ET LES TEMPS DE FRA.GONA.HD
Dans les dernières années de Louis XY et les premières de Louis XVI, Honoré Fragonard est au plein de son succès. En 1770, il a tout près de quarante ans. Il est, dans la formule à la mode, un inventeur et un propagateur de phrases éveillées , de jolis moyens ; il met un sel nouveau dans les plus banales histoires ; il trousse une étoffe et tapote un satin comme nul ne fit. Sur le fait de chair, de nu, il s’annonce d’un libertinage inimitable, et comme il s’est mis à tous les genres, à la peinture d’histoire, au pastel, au crayon et à l’aquarelle, pourquoi n’eût-il pas essayé un peu de miniature ? Au fait, pourquoi non ? Mais inversement, pourquoi en eût-il fait ? Il est admis aujourd’hui que de curieuses petites pochades lavées de brio sur l’ivoire, empruntées à son formulaire spécial, gros yeux
étonnés, fossettes aux jolies, plissotis de chairs, fouillis de rubans ou de soies, parfois signées Frago, sont de lui. C’est sur cette impression que ces objets sont frappés du vent de folie qui agite les snobs. Est-on cependant si assuré que cet homme, accablé de travaux, occupé de gouaches ou de tableaux, ait eu le temps matériel d’entendre à de tels ébats ? Passade dans sa vie, dit-on ; amusette, caprice, récréation peut-être, au cas que la paternité de Fragonard en fût démontrée ; seulement elle ne l’est pas. Et ce ne seront pas les signatures qui donneront la certitude attendue.
Sous son inspiration, dans son entourage proche, on sait des tentatives semblables. Elles sont de Marie-Anne Gérard, sa femme, et Madame Fragonard est une professionnelle de la miniature. On a d’elle, sur ivoire, au musée de Besançon, le portrait de Trouard , fds de l’architecte du palais de Versailles; elle a exposé chez La Blancherie, de 1779 à 1782. Cette année même, elle montre justement un portrait de fillette qui lui vaut cet éloge de l’impresario : « Cette artiste, émule de Rosalba, a fixé l’attention des artistes et des amateurs par la légèreté de sa touche et sa couleur agréable. » Or, en 1782, Madame Fragonard, née en 1745, a plus de trente -six ans ; elle est sous la dépendance esthétique absolue de son mari , elle le copie, l’aide dans ses besognes et s’identifie avec son genre jusqu’à la confusion. La légèreté de touche, constatée par La Blancherie, n’est donc pas un mot en l’air, et c’est là plus qu’il n’en faut pour arrêter nos enthousiasmes en l’honneur de « Frago » miniaturiste . L’engouement pour ces figures d’enfants hydrocéphales , pour ces yeux hagards ou ces joues trop roses, noyés dans des satins ou des rubans indécis et papillotants, semble un peu manquer de raison. C’est amusant et drôle, ce n’est pas mieux.
On a déjà nommé Louis Van Blarenberghe ci-devant; c’est une personnalité tout à fait hors de discussion, mais, non plus que Baudouin, que Charlier ou que Fragonard, il n’entre dans notre programme . S’il a laissé des portraits en miniature, ceux-ci ont été égarés et débaptisés en faveur de quelque autre artiste. Ce que nous devons retenir de lui au moment de parler de Hall, c’est l’influence incontestable subie par le