MADAME LABILLE-GUIARD. — F. -A. VINCENT
des yeux de vingt ans. Son mariage d’ailleurs, loin de la détourner de son art, suivant qu’il arrive parfois, lui donnait une envie plus formelle de s’y faire un nom. Jean-Hugues Guiard, en dépit de ses attaches cléricales, n’était point un modèle, tant s’en faut. La vie de la jeune femme connut des traverses singulières. Guiard n’avait ni ses goûts ni son éducation ; les beaux-arts ne comptaient à ses yeux que comme source de bénéfices, il le cachait trop peu. Un secret penchant liait depuis l’enfance Madame Guiard au jeune François-André Vincent, fils de François-Élie. Ce garçon qui avait passé par Rome, et qui était peintre, s’en revint de là-bas durant une période fort maussade de la vie intime de Madame Guiard. Cependant la situation personnelle de celle-ci s’était affermie. Elle avait exposé, en 1776, une miniature d’elle-même, que la critique disait peu flattée, ce qui était flatteur. C’était, croyons-nous, le portrait ici reproduit où l’on voit une jeune femme devant son pupitre de miniaturiste. Vincent fils, une fois rentré en France, avait eu d’heureux débuts ; tout de suite Madame Guiard le rechercha, et le bon prétexte fut qu’il était son maître en peinture. Avait-elle tant besoin d’un professeur ? En miniature certes non, car on connaissait d’elle nombre de morceaux d’une qualité hors de discussion. « Dans sa miniature, opinait un critique aimable, il y a une belle manière de faire, agréable et de beaucoup d’effet. » En fait, ce qu’on retenait d’elle c’étaient les admirables boîtes montrant Mesdames Adélaïde ou Victoire de France ses bonnes protectrices, personnes âgées alors, et que Madame Guiard accommodait divinement bien. Une de ces bonbonnières fait partie du trésor de M. le baron de Schlichting ; elle est décorée d’un portrait de Madame Adélaïde ; c’est l’effigie idéale. Hall n’aurait su dire avec cette conscience hardie et crâne la figure marquée de la princesse, et les atours de jeune femme dont elle est vêtue.
L’entrée de Madame Guiard à l’Académie, coïncidant avec celle de Madame Vigée-Le Brun, ameuta les petites jalousies. Les moins violents détracteurs insinuaient que ces dames avaient des répondants en haut lieu, d’où leur gloire. Vincent prenait pour lui une bonne part de ces calomnies ; on ne l’accusait ni plus ni moins que de parfaire les tableaux de
son élève et amie. Quant « à la Vigée », c’était mieux. Les papiers inédits de l’architecte Lequeu, misog)'ne fort notable, expriment tout à trac les histoires colportées, dont le ministre Calonne prend une bonne part.
Le résultat le plus appréciable du talent de Madame Guiard en miniature, c’est d’avoir initié à cet art Marie-Gabrielle Capet. Mademoiselle Capet, ce sera une dame Guiard plus alerte, moins retenue par les considérations d’école et de relations. Nous aurons à reparler de Gabrielle Capet, mais il la fallait signaler au passage. Dans un grand tableau peint, appartenant à M. Briois, Madame Guiard s’est montrée au milieu de ses deux élèves favorites, Mesdemoiselles Rosemont et Capet. Cette dernière restera fille, Mademoiselle Rosemont épousera le graveur Bervic. Mais, dès cette époque, Madame Guiard ne peignait plus guère de miniatures ; les pastels et les tableaux prenaient tout son temps.
Il lui avait fallu attendre la loi sur le divorce pour se lier définitivement à Vincent; dès qu’elle le put, elle n’y manqua point. Ni lui ni elle n’étaient des tourtereaux ; pour tous deux, la cinquantaine avait sonné ; aussi ne purent-ils longtemps jouir de leur bonheur. Ils avaient élu domicile au Palais
des Arts, dans l’un des appartements réservés aux membres de l’Institut national. C’est là que le 4 floréal an XI (24 août 1803) Madame Vincent mourut, laissant son pauvre ami tout désemparé et à demi fou de chagrin.
C’eût été très sûrement désobliger Madame Vincent, née Labille, « ci-devant Guiard », que de la classer parmi les peintres en miniature. D’année en année, elle convenait moins qu’elle l’eût jamais été. Pourtant elle le fut, et d’une qualité rarement rencontrée supé-
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Il lui avait fallu attendre la loi sur le divorce pour se lier définitivement à Vincent; dès qu’elle le put, elle n’y manqua point. Ni lui ni elle n’étaient des tourtereaux ; pour tous deux, la cinquantaine avait sonné ; aussi ne purent-ils longtemps jouir de leur bonheur. Ils avaient élu domicile au Palais