Archives des Côtes-du-Nord, i5 prairial, HT
la Truite, petite rivière» qui descend du Mené. Comme ils arrivent là, surgit. d; un champ fle^blé.un.e. ap^y taine d'hommes qui se dispersent et disparaissent avant que la surprise dçjeur envolée subite ait permis ^ la troupe de faire ^eu. A. l'emplacement, de. lei}r campement abandonné, on découvre une ; petije tente, 12 paquets de faux assignats, — environ
5. paquets de poudre à canon, un porte-manteau,, une paire de bottçs, line houppe- ! a . n ^' e .l un e ,écharpe de taffetas violet que Cr.ublier reconnaît, pour celle que portait Boishardy quand il l'a, vu à Lam^alle. Sous un buisson, on avise un lit fait d'une paillasse, d'un petit matelas de balle et garni, .de draps,, auprès duquel un grenadier saisit « un très beau sabre avec son ceinturon » et divers
papiers 1 . , . , 4 . .... : , .,
, Peut-jêtre faut-il, placer à cette da^e.un passage, de poçhe à Moncontour : il éprouvait une sorte ^'atta r chemept pour ces lieux témoins des premiers ,rap T prochements, entre soldais des deu,x partis. On le .vit parfois, dit-on, Je mpusquet à l'épaule, parcourir à pied, la campagne à la tête d'une compagnie de grenadiers. Espérait-il sauver Boishardy et jl.' amener à une soumission sans réticence ? On a, çpnté^ « qu,']jn sentiment plus, tendre qu'il ne se l'avouait à Uiimçme k retenaitf à Moncontour ,».- Quand il quitta cette aimable ville, «, avec une émotion bien vive et les larmes aux .yeux », il . c|it à madame du Clézieu,x qui l'avait ryeçû ^plusieurs .fois /. — ; .« Votre vertu, unie ,à tant de charmes, voiis a placée, sur un piédestal d'où vous nous dominez tous... Malheur à ce-
i. Archives des Côtes-du-Nord, i5 prairhl, Ï1I.
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lUi qui tenterait de vous 'en faire descendre : celui la ne périrait que de ma main \ »
'floche ne rencontra pas Boishardy ; Boishardy se faisait invisible, traqué par les soldats de Crublier il menait de nouveau la vie du proscrit, bien plus in-, certaine encore 1 que naguère : il errait, désemparé, par la campagne, changeant de gîte toutes les nuitsj Un fîdele réussit à parvenir jusqu'à lui et le découvrit, non sans peine, tapi dans un champ, parmi les moissons hautes. Il pouvait encore cependant grou; per douze ou quinze cents hommes et disposait d'une compagnie de déserteurs a sa solde ; 'mais à ceux-ci il réservait la surveillance de La Ville-Louët' qu'habitaient Joséphine de Kercadio et sa mère. Il connaissait trop ses paysans pour ignorer leur lassitude : là paix fallacieuse, les désillusions avaient iué les enthousiasmes. Lui-même, certainement, était hanté par un pressentiment d'aventures prochaines et tragiques, car, clans sa détresse, il sentait l'urgçncè d'assurer l'avenir dé fa' jeune fille qu'iV aimait, et', malgré les misérables conditions de son existence présente, il résolut d'épouser sans retard, mademoiselle de Kercadio. 1 \ ['
Non loin d'un chemin oV traverse qui, Vie Bréhand, conduit a Moncontour, il y a, perdue dans les vergers, une petite chapelle qu'on appelait alors et qu'on appelle encore, bien qu'elle ait été reconstruite depuis la révolution, la chapelle 1 de Sairit- Malo. Un étroit cimetière l'entourait et c'était, avant la Terreur, un lieu de pèlerinage, de « par-
i. Geslin db Bourgoc.nk et A. de Barthélémy, Etudes, p. 171. Ces écrivains assurent tenir cet épisode d'une source parfaitement sûre. »
DUVIQUEÎ
saluer « le Prince » et à lui faire leur Cour. Heureuses celles chez qui il daignerait descendre ou qui, du moins, auraient à loger les officiers de Royal- Artillerie, de Loyal- émigrant, de Rohan-infanterie ou de Royal-Louis ; tels étaient les noms de régiments nobles débarqués à Quiberon ; à les prononcer on sentait passer un parfum de l'ancien monde... Mais pourquoi n'avançaient-ils pas ? Le temps paraissait bien long ; de fait, les premiers racontages épuisés, on ne savait rien de ce qui se préparait dans la presqu'île conquise. Dix jours déjà sont écoulés depuis le débarquement ; les « royaux » devraient tenir Rennes et Angers, et rien ne bouge. Le 30 juin on entend enfin gronder au loin le canon ; on l'attendait avec tant d'impatience qu'on croit en percevoir le bruit jusqu'à Craon et jusqu'à Segré, — en Mayenne et en Maine-et-Loire 1 1 Fausse joie : l'armée de Puisaye n'arrive pas. Enfin, après trois interminables et angoissantes semaines d'espoirs déçus, on apprend que les troupes royales sont en marche ; elles s'avancent vers le cœur de la Bretagne et tout le pays frémit d'allégresse.
Au château de Coëtlogon, à gauche du chemin qui mène de Vannes à Rennes, par Josselin et Merdrignac, résidaient en ces jours d'anxieuse attente, madame et mademoiselle de Guernissac, correspondantes actives de l'agence secrète que les Princes entretenaient à Paris. Ces dames étaient de celles qu'exaltait l'approche des émigrés victorieux et qui convoitaient ardemment l'honneur de les recevoir.
t. A. dr Beauchamp, Mémoires secrets relatifs aux différentes missions royalistes de madame la vicomtesse Turpin de Crissé, II, 25$.
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Pour leur faire fête, pour les attirer, peut-être, elles avaient convié, dans l'espoir de leur arrivée prochaine, plusieurs aimables femmes ou jeunes filles nobles, dévouées comme elles à la bonne cause et connues pour leur courage ou leurs malheurs dans les fastes de la Chouannerie. Coëtlogon n'est qu'à trois lieues du château de Bosseny, où vivait recluse, depuis son deuiî, mademoiselle de Kercadio ; les dames de Guernissac l'engagèrent à venir chez elles pour assister au passage de l'armée royale. Soit que la douloureuse fiancée de Boishardy ne pût résister au désir de se trouver à l'honneur après avoir été tant à la peine, soit que sa farouche rancune contre les Bleus l'incitât à ne point manquer le spectacle de leur débâcle, elle accepta l'invitation et se rendit à Coëtlogon. Elle y trouva d'autres héroïnes des guerres civiles \ dont les noms ne sont point dits, mais au nombre desquelles on a quelque indice que figurait Louise du Bot du Grégo, vicomtesse de Pont-Bellenger. Très jeune a , fort coquette et spirituelle, extrêmement jolie et aventureuse, elle avait, disait-on, commandé un corps de cavaliers chouans 3 et sabré les Bleus en maintes rencontres ; elle possé-
i. On cite ©ntre autres, « la mère et la sœur de Boishardy >, Puisayb, Mémoires, VI, Aao. Mais ce doit être une confusion ; ailleurs, — VI, 407, — Puisaye écrit, « la veuve et la sœur du malheureux Boishardy. » Il croit que celui-ci a épousé mademoiselle ie Kercadio.
3. A défaut d'un acte de baptême, il est assez difficile de préciser son âge : en i8i5, elle écrivait que « mariée a quinze ans », elle s'était trouvée veuve, « à peine âgée de dix-sept ans ». Comme Pont-Bellanger avait émigré, au plus tard, en i7g3, et qu'il ne devait mourir qu'en 1796, on voit que la vicomtesse s'égarait un peu dans ses calculs et se rajeunissait de plusieurs années. » Archives nationales, F? e t 6696.