JOSEPH BOZE
est des Martigues, en Provence, et comme il n’a aucune aisance, il s’offre à quiconque pour quoi que ce soit en peinture, depuis le dessin, le pastel, l’aquarelle, la miniature ou l’huile, jusques et y compris l’enluminure sur vélin. Sur ses débuts dans la pratique de l’ivoire, on lui voit de la naïveté, si, comme on l’assure, certain portrait du maréchal de Ségur, de la collection Panhard, raide et maladroit, est en réalité de sa façon. Est-ce vrai, si la petite figure de femme signée Boze et appartenant à Madame A. Heymann lui doit être attribuée? Ce sont là deux produits de tendances tellement contraires, qu’il faut admettre, entre le premier, daté de 1770 au plus, et l’autre, de 1782, une transformation radicale dans les
habitudes. Le portrait de cette femme, si extraordinairement chapeautée,
si ébouriffée, si nette cependant, laide et provocante par surcroît, que possède Madame Heymann, n’a-t-il point paru au Salon de La Blancherie ? Car voici que La Blancherie entre en scène et s’en vient apporter ses consolations aux membres épars de l’Académie de Saint-Luc. A la date ci-dessus, La Blancherie mentionne le portrait sur ivoire de Vaucanson, peint par Joseph Boze, et il en indique d’autres encore. Boze cherche sa voie et son profit; il n’a qu’un gagne-pain, et bien qu’admis, de temps à autre, aux commandes officielles, il n’a guère su remplir sa bourse. La miniature donna-t-elle au Martigaou ce que lui refusait la peinture ou le pastel ? Il ne paraît pas ; les ouvrages de ce genre sont rares sous son nom. Sincèrement, ses portraits plurent -ils à la reine Marie -Antoinette tant qu’on l’a insinué? Cette femme, un peu évaporée, n’a point de goût personnel; elle subit l’impression de l’entourage royal. Boze a épousé Mademoiselle de Bresse de Saint-Martin, pupille de l’abbé de Van Male, et l’abbé de Van Male est l’ami de l’abbé de Vermont, secrétaire de la Reine. Par Vermont, Boze eut accès à la Cour et obtint la faveur des séances royales ou princières.
Tout ce qui va être dit ici est, de tous points, contraire aux belles phrases écrites sur le peintre à la Restauration. Ces renseignements inédits et accablants m’ont été communiqués par M. Armand Lods . Boze, qui deviendra k le comte de Boze par octroi du roi Louis XVIII, qui mouna
en 1826, le 17 janvier, dans la maison de la rue du Regard n° 17, en bonne odeur de légitimité, abusa de la miniature pour duper Louis XVI et la Reine, pour tromper les Girondins et passer à la Révolution triomphante. En juillet 1792 , il avait servi d’intermédiaire , par le moyen de Thierry, valet de chambre du Roi, entre Louis XVI et les députés Guadet, Gensonné et Vergniaud, en vue de la constitution d’un ministère girondin. Dénoncé, plus tard, prétendu contre-révolutionnaire, et emprisonné, sur une lettre d’un sieur Levaker, le 16 octobre 1793, « comme faisant le portrait d’Antoinette, femme Capet, et, depuis le mois de juillet 1792, n’ayant pas cessé d’être en séance », il est défendu par Madame Boze, qui réclame sa liberté le 22 octobre 1793, au nom de son civisme éprouvé. Par cette lettre, nous apprenons « qu’un roi pervers trahissait sa patrie », quand Boze s’offre à lui ouvrir les yeux sur les sentiments du peuple. Et que fait Boze pour cela ? Il communique la réponse du Roi « aux braves Marseillais », ses compatriotes, il les conduit au château, « où se forgeaient les fers qu’on destinait au peuple ». Il fait mieux, il paye des piques aux sans-culottes
pour combattre « à la mémorable journée du 10 août ».
Cette défense est d’une femme dévouée ; mais où le lyrisme de sa littérature atteint son expression la plus haute, c’est lorsqu’elle s’écrie : « Républicains, voyez son dernier tableau, celui de l’Ami du Peuple, de Marat, qui, s’il existait, serait son défenseur! Faite d’après nature, l’image de ce magistrat incorrup-
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