‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 11 sur 26 · VENNEVAULT — MADEMOISELLE BOCQUET — J.-É. LIOTARD · texte numérisé non relu

VENNEVAULT — MADEMOISELLE BOCQUET — J.-É. LIOTARD

tagent les commandes officielles. — Par Vennevault et Mademoiselle Bocquet, nous abordons les gens de l’Académie de Saint-Luc. Mademoiselle Bocquet est le premier miniaturiste exposant au Salon de 1751, ouvert par la confrérie dans les salles des Grands-Augustins . Pour dire vrai, toutes ces effigies royales ne sont que des transcriptions de maîtres, car les princes accordent rarement des poses à un artiste de second rang. Une des spécialités de Mademoiselle Bocquet était le Louis XV en habit du Saint-Esprit d’après Vanloo ; elle y ajoutait des représentations moins solennelles, mais tout pareillement empruntées à d’autres.

Par contre, Vennevault, qui entrera à Saint-Luc en 1752 seulement, qui exposera au Salon ouvert à l’Arsenal, est un artiste original, copiste si on l’y contraint. Diderot ne manque point à le maltraiter, et, de ceci, Vennevault pourrait tirer de la joie, car jamais la platitude du critique ne fut plus douloureuse. Il s’agit d’une apothéose du prince de Condé, travail imposé à la pauvreté de Vennevault : « Froide et mauvaise miniature, s’écrie Diderot, mauvais salmis qui n’en vaut pas un de bécasse ! » Sincèrement, Vennevault n’était point seul à faire de méchants salmis.

Jean-Étienne Liotard, «c le peintre Turc », se mêla un temps à ces modestes; il nous venait de Genève, en passant par Constantinople, d’où il rapportait ses prodigieuses sanguines, prises sur nature en Orient; celles-ci restent aujourd’hui les œuvres les plus modernes et les plus vécues qu’un Orientaliste eût fournies. Liotard était un Suisse étrange, grand rabroueur de personnes, caustique, dédaigneux en apparence, et d’une originalité un peu carnavalesque. C’est lui qui, dans ces temps de perruques et de visages glabres, portait très longue sa barbe et troquait son habit à la française contre une pelisse d’Ottoman. Alors, comme nul n’est jamais plus friand de distinctions et d’honneurs que l’homme affectant de n’y tenir point, Liotard visa l’Académie royale. Certes, il eût mérité qu’on y pensât et qu’on l’admît; mais il était trop en avance de naturalisme; on ne le comprit pas dans les cercles où Boucher faisait la loi. On le réputa audacieux et commun, on lui refusa l’entrée. Liotard, un peu déconfit,

mais soucieux de titres, se retourna du côté de Saint-Luc. Il y avait dix ans d’écoulés depuis son retour de Turquie; il comptait lui-même un peu plus de la cinquantaine lorsque, dans le courant de 1752, il fut nommé conseiller à « l’Académie du second rang ». On savait de lui diverses ceuvres commandées par les Menus : portraits en miniature ou en émail, à quinze ou vingt louis la pièce, et qui offraient les qualités de précision et de conscience remarquées en ses sanguines. A l’Arsenal, où il parut cette année même, il présentait deux cadres, dont une miniature accompagnée de sa préparation au crayon, plus son propre portrait exécuté à l’émail.

Cette « bonne maman » Saint-Luc, suivant qu’on se plaisait à désigner le convent des artistes parisiens, se montrait volontiers accueillante pour les étrangers.

Liotard était Suisse, mais Jean-Antoine Péters, qui naissait à l’époque où l’autre visitait les Turcs, qui n’avait que vingt-deux ans en 1762, lors de sa première apparition à l’Académie, était un Allemand d’origine. Très inférieur à Liotard comme peintre, il le surpassait en savoirfaire, en obséquiosité, en soumission habile. Curieux d’objets rares, amoureux de statuettes antiques, enthousiaste de Rembrandt, il devançait, lui aussi, ses contemporains, non par son talent comme Liotard, mais par sa passion avisée de la curiosité. Venu de Lorraine (où on

l’avait vu, presque enfant, travailler de son art de peintre et de miniaturiste à la cour des ducs), il s’était installé à Paris, y avait épousé Mademoiselle de Villebrune ; il passa trente années de sa vie à réunir l’œuvre gravé de Rembrandt et à peindre lorsqu’il n’avait rien de mieux à tenter. Au Salon de Saint-Luc, installé cette année à l’hôtel d’Aligre, J.-A. Péters s’était dessaisi de divers portraits-

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MARG. GERARD, d'ap. FRAGONARD

LES JOIES DE LA MATERNITÉ (A M. le baron de Schlichlingj Page 24

miniatures qui lui valurent de l’éloge.

Et cependant, après tant de dessins, de gouaches, de minois charmants offerts aux admirations entre les années 1762 et 1776, de tous les efforts, de toutes les

ROSALBA CARRIERA

SON PORTRAIT PAR ELLE-MÊME (A M. Alphonse Kann)

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Une exquise miniature de femme aujour-

d’hui en la possession de M. Chayet, qui nous permet de comprendre ses succès ; mais les écrivains ne le nomment à peu près jamais. Maze-Sencier l’ignore ou le dédaigne ; à part l’acrostiche, pris sur son nom par un enthousiaste ami,

nous en serions douter qu'il eût été autre chose qu’un collectionneur.

Peintre fameux, A toi dont le génie Et le* vertu» et te talent Te font triompher k l'envie,

En pai& coule tes jours et ne crains rien du Temps. E' ontc peu se» coups; so impuissante rage Sur toi ne pourra rien, ta Gloire est ton partage!

Ii< is le Temps a fait son oeuvre, et sans Rembrandt, qui en a sauvé bien d’autres de l’oubli, J. -A. Péte- , peintre de l’Académie de Saint-Luc, et fort excellent miniaturiste, n’eût point connu la fortune ni la gloire. C’eût été peu , trop peu pour son renom , le portrait de femme signé Peters, indiqué tout à l’heure, encore que sa grà<e maniérée, issue de Nattier ou de Vanloo, pût servir à excuser l’ae- istiehe . Mais c’est là tout, et ce ne serait rien, sauf que Rembrandt mit de la partie. Eu trente-deux ans de séjour en divers pays, Péte. a composé, du maître, une collection d’estampe- incomparable, non sans l’int lion très n-éti-e d’en tirer profit à la bonne heure. L’amateur moderne, -.verti, indu-s; içux et brocanteur, naissait à la vie. Pétera s’est [u- jçr, Pk-ie d ••> .. cent florins, dont les premiers états sont d’une raret- e ue. < l> -

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