‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 10 sur 26 · NOËL HALLÉ — NICOLAS COURTOIS — PIERRE PASQUIER · texte numérisé non relu

NOËL HALLÉ — NICOLAS COURTOIS — PIERRE PASQUIER

enlumineurs d’éventails ou d’images. Ceux qui peignent le portrait sur ivoire ou sur carton d’après le modèle vivant sont des peintres. Plusieurs appartiennent à l’Académie royale, tels Noël Hallé, Courtois ou Pasquier, confrères de Jean-Baptiste Massé. D’autres moindres, mais encore fort sérieux, sont professeurs, conseillers ou agréés, à l’Académie de Saint-Luc.

Sur Noël Hallé, on a des dates surtout; on sait qu’il fut reçu à l’Académie dès 1748, qu’il devint professeur en 1755 et recteur en 1781. Les miniatures qu’il compose entre deux toiles solennelles ne sont guère des portraits.

Nicolas Courtois et Pierre Pasquier sont des émailleurs ; ils se produiront plus tard, et si Courtois intéresse par la conscience et le fini de ses travaux, si nous le pouvons juger d’une assez belle force, dans son propre portrait exécuté par lui en 1770 et appartenant à M. Lecomte-Du Noüy, il n’est point une étoile de première grandeur. Au regard de Pasquier, même chanson. Chez lui, c’est la production intarissable, ivoires et émaux mêlés. Admis au Salon de peinture dès 1769, on lui verra fournir à l’exposition de 1771 une vingtaine d’objets divers, au nombre desquels les figures du Roi, de Voltaire, de C.-N. Cochin, de la dauphine Marie- Antoinette, feront vis-à-vis avec une composition idéale représentant Angélique et Médor.

Diderot, qui n’est tendre à personne, a pour Pasquier un dédain tout paternel et sans gratitude. « II y a, écrit-il, un petit « Pasquier, peintre en émail, qui a jusqu’à présent plus de philosophie que « de talent..., mais il est jeune et nous avons le temps. Il m’a peint « d’après un certain tableau de Madame Terbouche, et l’on m’a dit que « je n’étais

point mal. » Ce portrait de Madame Terbouche montrait Diderot en costume romain ; cela plaisait assez à cet incorrigible fat, mais il feint de le connaître à peine. Sa grosse malice résidait dans l’ambiguïté de sa dernière phrase ; on ne voudrait assurer qu’il parlât de l’émail de Pasquier plutôt que du tableau de Madame Terbouche.

Autour de ces hommes, tenus officiellement pour les premiers dans leur genre, divers seigneurs d’essence plus modeste trouvent à glaner. On ne parle pas de Jacques Charlier, que le portrait tentera peu et qui copie en petit les tableaux de Boucher pour des boîtes. C’était alors là un des principaux débouchés de la miniature et de l’émail. Massé et Drouais père en avaient peint un très grand nombre, et avec eux la plupart de leurs confrères ; Madame de Pompadour, les filles du Roi, tout le monde raffolait de ces boîtes ciselées, enchâssées d’or et de pierres, décorées de petits sujets galants, qui atteignaient à d’énormes prix. Jacques Charlier prit dans ces travaux une très réelle supériorité. Son chef-d’œuvre avait été une boîte -écrin ornée sur ses faces de douze grandes miniatures, payées chacune douze cents livres , ce qui ramenait l’œuvre complète à près de quinze mille livres, rien que pour la miniature ; disons au moins quarante mille francs d’aujourd’hui en valeur comparative. Mais Charlier n’est personne comme inventeur ; il n’est qu’un reflet amoindri et amaigri de Boucher ; il ne fait guère de portraits et jamais il ne compose.

Cazaubon, un autre contemporain de Massé, n’est plus guère connu que de nom. On le signale aux registres des Menus; il fait des portraits du Roi, de la Reine et de Mesdames à trois cents livres l’un, dont on orne des tabatières rocaille. Il a pour collaborateur un Louis Durand, peintre émailleur, sculpteur sur nacre et parfois miniaturiste, envers lequel Diderot montre de l’indulgence. La nacre et le talent de Durand, qui fut très sérieux, lui procurèrent une moyenne gloire. C’était un parfait galant homme, un ami excellent et dévoué dont Millin a écrit une notice enthousiaste. Lui, Mademoiselle Bocquet, fille de l’illustre dessinateur des Menus, Nicolas Vennevault et quelques autres de renom moindre se par-

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