‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 13 sur 26 · MADAME F · texte numérisé non relu

MADAME F

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MADAME LABILLE-GUIARD

La marche ascendante des associés de Saint -Luc se peut inscrire en faveur de l’art français. Les humbles, les plus humbles même, participent au mouvement et tendent à la perfection . Une rivalité , inavouée mais formelle, avec l’Académie royale, suscitait des efforts jeunes et pleins de promesses.

Déjà Madame Guiard, née Labille, élève de Vincent le père, offre, à la réunion de l’hôtel Jabach, les prémices d’un talent tout plein de ressources nouvelles. Un portrait d’homme — peut-être celui de M. Labille le père — est dans la collection Fitz-Henry, à Londres ; il date de ce temps , il est signé Labille, femme Guiard, et c’est là une oeuvre que pas un des confrères de Saint-Luc n’eût pu pousser à ce degré de perfection et de philosophie. En tout cas, ni M. de Saint-Jean, ni Vassal, ni Mademoiselle Navarre, à plus forte raison Tellos ou Naudin, voisins d’exposition de Madame Guiard , ne se pourraient proposer en rivalité. Krüger oc si particulièrement renommé pour la figure et l’ornement d’après l’antique », Krüger, que les Parisiens appellent plaisamment Kreuzer ou Creutzer; Sauvage, de Tournai, émule de Gault ; Lainé, inventeur du paysage en cheveux, ancêtre de tous les fabricants de souvenirs pour dépôts mortuaires ; même, si l’on veut, Henry, ne feront pâlir l’étoile de Madame

Guiard, le véritable honneur de la maison. Lorsque l’Académie de Saint-Luc se devra dissoudre, en 1776, en suite d’une mesure générale, c’est peut-être bien que l’Académie royale n’aura pas vu sans humeur tant de talents groupés dans le cénacle concurrent.

La suppression fut rude à l’art de la miniature. Ses adeptes s’en furent, chacun de son côté, à l’aventure ; la fourmilière bouleversée, tant pis pour les fourmis 1

Tant pis pour les modestes et les timides ! Les bonnes places en dehors de l’Académie royale sont occupées par des habiles, étrangers souvent.

Ainsi se présente Jean-Daniel Welper, maître à dessiner de Mesdames, filles de Louis XV, collaborateur des Menus, prompt à happer les commandes hésitantes. Welper, qui n’est pas sans grâce, a représenté les filles du Roi groupées et vêtues d’un habit de bal masqué. Ceci est plutôt bien, et appartient au baron de Schlichting. En 1770, il exécute une effigie royale pour une boîte destinée au baron de Gleichen ; cette boîte est estimée 15,000 livres, somme énorme pour le temps. C’est très justement ce que pense du cadeau M. le baron de Gleichen, qui touche en espèces le prix de la boîte et ne garde que le portrait du Roi, par scrupule de politesse. Il y avait à ceci des précédents nombreux, dont l’artiste n’avait qu’à prendre joie. En effet, le portrait s’en allait porter au loin, sans rien devoir aux diamants ni à l’or de la monture, l’annonce d’un talent et provoquer de nouvelles commandes.

Au nombre de ces isolés fut le peintre Jean-Raptiste Descamps, le fils, qui s’est représenté lui-même en un coquet médaillon, dans sa tenue d’atelier, sa palette à la main. L’œuvre est signée et datée de Rome en 1774; elle appartient aujourd’hui à M. Tony Dreyfus. On sent toutefois que Descamps traite l’ivoire en peintre de tableaux, et qu’il est miniaturiste d’occasion. Cette pièce minuscule est large, savoureuse, un peu guindée toutefois. Descamps a pour père cet autre Jean - Baptiste , créateur de l’École de dessin de Rouen, auteur d’une Vie des Peintres estimée, et encore consultée de nos jours. Il succédera à son père, au titre de directeur de l’École de Rouen, et sera membre de l’Académie de là-bas, en 1775. Né en 1742, il a trente-deux ans à la date de son portrait; il mourra en 1836. Il ne paraît point que, depuis Rome, J. -B. Descamps, le fils, eût jamais récidivé, et qu’il se fût remis à un genre aussi précieux et aussi différent de la grande peinture. Ce fut d’ailleurs le cas de beaucoup d’artistes qui s’essayèrent mais ne persévérèrent point, tel Joseph Boze.

Celui-ci a trois ans de moins que Descamps , étant né en 1745 ; il

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