‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 16 sur 26 · JOSEPH BOZE — CAMPANA · texte numérisé non relu

JOSEPH BOZE — CAMPANA

tible laisse le regret de n’avoir pu être finie avant la mort de ce grand homme. Epoque glorieuse, mais malheureuse pour le peintre, qui perdit un si cher modèle ! »

Sous la signature de Madame Boze, et la date du premier jour du deuxième mois de l’an II, ce n’est point mal. Mais il y a mieux. Les membres de la Section du Muséum attesteront, dans un acte public, que « Boze a excité nombre de citoyens à

prendre les armes contre le tyran Capet, pour

abattre la tyrannie ». Et ces hommes très véridiques constatent « qu’en effet, il a délivré des piques qu’il avait fait faire... et que ledit citoyen a excité les Marseillais à assiéger le château du tyran, qu’il en a logé six, et que son épouse a pansé leurs blessures ». Lui-même, Boze, de sa main, mande combien il était impatient de voir arriver les Marseillais ; il assure qu’il fut « les embrasser, les larmes aux yeux, deux fois par jour ».

Élargi aussitôt, Boze jugea prudent de gagner la Hollande; puis il fut en Angleterre, où il obtint des subsides de la famille de Louis XVI. 11 ne rentra en France que le 13 thermidor an VI, pour mettre en peinture les vertus du citoyen Buonaparte.

Après ce qu’on vient de lire , il est fructueux de repasser les phrases consacrées à Boze dans les biographies de la Bestauration. Louis XVI et Marie-Antoinette avaient été le jouet de gaillards de la trempe de ce Martigaou. Les Van Male et les Vermont étaient les maîtres dispensateurs de toutes choses, portraits compris.

Rien ne les contraignait moins que les questions d’art dans les répartitions des faveurs. Des raisons les dirigeaient, que nous ne pouvons démêler. A part Boze, la Cour est pour Campana, dessinateur attitré du Cabinet, artiste nuageux, diaphane, dont on célèbre les grâces exotiques. Campana est une Rosalba plus moderne, plus terne aussi, avec non moins d’imprécision. Il n’a pas les tons bruyants ni le faux clinquant bolonais de sa

devancière ; il a plus de charme poétique. Ses trouvailles de pose sont heureuses, ses costumes ont de l’élégance. La prétendue fille Oliva — j’ai trop peine à croire que le peintre de la Reine eût tenté cette aventure — est une des plus adorables frimousses sorties de son pinceau . Cette œuvre charmante est dans la collection Panhard ; dans la collection du baron de Schlichting, c’est la Reine en « belle fermière » ; chez Madame Achille Fould, la Reine encore, en habit d’amazone, depuis gravée par Audin ; chez M. Doistau, c’est une dame tenant des roses; chez M. Alphonse Kann, une jolie personne anonyme. Tout cela poudré, musqué, et antérieur aux méchantes heures, car Campana meurt en 1786, ce qui est une preuve de plus à nous faire douter du portrait de Mademoiselle Oliva, l’héroïne principale dans l’histoire du Collier, le sosie de la Reine.

La RIancherie a quelques jours hébergé le miniaturiste Thoüesny, il le vante naturellement, mais il ne nous dit rien de son état civil. Nulle part ailleurs Thoüesny n’est signalé. 11 n’a point été à Saint-Luc, il ne sera jamais de l’Académie royale. Sans La Blancherie , on aurait crainte que cette signature, retrouvée sur un portrait d’homme de la collection Fitz- Ilenry, fût de fabrication récente. Celui-ci représente René-Marc de Voyer, et il est serti dans un couvercle de boîte. Le travail en est précieux et d’un fini de belle qualité. Rien ne rappelle mieux le prétendu Natoire de Massé, lien ne saurait s’appliquer avec plus de vraisemblance à Hall ou même à Nattier. Ce que dit de Thoüesny le Bulletin de La Blancherie, l’indication de son domicile, rue Bourbon-Villeneuve, à Paris, prise dans un almanach, est tout ce qu’on en ose écrire. On avait vu, de sa main, au Salon de la Correspondance, une miniature de jeune homme, une autre de femme, son propre portrait, et une autre dame encore. La Blancherie assurait — sur les dires de Thoüesny, n’en doutons pas — que ces travaux exprimaient « une faire facile et de la couleur ». Peut-être ces objets disparus figurent -ils, sous un nom d’emprunt, en une collection célèbre; c’est la commune aventure !

A La Blancherie toujours, nous devons la connaissance de Frédéric Dubois, qui avait, en 1780, un portrait du jeune prince de Craon au Salon

DUBOIS — LYÉNART — DERUNTON — RIBOU — SÉNÉ

de la Correspondance; par une miniature d’homme, au comte Mimerel, ce Dubois se recommande à l’attention ; il a de l’esprit. Puis ce seraient Madame Benzi, à l’hôtel de Provence, rue Saint- Séverin , autre cliente de La Blancherie , lequel ne se compromet pas en assurant « que ses œuvres annoncent du talent » ; Lyénart, un faux Hall, dont M. David Weill possède un fort aimable portrait de jeune femme ; Derunton, un inconnu complet, puisque La Blancherie même l’ignore, et que, sans une pimpante petite dame en habit du matin, au milieu d’un parc, avec château et cascade, signée de ce nom parfaitement lisible, Derunton, il serait irrévocablement perdu pour nous autres . Voilà qui eût été grand dommage, car, d’abord, tout ce mignon travail est fort délicat, la frimousse jolie et le talent indéniable. La boîte, appartenant à M. Doistau, aidera peut-être à ressusciter ce quidam trop modeste, comme une autre pièce de la même collection, signée Ribou, permettra de percer un autre petit n^stère. D’ailleurs, par les costumes et les moyens d’opérer, Ribou serait le premier dans le temps. Le minois de femme au bas duquel le nom de Ribou apparaît, est celui d’une contemporaine de la dauphine Marie - Antoinette, et non de la Reine. La couleur n’en est pas éblouissante, mais les chiffons ont du soin et de l’élégance ; la dame, au museau pointu, a le ragoût d’une malicieuse coquette . Qui nous dira Ribou , si les bonnes sources restent muettes, si La Blancherie ne souffle mot du sire ?

Et Séné ? M . Doistau encore nous jette ce point d’interrogation ironique. Au moins, pour celui-là, avons-nous une adresse et une date : 38, rue Neuve-Saint-Eustache, en 1776. Dans cette année, Séné a mis des miniatures au Salon du Colisée. Et puis, nous connaissons de lui deux ouvrages, l’un, la miniature de femme de M. Doistau, est, pour le temps, une exception; cela est gras, savoureux, libre comme une peinture. La personne représentée est une jeune femme, plantée en chêne, bien en chair, qui a eu la très bizarre idée de mettre son chapeau à plumes pour jouer du violon. Elle, et certaine Vestale du musée Wallace, résument pour le quart d’heure tout ce que nous avons appris de cette belle façon et de ce tempérament inhabituel en miniature. Sicardi rappellera, une

dizaine d’années plus tard, les pratiques de Séné, mais Sicardi connaîtra la renommée. Séné, dont le nom prête à sourire, si on le rapproche de celui de Case, un de ses contemporains plus oublié encore, serait ce que M. de Voltaire nommait « une victime du Léthé ».

Aucun livre ne le note, pas un dictionnaire n’imprime son nom.

Ils furent, dans ce cas, plus d’une centaine, entre 1776 et 1791, au beau milieu du Paris joyeux et indifférent, logés en des taudis voisins du Palais-Royal, vivant chichement de copies niaises, de la peinture de boutons d’habits, de portraits payés un louis, et arrachés presque de force à de faméliques bourgeois, à des provinciaux flâneurs. De Lusse, dont nous avons gardé au moins deux ou trois portraits passables, — entre autres un groupe de deux jeunes filles enlacées pour la danse, et appartenant à M. Fitz-IIenry, œuvre très convenable, et un portrait d’homme, au comte Mimerel, — de Lusse, vivant au Palais-Royal, est un de ces miséreux. « Si Monsieur veut que je tire son portrait, dit un personnage de roman, peut-être miniaturiste, que d’abord il me donne à manger et un petit écu pour m’avoir les couleurs! » Toutes proportions gardées, ces « artistes» rappellent les photographes ambulants de nos foires.

Un d’entre eux eut une idée de génie : il perfectionna le physionotrace, grava de profils sur cuivre dans les procédés à l’aquatinte de Janinet, et eut la vogue. C’était Kennedy, que nous appelâmes Quenedey. L’avantage du moyen était de permettre à la fois le tirage en couleurs, le coloriage à la main et la multiplication indéfinie des épreuves. Pour le prix ordinaire d’une mauvaise miniature, Quenedey fournissait une quinzaine d’épreuves, en couleur ou en noir, à distribuer aux parents et aux

amis.

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QUENEDEY — BOUCHARDY — GONORD — ENFANTIN

La concurrence vint très vite ; Bouchardy fils, Gonord, donneront aussi des physionotraces au rabais, comme ils faisaient des miniatures. Leur gravure en moins, tous ces hommes en fussent restés au point de Lusse, de Croisier, de Rocher, des personnalités vagues et insaisissables. Plusieurs eurent du talent et de l’originalité, tel Enfantin, le père d’Auguste Enfantin, dont les journaux parlèrent. Enfantin avait exposé à ce Salon en plein vent de la place Dauphine, que l’on nommait la Jeunesse, en 1786, 87 et 88, des camées et des miniatures. Un chroniqueur assure que ces choses furent vues avec plaisir, que le ton de couleur de M. Enfantin « est aimable, et que si tous les portraits qu’il expose sont aussi ressemblants que celui de Chenard, c’est encore un motif d’éloges ». Mais ce qui nous reste est bien peu : une femme en corsage bleu, portant un col blanc, appartenant à M. Alphonse Kann.

LUC SICARD1. — inconnue (A M. Doistau)

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CT LC? Tl MP à DE fCAOOSaM'

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quarante ans. Il est. ias, , ia formule à la modo, un inventeur et un propagateur de phrases éveillées . de jolis moyens ; il met un sel nouveau dans les plus banales histoires ; il trousse une étoffe et tapote un satin : te nul ne fit. Sur le fait de chair, de ns, il s’annonce d’un liberti-

ait •M<- *t comme il s’est mi à ton- genres, à la peint re d ce, ; pastel, au crayon et à l’aqttareil ;rquoi n’eut il pas essayé

un 4 ■■ tt attire ? Au fait, pourquoi non ? M< ia diversement, pourquoi en •t.;-!! lait? Ii est admis aujourd’hui que de uv c» , ites pochades lavées de iir sur l'ivoire, empruntées à son formol -t --t c vos yeux

PIERRE-ADOLPHE HALL

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