‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 20 sur 26 · JEAN-LAURENT MOSNIER · texte numérisé non relu

JEAN-LAURENT MOSNIER

Bourbon, et sa profession de miniaturiste aux ordres de quiconque. Il a justement, cette année 1771, exécuté une effigie de la Reine qui eut une bonne presse. Sur ordre, il avait tiré quatre « duplicatas » de cette besogne dont il n’obtiendra le solde qu'après de nombreuses suppliques, quatre années écoulées, et beaucoup de belles promesses oubliées. À la façon des gens de son temps, mais avec plus de puissance, sinon autant de finasseries que Hall, Mosnier gouachait, s’attachait aux satins des robes, au précieux et au parfait du décor. Ses visages moins éthérés s’arrangeaient mieux de la parure poussée jusqu’à l’exagération.

Né en 1746, plus jeune que Hall de dix ans, Mosnier n’a pas ses quarante années révolues lorsqu’il entre à l’Académie en qualité d’agréé. Deux ans plus tard, il est en pied définitivement sur un portrait de Bridan. Les circonstances politiques lui paraissent graves ; tandis que Hall tente de retrouver la Suède en passant par la Belgique, Mosnier gagne l’Angleterre où Danloux, Ferrières, Pierre Violet et divers autres vont chercher leur vie. 11 reste là-bas de 1792 à 1795, exposant à la Royal Academy, travaillant de préférence pour les émigrés de France rencontrés à Londres. De 1795 à 1818, il est en Russie, et pendant ces vingt-trois ans d’exil, il trouve à vivre, mais rien de plus. On le sent alors singulièrement déchu de sa grâce passée ; c’est on ne saurait dire quel ci-devant phraseur habile, tombé dans le bafouillage. Hall avait disparu au moment utile ; on ne l’avait pas vu promener un type démodé au milieu de nouvelles parades. Mosnier n’eut point ce bonheur. Son déclin pouvait intéresser les Moscovites, il eût semblé chez nous autres, ganache et désuet. Nous ne connaissons rien en France de cette partie de son existence, c’est tant mieux pour sa gloire !

Au plus beau de sa carrière, il n’est point un dessinateur hors de conteste ; certaines disproportions dans les figures, et le soin trop minutieux des à-côtés, la préoccupation trop évidente d’appeler les yeux féminins sur l’œuvre, ne sont point d’un très gros seigneur. Ce que nous dirions : « Un peintre des élégances », il l’est, plus que nul ne le fut, même Hall. Il y a chez lui moins de science peut-être, mais combien de

charme dans les ensembles; et en raffinements, en pimplocheries, en fanfreluches autrement plus encore. Deux de ses miniatures dont l’une, datée de 1781, montre Madame de Fitz-James à sa toilette ; dont l’autre, en une pose identique, représente Marie-Paule-Angélique d’Albert, duchesse de Chaulnes, fournissent la preuve que Mosnier, comme Hall, ne dédaigne nullement la répétition d’une attitude. A vrai dire, les clientes elles-mêmés y incitaient les artistes ; leur choix se déterminait sur le vu de travaux antérieurs, dont les poses étaient plaisantes et qu’elles souhaitaient identiques pour elles-mêmes. Les dames de la Cour eurent de ces caprices, les « miniatures-perruches », pour marquer une tendre affection. On penserait que ce fut le cas pour Mesdames de Chaulnes et de Fitz-James, dont l’une est à M. Doistau et la seconde au baron de Schlichting.

Mosnier, qui est, en miniature, plus près de Roslin que Hall ne fut, aide à comprendre le parti pris mutin et évaporé mis en si belle place par Madame Vigée. Il y eut en 1775, grâce à la reine de France, une convention tacite entre tous les artistes, laquelle, bien entendu, ne fut point l’invention exclusive de Hall. Qu’on eût été charmé de ses façons de traduire les froufrous, ce n’est point à nier ; mais il avait perfectionné, et non pas fourni le thème. On estimera toutefois, d’après la capiteuse personne peinte par Mosnier vers 1780, et aujourd’hui dans la collection Doistau, combien le tard venu suit de près son confrère suédois, et comme il l’égale dans le portrait. La dame est anonyme, elle est assise sur un canapé que ses jupes encombrent ; elle tient un livre et porte un chapeau Lamballe. Elle serait, à premier examen, assez proche dans son allure générale de Marie-Gabrielle de Sinety, duchesse de Gramont-Caderousse, exposée en peinture par Madame Vigée . Le nom de la dame importe assez peu d’ailleurs, ce qui domine, c’est l’impression qu’on a d’être en présence d’un Hall, — d’un excellent Hall

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surcroît — et d’assiste à !<• di.lusion décisive d’une manière. Une dame, également en chape iu, mais dont les bras ont une gaucherie, est à M. Alphonse Kann. Elle vaut de pareilles re-

Avec des aperçus divers, plusieurs peintres de c« - temps prirent une situation dans les parades - imptuaircs. Naturellement deux femmes, Mesdames Labilie-Guiard et Vigée, puis des hommes de premier rang, Hoin et Vestier ; un secondaire, le sieur Rouvier ; des sous-ordres, Paliard, Le Tellier, L. Villars et Belin. De ceux-là cependant bien peu qui ne soient que miniaturistes. Les quatre premiers, femmes et hommes sont surtout, sont peintres à l’huile et au pastel. Le petit portrait sur ivoire est à leurs yeux une besogne bornée, un gagne-pain icglori jx et forcé, qu’il faut cultiver faute de mieux.

Par son âge Vestier serait le premier du groupe ; par l’entrée à l’Aca-

.gréées n 1783, devançant de dix-huit moi1* Vestier, leur ainé de neuf ans. Aussi bien la miniature n’est-el!e que pour très peu dan- leur succès ; d’elles deux, la mieux servie par la renommée est Madame Vigée, dont on prise le talent ingénieux et la note toute neuve Madame Guiard a le talent plus masculin ; elle étonne par ses pastels vigoureux, et la touche hardie de ses moindres travaux. L’une et l’autre exécuteront dei miniatures, mais à leurs heures ; elles ne brillèrent dans le genre que par . fortes études, la pratique de genres moins empêchés. Madame Vigée en avoir tenté parfois, mais telle est la rareté de ses essais sur ce t .n n’en saurait signaler plus d’une dizaine. Encore pour atteindre • h ■ devons-nous faire cas de portraits gravés d’après elle en divers l 'une de ces miniatures serait une princesse Potemski en une • igr avec une tête trop grosse pour un corps et des bras trop La dame est assise de profil au milieu d’une nature perdue dans ■fi. r.-.-jilan- : elle est accrochée des deux mains à son genou gauche,

P. -H. HALL

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