‹ La miniature française 1750-1825Chapitre 21 sur 26 · MADAME VIGÉE. — MADAME LABILLE-GUIARD · texte numérisé non relu

MADAME VIGÉE. — MADAME LABILLE-GUIARD

surcroît — et d’assister à la diffusion décisive d’une manière. Une dame, également en chapeau, mais dont les bras ont une gaucherie, est à M. Alphonse Kann. Elle vaut de pareilles remarques.

Avec des aperçus divers, plusieurs peintres de ces temps prirent une situation dans les parades somptuaires. Naturellement deux femmes, Mesdames Labille-Guiard et Vigée, puis des hommes de premier rang, Hoin et Vestier ; un secondaire, le sieur Rouvier ; des sous-ordres, Paliard, Le Tellier, L. Villars et Belin. De ceux-là cependant bien peu qui ne soient que miniaturistes. Les quatre premiers, femmes et hommes sont surtout, sont peintres à l’huile et au pastel. Le petit portrait sur ivoire est à leurs yeux une besogne bornée, un gagne-pain inglorieux et forcé, qu’il faut cultiver faute de mieux.

Par son âge Vestier serait le premier du groupe ; par l’entrée à l’Académie Madame Vigée et Madame Guiard priment. Toutes deux seront agréées en 1783, devançant de dix-huit mois Vestier, leur aîné de neuf ans. Aussi bien la miniature n’est-elle que pour très peu dans leur succès ; d’elles deux, la mieux servie par la renommée est Madame Vigée, dont on prise le talent ingénieux et la note toute neuve. Madame Guiard a le talent plus masculin ; elle étonne par ses pastels vigoureux, et la touche hardie de ses moindres travaux. L’une et l’autre exécuteront des miniatures, mais à leurs heures ; elles ne brillèrent dans le genre que par leurs fortes études, la pratique de genres moins empêchés. Madame Vigée assure en avoir tenté parfois, mais telle est la rareté de ses essais sur ce point qu’on n’en saurait signaler plus d’une dizaine. Encore pour atteindre à ce chiffre devons-nous faire cas de portraits gravés d’après elle en divers lieux. L’une de ces miniatures serait une princesse Potemski (?), en une posture étrange avec une tête trop grosse pour un corps et des bras trop courts. La dame est assise de profil au milieu d’une nature perdue dans les arrière-plans ; elle est accrochée des deux mains à son genou gauche,

et la figure tournée de face sourit au spectateur. La princesse n’est ni belle, ni très jeune, mais à défaut de signature elle se lie esthétiquement à d’autres œuvres peintes en Russie par Madame Vigée lors de son voyage, notamment les portraits de l’impératrice Elisabeth, femme d’Alexandre 1", et de la belle Madame Skawronska aujourd’hui dans la collection Edouard André. C’est du Vigée de 1795, après l’émigration, un peu dérouté et gauche. D’elle, au moment de ses succès près de Marie-Antoinette, au temps de son voyage à Naples, à la cour où trône Emma Lyonna, courtisane mariée à Lord Hamilton, on ne sait aucune figure miniaturée. Il y a bien dans la collection Doistau, un petit ivoire sur boîte ronde, montrant l’artiste d’après une de ses effigies par elle-même ; mais il y aurait risque à le lui attribuer sans réserve.

Tout au contraire de sa rivale, Madame Labille-Guiard a commencé par la miniature. Née Adélaïde Labille, fille de Claude-Edme et de Marie-Anne Saint-Martin, elle avait été élevée rue des Petits-Champs, où sa famille voisinait avec François-Elie Vincent, peintre de Genève. La maison des Labille avait autrefois hébergé Madame du Barry ; on ne manquera point de se réclamer plus tard de ce lien très fortuit pour se faire ouvrir les portes de la favorite. Vincent peignait en miniature et en émail comme tout bon Genevois ; c’était là un art de demoiselle ; Edme Labille n’eut aucune peine à laisser sa fille prendre les leçons de Vincent. On ignore tout des débuts de la jeune Adélaïde; ce qu’on sait fort bien par exemple, c’est qu’elle fut mariée très jeune à un sieur Guiard, de ses prénoms, Jean- Hugues, commis général à la recette du clergé. Ceci se passa en 1769, elle avait au plus vingt ans.

On a conservé d’elle un petit chef-d’œuvre appartenant à M. Fitz-Henry, représentant un portrait d’homme, grand comme un chaton de bague, qui est bien ce que l’art spécial du miniaturiste a laissé de plus parfait, même vis-à-vis de Hall, même vis-à-vis de Drouais. Je soupçonne que ce personnage, mis comme un seigneur, n’est que Claude-Edme Labille, père de Madame Guiard. Car cette petite merveille est signée Labille femme Guiard de la plus nette façon qui soit. Pour risquer un tel tour de force, il faut

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