COLONIES DE LOCÉAN INDIEN
MADAGASCAR
Madagascar est une des rares colonies françaises qui puissent offrir à la fois à l'acMivilé des colons des cultures tropicales et des cultures des pays tempérés. Sur les côtes, la chaleur et l'abondance <les pluies permettent l'exploitation du cacao, du caoutchouc, du café, de la canne et de toutes les plantes qui peuvent servir à l'exportation et assurer ainsi de larges béiu'fices; dans la zone intermédiaire (de 500 à 800 m.), les plateaux tiennent à la fois, pour le climat et la nature du sol, des versants aux(juels ils se rattachent et du haut pays. C'est la région où réussissent le coton, le caféier d'Arabie et surtout l'élevasce du bétail; enfin, les ri'gions centrales sont fa\(>ral»les aux cnllni'es du thé, du café, du tabac, du coton, peut-être mèine de la vigne. Ajoutons (jue Madagascar possède d'immenses forêts
l'agkicultljhk 209
qui défendent l'île du côté de l'Est sur une épaisseur de 300 kilomètres et qui pourraient fournir, quand les voies de communication en permettront l'exploitation rationnelle, des ressources presque indéfinies.
Le riz est essentiellement la culture vivrière des indig"ènes. Oans les environs de Tananarive, les terres irrig^ables que l'on cultive en rizières ne reçoivent la semence qu'après avoir été eng;Taissées par le séjour des moutons et des bœufs. « La plaine de Betsimitatatra ([ui entoure Tananarive au nord, à l'ouest et au sud, renferme les plus belles rizières de l'île. Cette plaine, qui était autrefois un immense marécage, a été transformée en rizières par les premiers chefs des Hovas ; Andrianjaka et Andriamasinavalona ont contribué à la construction des digues de l'Ikopa qui ont permis le dessèchement desmarécag-es (1). » Le riz est également cultivé sur les montagnes jusqu'à la hauteur de 1,700 mètres, mais par des procédés divers. Au reste, il existe à Madagascar un grand nombre de variétés de riz et on n'en compte pas moins de 22. Bien que le riz blanc soit le plus renommé, les indigènes lui préfèrent une espèce de riz rouge récoltée dans les environs de Fort-Dauphin. Il est, on le pense bien, impossible d'évaluer la production annuelle totale de l'île en riz; on sait cependant qu'elle dépasse, et de beaucoup, les besoins de la consommation totale puisque le Betsiléo en produit, à lui seul, 2,500,00) hectolitres (année moyenne). Est-il nécessaire d'ajouter qu;3 le sol se prête également à la culture du manioc qui y réussit si bien qu'un hectare planté rapporte au bout de deux ans 40,000 kilogrammes de racines, aux patates, au maïs, aux pommes de terri» (particulièrement dans la région de l'Ankaratra). Le blé ([ui a été introduit à Madagascar par Jean Laborde n'a pas beaucoup de chances de réussir, sauf
(I) Guide de iliiuniyraiit a Madayasrai-, 1, II.
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dans la région des plateaux, et encore celte culture, étant donnée la pauvreté du sol en acide phosphori([ue et en chaux, n'aura jamais i^rand avenir, et on peut en dire autant de l'orge, du seig'le et de l'avoine.
« Les rég-ions centrales de Madag-ascar, dépourvues de forets et recouvertes d'iierbanes, sont, nous l'avons dil, un pavs des plus favorables à l'élève du bétail, d'autant plus que la douceur du climat permettant de* laisser les troupeaux en constante liberté, ils se développent avec une prodigieuse rapidité (1). » Ces animaux ne sont, d'ailleurs, nourris ni avec du foin, ni avec du sainfoin, ni avec de la luzerne, mais avec certaines graminées, telles (jue le vero très répandu dans la haute rég-ion et dont l'aspect rappellerait Val/a, si la tige n'était pas plate et moins haute. Toutefois il ne faudrait pas exagérer la richesse de Madagascar en têtes de bétail. Un recensement ordonné par le général Galliéni, en 181)7, a prouvé l'erreur de ceux ([ui parlaient de .j à 6 millions de Ixeufs. Le total obtenu pour le tiers environ du territoire le plus riche et le plus peuplé de la colonie n'a donné (jue .')U0,()n2 tètes de bétail. « En admettatit que la moitié du bétail ait échappé au recensement et que les autres régions de l'île non reci^nsées ou insoumises possèdent autant de bétail proportionnellement à la superficie, bien que la population y soit, en certaines parties, très clairsemée, il semble qu'on sera au-dessus de la vérité en évaluant à 2,000,000 le nondjre des animaux de l'espèce bovine existant à Matlagascar ( i ), » Très rt'pandue également est l'espèce ovine ; elle est d'une race spéciale au pays, à grosse (pieue. F]nfin, beaucou[) de chèvres vivent à l'état sauvage.
Il serait excessif de prétendre «jue la vigne est ai)pel(''i' à «loniicr (raboiidanles récoltes. Des essais tentés aux environs <le Diégo-Suarez ont donnt' de désasirenx résultats (pii ont
(ij Kdpijort du (ji'ncidl (Idllii-iii, I. il.
l'agriculture 2H
eu même pour conséquence de décourager pendant quelques années la colonisation. Quelques plantations tentées par les Pères Jésuites ont mieux réussi, mais elles portaient sur un si petit nombre de ceps qu'il est difficile d'en conclure à des promesses sérieuses. Toutefois, le général Galliéni cite l'exemple d'un colon des environs de Tananarive qui a récolté, en 1897, un vin de bonne qualité, bien que clair de couleur et peu charg'é en alcool. 11 n'en reste pas moins que la maturation a lieu en pleine saison des pluies et que la vigne ne produit qu'un raisin charg-é d'eau et trop mûri. Quelques colons tentent actuellement des nouveaux essais en greffant les plants de vigne indigènes avec des cépag-es américains, mais il est difficile de formuler encore une opinion sérieuse.
PTaliles textiles. — Parmi les plantes textiles, une des mieux cultivées, qui s'accommode bien au sol et dont on peut beaucoup attendre est le coton. « Le coton réussit mieux sur les côtes que dans l'intérieur. Le voisinag-e de la mer est plus favorable ; mais les Malgaches de l'intérieur le négligent, par la raison toute simple qu'ils le cueillent au profit des grands et que ce travail infructueux les décourage. Il n'est pas moins avéré que le cotonnier serait d'un excellent rapport au colon (pii saurait l'exploiter. » Telle était l'opinion de MM. Le Ghartier et Pellerin, en 1888 ; cette culture est encore moins recherchée aujourd'hui parce que les cotonnades sont importées à Madag-ascar à un prix tellement bas que toute concurrence est impossible. Cependant quelques colons ont tenté, en 1898, quelques expériences de culture du cotonnier et du camphrier aux alentours de Tananarive et de Fianarantsoa dans des terrains judicieusement choisis, et ces cultures semblent devoir prospérer. De même que le coton , le raphia dont les fds sont employés parles indigènes, le chanvre qui n'est guère utilisé que pour la fabrication d'une liqueur enivrante ; la ramie dont la culture n'a été abandonnée que parce que la question de décortication
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n'est paseiicoi'»' i-rsoliic, rrussissenl adinirablcmont àMadaij;a.scar. II ne faut pas oublier non plus le crin végétal fourni par la i'< iiillf (rmi palmier sauvage qui pousse plus particulièrement dans la jjrf-ovince de Fort-Dauphin et dont lia été exporté, eu I «!)('), 30,000 kilogs.
Uuand nous aurons dit que l'indigotier pousse spontanément dans la province de Diégo-Suarez et dans la région de Vatoniandry, que Torseille, le tametamo et le manguier fournissent aux indigènes, par une préparation sommaire, les couleurs violette, rouge et noire, il nous restera à parler avec plus de détails des cultures dont le développement rationiud doilassurer la foi! une des colons de Madag-ascar.
Le vanillier a été importé à Madagascar, [)eu de temps avant la guerre de I880 et s'est beaucoup dévelo{>pé sur la cote Est (Sainte-Marie, Nossi-Bé) aux dépens delà canne à sucre qui est à peu près abandonnée. C'est ainsi qu'il existe au sud de la province de Vohemar une plantation de vanille de ])rès de 80,000 pieds, une autre de 1,000 pieds dans celle de Fénérife ; une troisième dans celle d'Andevorante et une de 10.000 pieds dans l'île Sainte-Marie, à[)partenaut à un industriel français M.Kempf. Il en a été exporté en Europe, dès 1890, u.434 kilogrammes environ.
C/est également sur la cote Est que se cantonne la culture du cacaoyer et il y a là une culture à encourager puisipie le cacao se développe à l'état sauvage et qu'un hectare planté en cacaoyers peut rappoiter, année moyenne, près de 1,500 francs l»;ii' au pour uiu^ dé[)euse approximative de 3.'j0 francs.
La culture du thé est encore bien peu ré[)andue à Madagascai" ; toutefois « les plantations faites en 1890 dans lesjiropriét(''s de rcx-picmicr minisi l'c aux cinii'ons de Sabotsv et celles entreprises plus récemment, en I8î)0, par M. tle C... aux environs de Fianarantsoa, send)lent démontrer (pie celte culture peut avantayeuscmetit donner" lieu, dans le haut pays, à des
LA'.iRICLLTLKK 21!)
e.\]>l(>itatioiis rt'muiK'ratrices ». Les plants ont réussi àmervcilU" cl l'aroine de la feuille obtenue à Mahanoro, dans la plantation Mairs, est même, dit-on, plus fin que celui du thé de Maurice.
Le tabac qui pousse avec une remarquable vigueur dans tout 11" haut pays pourrait doiuier, une fois les voies de communication établies, de précieux résultats, mais cette culture n'est pas encore développée, et c'est à peine si l'on peut citer dans le cercle d'Ankazobé une plantation de 6,000 à 7,000 pieds. Il y a dans ce sens beaucoup à faire puisque le tabac fumé par les Eui'opéens vient en grande partie de la Réu?iion, d'Europe et d'Algérie.
Ajoutons que le giroflier est cultivé avec soin à Sainte- Marie de Madagascar, et qu'en 1893 cette île en a exporté 34,936 kilogs à destination de la France, alors que la consommation totale de notre pays est de 73,000 kilogrammes. Il v a là une source de revenus dont les colons pourraient facilement se rendre maîtres.
Mais c'est surtout par la culture du café et du caoutchouc que se constituera la colonisation à Madagascar.
Le café ne donne encore que des espérances. Il semble prouvé aujourd'hui qu'il ne réussira que difficilement dans la réi^ion cenlrale, soit qu'il ne trouve pas dans le sol les éléments chimiques favorables, soit qu'il ne puisse résister aux atteintes de la maladie connue sous le nom de « riieuiileia vaslalrix », srtit (pi'il soulTre des pluies tropabondantes. C'est ainsi (piedes[)lanlations qui avaient donné de belles récoltes en 1893, ont dépéri dès l'année suivante et ont complètement disparu dès 1898. Il est également prouvé ([ue toutes les espèces ne réussissent pas de la même fa(;on et que le caféLibéria, bien (pie dequalité inférieure commegoùt etcomme arôme, s'accommode mieux du sol (pie le bourbon ou le moka. Tout;*fois si les colons ont eu avec le café des mécomptes dans la l'égion centrale, il n'en a pas
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été (le même dans les régions cùtières et plus particulièrement à Nossi-Bé, ni dans la zone intermédiaire où l'on trouve facilement des vallées fertiles, très favorables iV la plantation du caféier d'Arabie qui, à une altitude moyenne, résiste plus facilement que dans les basses terres aux atteintes de la maladie, sans être exposé, comme dans le Betsileo, aux g'elées blanches dont les effets sont des plus néfastes sur la végétation et la production. Il existait, en 1808, 81 plantations qui ont donné environ 9,000 kilogrammes de café dont oO seulement ont été exportés vers la Réunion.
« On peut, dès maintenant, présumer qu'avec ses climats très divers, l'fle offre des rég'ions favorables à l'exploitation du caoutchouc céara qui, si l'on considère les utilisations nombreuses de cette gomme et la demande de plus en plus forte dont elle est l'objet sur les marchés d'Europe, constituerait dans un bref délai une source de richesse pour la colonie (1). » Le caoutchouc réussit, en effet, très bien à Madagascar; on y conq^te plus de 90 espèces de ces végétaux, bien que le caoutchouc céara paraisse devoir être préféré à toutes les autres espèces. « D'autre part les terrains susceptibles d'être consacrés à leur culture sont très étendus, notamment dans la région cotière et moyenne de l'île. On peut donc. dire (pie le caoutchouc est et sera longtenqjs encore une des principales ressources de Madag-ascar (2). » Ce résultat ne sera atteint (pie si les indigènes renonceni à la <lé[)lorable habitude (ju'ils ont prise tle couper les lianes ou les plantes à caoutchouc près du pied, sans épargner même (piehpiefois la racine. En 1897, l'exportation du caoutchouc a été la suivante :
( I ) /i''////;o/7 <lu (iriii-rdl fittilicni.
(■1) duidi' (le riininifiKiiil a Madatidscar
l'agriculture 215
60 parMajung-a 60 par Main tira no
„.,,,. , - ,, ^ 60 parMaïune-a
Province de Maïunc-a. . . 120 tonnes < , j o
de Ménabé ... 60
de Fort-Daupliin. 168 —
de Vaing-aindrano 100 —
de Mananjary. . 2 —
Total. . 4o0 tonnes.
Ce chiffre pourrait l'apidemenl devenir dix ou vin^t fois plus fort.
Terminons en mentionnant la culture de la canne à sucre (ju'il n'est nullement désirable, pour les raisons que nous avons déjà expliquées à propos de la Guadeloupe et de la Martinique, d'encourager à Madagascar. La canne réussit fort bien dans le Betsileo et en pays Sakalave et, miewx encor"!;, sous le climat chaud et humide du littoral. A Tamatave, on obtient par hectare 59.000 kilogr.de tige et, au dire de M. Dybowski on pourrait, avec plus de travail, obtenir jusqu'à 73.000 ; à Vatomandry, on compte que l'hectare produit environ 36.000 kilogrammes.
On le voit donc, les agriculteurs en sont encore à la période des tâtonnements; la main-d'œuvre manque trop souvent; les instruments aratoires employés par les indigènes sont encore rndimentaires et le général Gallieni a du user de son autorité pour leur faire accepter la charrue ; les semences manquent aussi. Mais la création de la station agronomique de Nahanisana destinée à poursuivre la recherche des améliorations à apporter aux systèmes de culture pratiqués dans le pays, l'établissement au même lieu d'une bouverie et d'une bergerie, la fondation des jardins d'essais de Fianarantsoa et de Tamatave ainsi que d'une station agronomique; (Mifin l'organisation de jumenteries et de dépôts d'étalons ne
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|)(nnxMit manquer d'ciicoiirag'er los colons ot les indiji^ènes à chercher dans l'agriculture des hénéfices qui ne leui- feiont pas défaut. Si la canne à sucre send)le devoir être aliandonnée; si la vi^-ne a trompé toutes les espérances ; si le coton ne peut donner ce qu'on attendait de cette culture, l'élevac^e du bétail et l'exploitation des bois, d'une i)art, les eviUures de la vanille, du café et surtout du caoutchouc, d'autre })art assurent à Madagascar, quand les chemins de fer projetés sillonneront l'île, des résultats précieux dont il est impossible de prévoir dès maintenant la valeur. La grantle île offrira à la l'ois aux colons <le la métropole les produits exubérants des pays tropicaux et les cultures d'un moindre rendement, mais sûres, de nos pays tempérés,
MAYOTTE ET COMORES
L'archipel des Gomores participe, par la composition géologiijue de son sol et les caractères généraux de son climat, aux cultures agricoles de la Réunion et des zones côtières de Madagascar. La canne à sucre occupe le première jilace dans les préoccupations des colons. C'est ainsi que la Société de Pomony A Anjouan produit annuellement ÎKJO tonnes de sucre, la jiropiiété de h'onbani à MoluMi plus de (JUU ; celles de l'Anjouan près de 800. La vanille (vanillea planifollia du Mexique) vient au second rang, La même société de Pomony a exporté, en 1 H!)!), 1 (lOO kilos de vanille, les sociétés de Hand)ao(Anjouan) près de iOOO, et de Page 1000, celle de Sangany IJOOO et enfin les propriétés de Moheli près de 1800 kilos. Il a été planté dans ces ci ncj (leiiiières aini(>es, 100.000 cafi'iers Libéria à Mayolle, peiidaiil ipi'on en plantait à Anjouan )](l.000 pieds (dont 2000 pieds de caf('' lioiwbon). A la grande Comore, la société ditede la^rande Coniore, dirigée par M. flumblot, a essayé d'acclimater le thé, le (piiii(|iiina et le caoïilchoiic ; mais clic lire encore ses |>riiicipaiix I) 'MK'Uces de la vanille {'.\ à iOOO kilos par an) et <lti
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cr.cao. Elle se préoccupe aussi d'exploiter méthodiquement les richesses forestières de l'île. Enfin n'oublions pas de rap[)(;l(!r (p'.e la propriété Patsy à Anjouan donne une récolle annuelle dr près de 4000 kilos de clous de girofle.
Ces exploitations rémunératrices n'excluent naturellement pas les cultures vivrières telles que manioc, patate, maïs, coco (les cocotiers sont extrêmement nombreux), mil, riz et bananes, ni l'entretien de pâturages puisque la seule société de la grande Comore possède à elle seule un troupeau de plus de 3000 tètes. L'agriculture peut donc offrir aux colons venus de France des ressources importantes, à condition qu'ils disposent de capitaux variant entre 10.000 et 20.000 francs et qu'ils se consacrent à l'exploitation de la vaniUe ou du café. Oii ne sera d'ailleurs fixé sur l'avenir des cultures de Mayotte que le jour où la question de la main-d'œuvre qui se pose dans l'archipel des Comores aussi nettement, plus nettement même que dans nos autres colonies, sera complètement résolue. Peut-être même ces essais d'exploitation pourront s'étendre jusqu'aux îles Glorieuses où un Français M. Galtaux a déjà essayé et avec succès Facclimatement des cocotiers, si nombreux dans tout l'archipel (1).