‹ La Mirlitantouille; épisodes de la chouannerie bretonneChapitre 47 sur 57 · Geslin sb Bourgogne et Barthélémy, Etudes, p. ao · texte numérisé non relu

Geslin sb Bourgogne et Barthélémy, Etudes, p. ao

LA MTRLITANTOUILLE

ordonne l'évacuation immédiate des femmes et des blessés et la mise en batterie du canon. Grand désordre ; les occupants du château se bousculent pour en sortir ; les Chouans se pressent pour y pénétrer et se poster aux fenêtres d'où ils domineront les assaillants et les fusilleront plus à l'aise. Les chevaux, dans le tumulte, prennent peur, renâclent, s'échappent ; et déjà voici les Bleus : à l'abri des fourrés qui, de toutes parts, encadrent le château, ils avancent en tirailleurs ; le canon des Chouans, mal chargé et mal ajusté, crache sa mitraille à quelques pas 1 : aux fenêtres, les jras embusqués font feu ; la fusillade crépite ; les femmes qui n'ont pu fuir encore s'affolent ; l'une d'elles tombe, frappée à mort'; sous le portique à colonnes du château, Etienne et Honorât Le Frotter sont aux côtés de leur mère ; l'un d'eux s'est emparé d'un cheval ; ils la mettent en selle ; elle vacille, s'affaisse, retombe, la poitrine percée de deux balles. Ses fils la soutiennent, la déposent sur les marches du perron ; et, tandis que, penché vers elle, Etienne guette ses derniers souffles, lui-même, atteint au front, s'abat sur les degrés de pierre, près du cadavre de celle qu'il a sauvée de l'échafaud».

i. Hatusouk, II, p. 8î.

Une femme Penvon, — ou Pevron — délivrée de la prison de Saint-Brieuc Déclaration de Marie-Yvonne Rideau. Celle-ci « a été également témoin de la mort de madame Le Frotter », mais elle ne donne aucun détail.

3. C'est la version qui m'a été transmise par M. Berthelot du Chesnay, ancien officier de marine, en ipia. Habasque écrit (II, 8o, note) : — « Cette dame (madame Le Frotter) était sur un cheval ; elle tomba à la première décharge ; son fils périt dans la même rencontre. » — Le M août, Annales armoricaines, i846, écrit : — « Madame Le Frotter et une autre femme, qui étaient à cheval, tombèrent dans cette décharge. Cette dame fut ensuite fusillée.

Le combat finissait ; les Bleus s'étaient emparés du canon qu'ils retournèrent contre les Chouans, et ce fut pour ceux-ci le signal du sauve-qui-peut. Ils se dispersèrent dans la forêt. Maîtres du château, les républicains s'y cantonnèrent, renonçant à poursuivre les vaincus. Le bon vin des caves les aida à fêter leur victoire et éteignit leur ardeur belliqueuse. Vers le soir ils reprirent le chemin de Saint-Brieuc, ramenant en triomphe la pièce de canon reconquise * Onze des leurs étaient blessés ; mais ils n'avaient pas perdu un homme, et quand le crépuscule enveloppa le château et les grands bois de l'Hermitage retombés à leur silencieuse solennité, douze corps de femmes ou de Chouans faisaient, dans ce grand décor, de petites taches sombres,

dit-on, dans une cavité cfui existe encore dans le terrain... par une singulière fatalité, le fils de la dame Le Frotter, qui avait fait opérer l'évasion de Saint-Brieuc pour délivrer sa mère, trouva aussi la mort dans cette rencontre. » — La version de Kerigant (Les Chouans, p. 127) est différente : — « Madame Le Frotter, écrit-il, fut frappée de plusieurs balles au moment ofi le second de ses fils (Honorât), lui aidait a monter a cheval. Elle fut tuée sur le coup. » D'après ce mémorialiste, Ëtienne Le Frotter aurait péri la veille, « massacré dans une prairie dépendant du Vau-meno, entre cette propriété et Monbareil », c'est-à-dire à un quart de lieue à peine de Saint-Brieuc, au nord de la ville, non loin du ravin du Gouët, dans un endroit où la présence d'Étienne Le Frotter ne peut s'expliquer et ou les Chouans ne parurent pas, leur action s'étant uniquement portée sur les quartiers du sud et du centre. Il est vrai que, dans le placard imprimé par la municipalité, on lit :

— « à deux portées de fusil de la ville, on trouva huit Chouans morts » ; mais il n'est point probable qu'Étienne Le Frotter fut de ceux-là. Pourtant, il resta un doute : le commissaire du Directoire, Dénouai, relatant le combat de l'Hermitage, écrit :

— « Nous sommes à peu près sûrs de la mort de trois chefs : Le Frotter, de Pontivy ; Dubois, de Ploërmel et Menguy, de Corlay. » Si le premier avait été tué à Saint-Brieuc même, il eût été identifié, car il y avait des parents, entre autres « le citoyen Le Frotter, limbreuT au bureau de la Direction du Département, père d'une nombreuse famille. » Archives nationales, F 1 * II, Côtes-du-Nord, 1.

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