J. THOURON. - P.-J. SAUVAGE. - GAULT DE SAINT-GERMAIN
cependant, l’étourderie et, dans certains cas, la mauvaise foi du prince, permettent de faire créance à l’artiste. Une chose certaine, c’est que Thouron mourut le 16 mars 1789, et qu’il fît un testament étrange.
Ce ne fut ni très glorieux ni très original, les travaux proprets, astiqués et oiseux de Sauvage et de Gault de Saint-Germain. Cela devançait un peu la passion d’antiquité commencée à la découverte de Pompéi , et poursuivie par les thuriféraires de Louis David. Pasticher des camées en miniature, s’ingénier à des trompe-l’œil troublants, irritants, même si l’on est très fort, ne confère point la gloire immortelle. Et pourquoi ces retours périodiques et malheureux vers un art qui n’est ni pour notre pays ni pour nos climats ; qui, après le désolant classique de la Renaissance, nous imposa les Pompiers de 1810 ? Que Piat-Joseph Sauvage , né à Tournay, Belge et élève de Guérard d’Anvers , ait eu pareille idée , c’est dans le tempérament de là-bas; il faut une inspiration, qu’elle vienne d’ici ou de là, de Hollande ou d’Italie. Sauvage, qui avait vu des bas-reliefs ou des intailles, s’amusa à en transcrire les reliefs, produits par les lumières frisantes. Sur des broches, ceci singeait assez joliment les originaux anciens. N’y cherchons pas plus de malice, c’est tout ce que l’artiste souhaitait. Comme il ne manquait ni de talent ni de propreté de main, ce fut bien. Entre Clinchetet d’autrefois, « le Raphaël des Tabatières », artiste libertin et médiocre, lui surtout passionné de sujets héliogabalesques ou spinthriens, et le réservé Piat-Joseph Sauvage, il n’y a de rapports que les sujets choisis dans l’antique ; mais ce que le premier veut de préférence, l’autre le rejette. A Paris, où vécut Sauvage, son genre s’adaptait à la décoration des boîtes, même on lui vit, de temps
à autre, risquer des portraits. Pour ceux-là encore, il demeurait lui. En blanc et noir, sans presque de ton, il dessinait d’élégants profils, au col tranché, à la façon des médailles ou des monnaies. De ceci, Piat n’était ni l’inventeur ni le propagateur; Cochin, Greuze, l’avaient dès longtemps devancé; seulement lui y mettait un fini élégant, fort goûté des amateurs; il idéalisait, accommodait ses contemporains à la mode d’Athènes, ce dont on lui savait très bon gré. « Ces divers tableaux, écrit un publiciste en 1781, méritent tous les éloges dus aux ouvrages de ce genre, infiniment moins difficiles que tous ceux qui ont pour objet la nature vivante. » En ces temps héroïques, les peintres croyaient à la critique. Piat Sauvage entendit la remarque et se mit au portrait plus humain. Il admit une bonne fois que Périclès fût mort.
J. -Y. -J. Gault de Saint-Germain, mentionné déjà, suivait à peu près la même ornière, et peut-être même y était-il engagé depuis plus longtemps que Sauvage, puisque l’Almanach historique annonce, dès 1777, M. Gault en qualité de miniaturiste dans le genre des camées. La Blancherie, qui lui donne asile, ne le voit pas en laid, naturellement. Pour lui , Gault est l’inventeur du genre, — que fait-il de Clinchetet, mort en 1734? — et dans ce genre, a personne ne l’a surpassé ». Tant de mérites, joints à la protection du Bulletin de la Correspondance, n’avaient donné à Gault ni honneurs ni argent. Lorsqu’en 1788, il unit sa misère à celle d’une jeune Polonaise, Mademoiselle Rajeska, venue à Paris pour y étudier la peinture, celle-ci reçut une verte semonce de son gouvernement. C'était le roi de Pologne qui payait le séjour; il s’étonna, par l’entremise de son ministre, de cette union hâtive. Madame Gault se disculpa dans une épître pleine de candeur. Elle a épousé Gault, assure-t-elle, pour avoir un compagnon ; elle a espéré que le mariage lui donnerait des ressources pour vivre, surtout si on trouve des travaux à son mari. Or, ce mari n’est pas aidé. « Et vous savez, écrit-elle, les talents n’ont de valeur qu’autant qu’ils sont protégés. » Gault, qui a trente-cinq ans, qui dédaigne le portrait, qui a fait société avec l’abbé de Lachaux pour l’exploitation du camée peint, est en posture cruelle; il ne sera donc pour sa femme qu’un protecteur de façade. La jeune Polonaise avait de l’ingénuité, certes, mais elle ne manquait ni
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