) ou Louis Charton, manufacturier et membre de la Commune de Paris -en 1789, gravé à l’eau-forte par Violet lui-même, on ne sait guère. Pierre Violet, qui avait séduit les Anglais par la note un peu malicieuse de ses intentions, par le fini de son travail, qui brillait, aux yeux de ces loyalistes, par son titre de peintre royal, mourut en 1817, à Londres. Il avait reconstitué un foyer, élevé sa famille, et pris un bon rang parmi ses confrères. On l’enterra au cimetière de Saint-Pancras.

Quatre artistes originaux, assez personnels, vécurent à cette époque et

J. -B. WEYLER

valent qu’on dise leurs mérites. Deux sont des émailleurs, J. -B. Weyler, de Strasbourg; Jacques Thouron, de Genève; deux des miniaturistes « dans la manière de camée », Sauvage et Gault de Saint-Germain, dont il a déjà été dit un mot.

D’entre eux, Weyler est le premier en date. C’est un homme de belle formation esthétique, peintre en pastel, en miniature, mais surtout en émail. Weyler sera de l’Académie en 1775, et s’en viendra continuer les Petitot chez nous. Le moins heureux de sa carrière d'artiste sera d’avoir rêvé, on ne saurait dire quel panthéon de nos gloires nationales, représentées en émaux fantaisistes et revêches. Ceci ne compte guère, et encore moins la plaisante idée que sa veuve , née Louise Bourdon , remariée d’ailleurs à un sieur Klüger , avait eue de continuer l’entreprise sous l’Empire. Weyler, disparu en 1791, laissait inachevé son grand projet patronné par l’État dès 1785. Dix-neuf ans plus tard, alors que le souvenir du défunt était bien lointain, que les goûts avaient pris du renouveau, quand la manière même de Weyler paraissait, à la génération nouvelle, surannée, vieillote et « perruque », Madame Klüger tentait donc de ressusciter ces choses fossiles et dédaignées. Les commandes de l’Empereur à la manufacture de Sèvres lui avaient laissé croire à l’utilisation immédiate des modèles, autrefois cherchés et préparés par son défunt. Sa réclame fut avisée et pratique. Elle la lança dans le livret du Salon, et il ressortait de tout ceci qu’elle seule, Madame Klüger, veuve et élève de Weyler, était en état de poursuivre et de mener à bien l’aventure. c< Madame Klüger, disait-elle, en parlant d’elle à la troisième personne, possède la collection d’ébauches de M. Weyler en pastel, et qu’il avait eu l’avantage de prendre en des cabinets d’amateurs . » Ce n’était pas le mieux qu’eût fait Weyler, et, à notre sens, son inspiration fut supérieure lorsqu’il descendit de son Olympe pour très naïvement représenter les personnages de son temps. L’émail de M. d’Angivillers, au Louvre ; celui du maître de Troy, au baron de Schlichting, ont fait plus pour sa mémoire que l’effigie risible d’un Du Guesclin emplumé. Mis en regard des meilleurs travaux en émail de Hall, le d’Angivillers note une entrée fort convenable.

Les émaux historiques, par contre, sont, avant 1 heure, une conception que le roi Louis-Philippe n’eût pas désavouée, pour ses Galeries de Versailles.

Jacques Thouron, de Genève, établi à Paris dès le règne de Louis XVI, avait eu des imaginations moins romantiques. En science du procédé, en perfection de dessin, il a la priorité sur Weyler. On sait de lui un émail de dimensions rares , sur lequel est peinte une jolie scène de famille, prise, on croirait , sur un tableau de Madame Vigée . Mais Thouron l’a très bien pu composer lui- même, car il n’a point perdu son temps en France, et s’est très complètement assimilé nos façons. Son portrait de femme âgée, assise devant sa table à ouvrage et cousant, est tout entier de sa composition. En douterait - on , si, comme le prétend M. le baron R. de Portalis, cette personne est la bonne Madame d’Etigny, protectrice de Thouron ? En figure de femme à la soixantaine, on ne sait guère que la Madame de Létine, gravée par Lalive, son gendre, — et surtout par Cochin, — qui se puisse mettre en rivalité. A ce point d’éclat et de fondu, devant cette « cuisson » d’une réussite aussi heureuse, Thouron semble n’avoir aucun concurrent. Le portrait de Madame d’Etigny est fixé sur le couvercle d’une

boîte ronde appartenant à M. Fitz-Henry ; c’est un incomparable joyau auquel nul autre ne se compare, sauf peut-être la Joséphine Beauharnais par Augustin.

Sur Jacques Thouron, une histoire : Il eût été la victime d’une injustice de la part du comte d’Artois, frère du Roi.

Il en fût mort de chagrin, en 1789. Rien n’est moins assuré.

Nerveux, persécuté en imagination, Jacques Thouron se put croire lésé, bien que,

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Ce ne fut ni très glorieux i très nginal, les travaux proprets, astiqués et oiseux de Sauvage et de Gau! de Saint-Gcrn in. Cela devançait un peu la passion d'antiquité comment - à la découverte de Pom :i, et poursuiv i par les thuriféraires de Louis David. Pasticher des camées en génier à des trou pe l’œil troublants, irritants, même l’on ton< ne confère point la gloire immortelle. Et pourquoi ces retours p èques et malheureux vers un art qui n’est ni pour notre pays ni

pour nos climats ; qui, après le désolant classique de la Renaissance, nous imposa les Pompiers de 1810? Que Piat- Joseph Sauvage, né à Tournay, Belge et élève de Guérard d’Anvers , ait eu pareille idée , c’est dans le tempérament de là-bas; il faut une inspiration, qu’elle vienne d’ici on de là, de Hollande ou d’Italie. Sauvage qui avait vu des bas-reliefs ou des

N’y cherche! x pas plus te, ,-m tout ce que ! . s!. .lit.

Comme il ne tminquatt m de talent ni de propreté de mam, « • fut 1m en Entre Clinchctet d’autrefois, « le Raphaël des Tabatière- >, artiste libertin et médiocre, lui surtout passionné de sujets béliogabalesques ou spinthriens, et le réservé Piat-Joseph Sauvage, il n’y a de rapports que les sujets choisis dans l’antique ; mais ce que le premier veut de préférence, l’aut.c le rejette. A Paris, où vécut Sauvage, son genre s’adaptait à la décoration des boites, même ou lui vit, de temps

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