CÔTE DES SOM.VLIS
Personne n'ignore que notre colonie de Djibouti n'a jamais été considérée comme une colonie agricole, mais bien comme une station stratégique sur le chemin de la mer Rouge, etcommc un entrepôt commercial qui pourra devenir très important entre l'Europe d'une part et l'IIarrar et l'Abyssinie d'autre part. La chaleur extrême et l'aridité du sol interdiront toujours aux colons les entreprises de culture. Rien n'est plus désolé, en
(1) Voir la notice de MayoUc et (lumores par M. N'ieiiiie.
Les Colonies, vol. III. 14
218 MISE EN V.VLELR
crtel, que le désert qui s'étend des bords de la mer aux premiers horizons du Harrar. Pour s'en convaincre, il suffît de lire ce qu'en dit M. Vi^^iiéras dans la notice très complète qu'il a consacrée à celte colonie : « Sui- le rivage de la mer, au honl « des torrents, on remarque des bouquets de palétuviers; on « y voit aussi quelques dattiers et de maig-rcs fourrés compo- « ses d'essences diverses. Dans l'intérieur, la végétation est « ég'alement très clairsemée : quelques touffes de mimosas « raboug-ris sur les monticules et les plateaux, et un peu pai- « tout une herbe rude, desséchée, qui reverdit un peu après « chaque pluie.
« Plus dense dans le lit même des torrents, cette végétation « forme par endroits des fourrés entremêlés de lianes grini- « pantes, qui, par le ton franchement vert des feuilles, repo- « sent la vue des tons jaunâtres de la flore d'alentour, et sont « gomme de petites oasis où le voyag"eur trouve un peud'ombre (( et souventde l'eau. Sans pouvoir préciser de quelles essences « se composent ces bosquets, on sait tpie les indig"ènes tirent « de certains arbustes et de certaines lianes du désert des va- « riétés de g-omme et même de caoutchouc dont la qualité a <( été reconnue excellente (1). Ajoutons que ces lianes poussent (( à l'état sauvag-eet n'ont jamais été cultivées d'une façon la- « tionnelle et méthodique. »
KTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE l'iNDE
On poiinail dire des établissements français de rinde ce (jue nous venons de dire de la côte des Somalis. Ce nesont pas des colonies agricoles. Pondichéry n'est qu'une ville coniiiuM- <-iale et jusfpi'àun certain point industrielle; Chandernayor ne se pirtciail (|u'à la culture niaraichèic (|ui améliorerait l'élal
(1) .Volice sur /a i-nta fratirnisc fies Soina/is, |)ar S. N inm r;is.
sanitaire de rétablissement, mais cette culture est totalement n(''<:>ligée par la population indig-ène. Seuls Yanaon et Mahé et {)lus particulièrement Karikal ont une importance agricole d'ailleurs extrêmement médiocre.
Mahé. — A l'époque de l'org-anisation delà colonie, à l'exception de 1469 hectares consacrés à la culture du riz et 455 occupés (313 parles habitations, 120 par les voies de communication et 22 en friche), le reste du territoire, soit 3985 hectares étaient exclusivement consacrés à la culture des arbres fruitiers, cocotiers, arreckiers, etc. Depuis, cette situation est restée de plus stationnaire et c'est à peine si 500 hectares ont été conquis par l'agriculture. C'est que dans ce petit territoire où il n'y a, pour ainsi dire, ni commerce, ni industrie, ni agriculture, le paysan ne peut vivre qu'en cultivant le riz nécessaire à son alimentation. Aussi 1469 hectares sont-ils exclusivement consacrés à cette culture vivrière. Malgré cet effort, Mahé, pays montagneux ne produit pas assez de riz et reste pour les g-raines alimentaires, tributaire des rég'ions de l'Inde septentrionale. Ajoutons que Mahé subit par contre-coup l'effet des sécheresses qui ont afflig^é certaines parties de l'Inde. Aussi le prix du riz a-t-il récemment aug'menté dans d'inquiétantes proportions. Si la terre rocailleuse de l'établissement se prête un peu à la culture des cocotiers, arréquiers, manguiers et poivriers, elle rend impossible la création de pâturag-es. Aussi Mahé ne comptait-il, en 1898, que 4 chevaux, 250 bœufs et vaches, 30 boucs et chèvres. Ni cultures riches, ni pâturages, ni céréales, Mahé ne possède pas davantage de richesses forestières. On n'y voit guère que quelques bouquets de bois de jac(}uiers qui sont (Muployés sur place à la confection du mobilier.
Yanaun. — Yana(jnesl de moins en njoins cultivé. Sui" 1736 hectares (superficie totale de la colonie), 1450 étaient cultivés en liz ou en g^rains, en 1850; celte superficie s'élevait à 1575 en
IHfiO, tombait à (W.) on 1880, puis à G22 eu 1807, pour les mêmes causes qui avaient décourai^é les cultivateurs de Malié. Aussi la production est-elle insignifiante et suffit à peine aux besoins locaux. L'élevage n'est guère plus prospère puistpie le noml)re des têtes de bétail (bœufs, buffles, vaches et moutons) n'est que de 1500 et il n'existe, en réalité, aucun moyeu pratique de développer l'élevage.
Kavilial. — Hâtons- nous de constater cpie la situation est bien meilleure à Karikal. Cette colonie, lors de la remise qui en fut faite par l'administration anglaise le 14 janvier l'BlT, comportait d'après le cadastre indien établi en 1824 : 1 1,238 hectares de terres exploitables, sur lesquelles D,02o étaient déjà cultivées. Or, la superficie totale de la colonie est estimée à 13,515 hectares. Depuis cette époque, la situation ne s'est guère modifiée, puis(]ue la superficie des terres cultivées ne s'él#i^e aujourd'hui qu'à 10,425. Il est bon de dire que la seule culture entreprise est celle du riz qui tend à augmenter chaque année, parce qu'elle est la seule qui assure aux cultivateurs un profit assuré.
Le sol de Karikal ne se prête, en effet, ni à la culture de la canne, ni à celle dn café, du cacao ou du thé. Toutes ces cultures demanderaient Irop de soin dans un pays on il n'y a pas d'irrigation régulière p(>ssil)le, où les cours d'eau débordent fréquemment, (jui mancpie d'enyrais puis(pie le limon qu'a[)portent les inondations périodiques fertilise seul les terres, l ne charrue attelée de boMifs très chétifs forme, avec quelques onlils et instruments aratoires de forme jtrimitive, tout l'allirail du cultivateur indien. Aussi évite-t-il toute culture qui pourrait exiger des soins et des frais. C'est ainsi que le coton qui pousstî si)outanémentest considéré comme sans valeur, que la culture de l'indii^'o et des aiacliides n'a tenti' (pie ([Mclques Indiens. Si'ides les terres hautes ont été réservées pour la plantation des cocotiers paiee (pi'on extrait de ces arbres un jus
l'a(;rici'lture 221
appelé calldu dont la classe ouvriers fait un grand usage. Au début de l'occupation (1821), les pâturages occupaient une étendue de 77 hectares 48 ares. Aujourd'hui ces pâturages n'existent plus; ils ont été, pour la plupart, convertis en rizières. Aucune espèce n'est donc élevée dans l'établissement; les bœufs et les buffles emploj^és aux travaux agricoles proviennent pour la plupart du territoire anglais. D'après l'état statistique agricole fourni pour l'année 18î)7, le nofnbre approximatif des têtes de bétail se décomposerait de la façon suivante :
Bœufs.
Ii,i00
Buffles . .
Moutons .
Chèvres .
Le bétail consommé sur place provient également deslerritoires anglais. Les peaux et les cornes des animaux tués à l'abattoir sont exportées, pour être travaillées, sur le continent indien près de Mayavaram, à 30 kilomètres de Karikal.
Bien que les Indiens se prêtent difficilement à toute innovation, il serait peut-être possible de ressusciter l'élevage abandonné en leur accordant des primes d'encouragement et en leur persuadant qu'il y aurait utilité pour eux à avoir des bœufs plus forts, plus robustes et de meilleure qualité pour la consommation.
Il n'existe à Karikal ni bois, ni forêts. Autrefois le teck était importé pour être vendu, mais, en raison du peu d'importance de ce commerce, il est expédié aujourd'hui de Jatfna à Négapatam où s'approvisionnent le commerce et l'industrie.
La colonie de Karikal est, en somme, répartie au point de vue des cultures de la façon suivante :
Riz en paille 8,340 hectares
Menus crains 533 —
Bétel 26 —
Indigo 20 • -
Arbres fruitiers 3i0 —
Terrains vag"ues 4,204 —
Terrains incultes faute d'eau 020 —
Terrains bâtis ou dépendant d'habitation . 421 —
Dépendance du domaine public . . . . 1,614 —
Total 13,515 hectares
« En résumé, dit l'auteur de la noie à laquelle nous empiun- (' tous ces chiffres, nous croyons devoir observer la plus grande « réserve eu ce qui concerne l'agriculture. Nous sommes en « présence du mamoiil, c'est-à-dire la routine, l'habitude et « c'e|,t chose dure à déraciner chez un peuple vivant aux chanq>s « et s'inquiétant peu de ce qui se passe au delà de son horizon.
« Le riz est la seule culture du pays ; elle est facile et né- <( cessite peu de soins ; elle nourrit son homme et lui procure « de quoi entretenir des bœufs. C'est tout ce ({ue demande (( l'Indien. Nous sommes loin encore de voir la charrue à dou- « ble soc sid)slitn(''<' an priniilif binet. »
INDO-CIIINK
L'étude des richesses ag^ricoles de l'Indo-Chine demande une allentlon spéciale. On sait, en effet, que cet immense empire est le plus riche et le plus peuplé de toutes iu)S colonies, que le climat y est sain et supportable (sauf peut-être dans quelques parties de la Cochinchine), que la terre y est excellente, (pi'elle piuiiiiit [>resque spoiilanénient i les pi-oct'cb's araloircs v sont encore dans l'enfance) les cidtuics les plus vjiriées, les |)lus indispensables coniine les plus (('Muiikm atrices, que la main-
l'a(;riculture 223
d'œuvre y est plus abondante que partout ailleurs, et que nulle part peut-être on ne trouve des conditions naturelles plus favorables à l'extension des cultures et à l'activité des colons venus 'de la métropole. De même que l'Egypte est un présent du Nil, la Cochinchine est un présent du Mékong-, et le delta du Tonkin un présent du Soni^-Koï, Les hauteurs de l'Annam et les terrasses du Tonkin sont aptes à l'exploitation forestière et aux épais pâturag-es. Partout l'irrig-ation apporte par ses mille ramures ]a fécondation et la vie comme, dans le corps humain, les vaisseaux sanguins portent la vie et la volonté. Sans parler des terres alluvionnaires de la Cochinchine qu'il suffit d'égratigner pour obtenir de superbes récoltes, mais sur lesquelles la fièvre habite en ennemie toujours menaçante, sans s'attarder à la description des forêts mystérieuses du Laos qui s'entr'ouvrent parfois pour laisser apparaître aux bords du iïeuve de coquets villages entourés de cultures variées, que dire de la terre privilég-iée du Tonkin, la dernière venue et la plus belle de nos possessions d'Indo-Chine? « Dans ce delta aux terres lég-ères, mélangées de sable et d'une culture facile, pas un pouce de terrain n'est perdu ; ce ne sont que rizières, jardins, prairies où paissent de libres troupeaux ; des habitations s'y montrent presque à chaque pas. Les éternelles digues se continuent plus impraticables dans la plaine verte et plate, toujours plate et toujours verte. Parfois on découvre au loin, véritable oasis, une rustique pagode avec deux pins parasols à sa porte, et des ficus sacrés et séculaires, d'un bleu velouté, à son chevet. Pas d'autres arbres. Ou bien c'est un villag-e dont on ne voit point les toits: rectangle ou carré rég-ulier clos entièrement de bambous, ballots de dentelle verte dont le sommet s'effiloche (1). » Quant aux habitants, ils sont intelligents, vifs, faciles à conduire et à séduire. Ce qu'ils aiment le plus
(1) Paul Finiinotaiii, .1// Tonixin.
<l;ins leur pxistencf, sans espoirs lointains ni pcnsi-cs jnésenles. c'est la culture de la terre (juils préfèrent au ((uninerce (ju'ils redoutent et à l'industrie qu'ils ignorent el ils scKint l(»nntemps préser\és du double fléau cpii j»eul al teindre un [)avs j)res(jue exclusivement agricole, le dégoiit de la j)opulation pour les travaux des champs et l'accroissement d'un prokHariat au([uel le sol fait (KWanl.
Rix-,niaïs, céréales. — Le seul danger, nous l'avons déjà signalé, est que les populations indigènes, dans- leur ignorance des échanges commerciaux, ne s'obstinent et ne s'attardent à la culture du riz rpii constitue, sans doute, leur nouri"iture ([uotiilienne, mais qui les laisse exposés, en cas de mauvaise récolte, aux horreurs de la famine. En Indo-Chine, plus que partout ailleurs, mais pour d'autres raisons, il faut lutter contre la monoculture. Or, l'annamite de la Cocliinchine comme celui du Tonkin a converti en rizières presque toute l'étendue du pays. I/i culture du riz a presque doublé de 1880 à 1890 et il a augmenté de 23 0/0 de 1890 à 1897. Dans le Bas-Laos, l'étendue des rizières s'est sensiblement accrue depuis 1893, soit que de nouvelles terres aient été défrichées, soit (jue des champs abandonnés aient été remis en culture ; même observation pouile Haut-Laos bien que les chiffres officiels fassent défaut. En Annam, le riz ne se cultive j)as seulement dans les parties basses mais aussi dans les montagnes dont les habitants se nourrissent presque exclusivement avec le « gao-nè[) » ou riz gluant. Au Cambodi;e la surface des rizières culti\ées en 1897 était de !)8,200 hectares qui produisaient 3,722,000 piculs de riz (1). Eidin on sait (pie le Tonkin \\vc ses principaux reveiuis de ^exploitation des rizières dont le plus grand nonibic (.Ituine jusqu'à deux récoltes j>ar an. Dans les douze juovinci's du
(1) \ln picul ;i^(iU kiloijraninies. Lu inau est une nicsurc du pays (|ui équivaut à 50 ares.
l'agriculture 22r>
Tonkin, les surfaces cultivées en riz dépassent 1,91(5,733 niau. Cette culture pioduit en moyenne 23,936,829 piculs, soit i,44o,784,473 kilog^s de riz et de paddvs. Encore convient-il d'ajouter que la production des rizières duTonkin pourraitètre aui^nientée au moins d'un cinquième à la suite de travaux hien compris d'assèchement et d'irrigation. La consommation locale absurhe une grande quantité de la production, le reste est vendu en Chine, quelquefois même dans l'Inde, à un prix déjà r(''munérateur. Ce prix pourra être augmenté lorsqu'on aura donné au riz annamite l'aspect marchand qui lui manque .et qui le déprécie sur le marché.
A côté de cette production formidable, le rendement obtenu par les autres céréales paraît absolument insignifiant. Pour l'indigène de Gochinchine, le maïs est un luxe et une gourmandise et, d'ailleurs, le climat ne présente pas de conditions bien favorables à son développement. Au Cambodge, la production du maïs et des céréales reste à peu près stationnaire ainsi qu'au Bas-Laos où le maïs n'est cultivé qu'en vue de la consommation locale. En Annam, au contraire, la culture du maïs est extrêmement pratiquée et les indigènes en consomment beaucoup, surtout lorsque le prix du riz augmente brusquement. Le maïs y donne, d'ailleurs, deux récoltes par an.
Enfin, au Tonkin, les indigènes s'occupent activement de cette même culture, mais uniquement en vue de la consommation sur place. Les provinces de Son-Tay et de Thaï-Nguyen sont les centres principaux où pousse cette céréale. Quant au manioc, on ne le trouve guère en Gochinchine que dans les jardins qui entourent les habitations où les indigènes en cultivent toujours quelques pieds. Inconnu dans le Haut et le Bas Laos, à peine soupçonné au Cambodge, il est assez recherché au Tonkin, notamment dans le cercle de Yen-bay. En somme, la culture du riz et du maïs a donné en 1897 les résultats suivants :
226 MISE EN VALEni
leotarcs cultivés
Cochiiichino. . . 8UÎ), 152,1 10 kiloi-s i,U:5'J,921
Cambo(li-e . . . 111,060,000 — 98,200
Tonkin .... 1.445,784,437 — 958,366
Annam .... ? — ?
Bas-Laos . . . 57,000,000
Total. . . 2,512,546,588 kilos 2,096,487
Ànlrcs cultures rivrièi'cs. — Auv culturesque nous venons d'étudier, il convient d'ajouter, en Cochinchine du moins, les cultures marafclièn^s pour la consommation euro[)éenne. Ces cultures, qui absorbaient, en 188U, 38,224 hectares, s'étendent aujourd'hui (1897) sur 39,9o6. Le prog-rès ne paraît pas sensible, surtout si l'on songe que la population européenne du j^ys a sensiblement augmenté; mais il ne faut pas oublier que les marchés de Saïgon sontaujourd'hui approvisionnés par les légumes frais et surtout par les pommes de t^rre venus du Tonkin. Les Cambodg'iens délaissent, au contraire, la cnllnre «les légumes, à l'exception de quelques tubercules indigènes comme la palateet l'igname. Au reste, tous les légumes de nos pays réussissent à. mûrir au Cambodge, mais ils y ont un yoni beaucouj» moins savonrenx. Il lanl faire une exception poni' le haricot (pii non seulement est utilisé pour la consommation, mais encore est exj)orté en grandes «piantités en Cochinchine et juscju'à Singapore. Cette exportation dépasse un millionel demi de kilogrammes. Au Tonkin, de même qu'en Cochinchine, tous les légumes de France se dt''\('lop|»enl avec succès jus«pi'à lin a\'i"il; seul, l'aitichaut n'a pu réussir à s'acclimater.
Il a été fait au Tonkin quehpies semailles de froment sur lesquelles on ne pourra se piononcer (pi'à la saison actuelle. I']nfin la xi^Me a t'ti' plant (''e aux en\ irons d'Hanoï, de Caobang et de Laokay. A Nimli-dinli trois hectares ont ('tt' planli's
l'agriculture 227
avec des ceps français dans la concession Lafeuille, et à Caobano^on a tentéde greffer des l)outures de France sur une vigne sauvage sans qu'on puisse savoir encore quel sera le résultat de cette tentative.
Avant la conquête, la Cochincliine cultivait déjà la canne à sucre, le tabac, l'indigo, le cotonnier, le poivrier, les arachides, le mûrier, le cocotier et la ramie ; nous y avons importé le café, le cacao et la. vanille.
Canne à sucre. — La canne à sucre qui occupe en Cochinchine une superficie de 8.760 hectares (4. .393 en 1880) est d'une qualité inférieure et son rendement est faible parce (pie les champs de cannes sont éparpillés sur de grands espaces et que la canne coupée, bien longtemps avant d'être livrée, perd rapidement de sa qualité et de son poids. Deux usines qui avaient été établies pour traiter la canne (l'une à Bien-IIoa, l'autre aux environs de Saïgon) ont été forcées de fermer leuf^ jtortes après un échec complet. Au Cambodge, cette culture n'existe pour ainsi dire pas ; le sucre y est fourni par un ()almier, le barassus flabeUiforniis,^ dont il se fait un grand usage local et qui est exporté à destination des distilleries de Saïgon. La production est évaluée à 1.000.000 de kilogrammes et il en est sorti par le port de Pnom-Penh pour 24.950 kilog. dans les six premiers mois de l'ainiée 1899. La canne à sucre est à j)eu près inconnue dans le Laos ; mais en Aunam cs'tte culture a pris, surtout sur les terrains d'alluvions, un développement considérable. L'exportation a été, en 1897, de 8.000 tonnes environ, représentant une valeur de 1.500.000 francs. « On « peut donc dire, sans se tromper, que la culture de la canne « à sucre prend, chaque année, un développement de plus en « plus g'rand, et comme ce produit dont l'écoulement est facile « donne un rendementbeaucouj) })lus rémunérateur que celui de « beaucoupd'autres cultures, il n'est pas douteux queles Annace mites ne considèrent qu'il est de leur intérêt de se livrer
228 MISE EN VALEfK
<( plus particuliôieinent à la cullure de la canne à sucre (1 ). » Enfin, auTonkin, la cullure de la canne à sucre n'est jtas négligée. Dans la province de Hung-Yen, mille maù de champs de canne donnent un revenu de iJO.OUU piastres. Elle réussit également à Caol)an<^ et à Laokaj ainsi que le long du fleuve Rouge. (]e produit est vendu en presque totalité sur les marclu's delà frontière chinoise.
Nous avons exposé à plusieurs ^reprises, dans le cours de cet ouvrag'e, les raisons qui nous faisaient désirer cpie la culture <le la canne à sucre ne fût pas développée dans nos nouvelles colonies; nous n'avons donc pas à y revenir.
Café. — Jusqu'à ces dernières années, la cullure du café avait absolumenl échoué en Cochincliine, et ces échecs successifs n'avaient pas surpris ceux qui comparaient le climat sec et torride des pays d'origine du café, comme l'Arabie, par exemple", ;tvec le climat humide de la Cochinchine. « Cependant la réussite des plantations Arcillon et Bertrand, Révilliod et surtout (jiuéry, due à une ténacité digne d'éloges et d'encouragements, semble démontrer (juela question est résolue. Les espèces cultivées sont le Libéria, le Bourbon et le Java (2). » Au contraire, h; café a, dès les premières tentatives, admirablement réussi au (landjodge, et une [)lantation de ."iO.UOO jjieds de café de Libéria, créée en 189o, semble devoir donner d'excellents lésultats. Le café Arabica a également trouvé au Cambodge un habitat qui lui convient.
Le café encore peu répandu en Annam doit prospérei- facilement dans le pays puis(|u'on y trouve de nombreux caféiers à l'état sauvage, spécialement (huis leOuang-Tri etdans leOuangliiidi. Déjà, dans la partie montagneuse du Nghé-Au iOO pieds ont étéplantéset de grandes exploitations européennes sonten-
(I) Noirs l'ouniies par .M. \ . (iliénicux. {"!) Noies rournics par M. \'. ( iliénieux.
l'aguiculture 229
liepiiscs par des Européens. M. Delignon en a planté l'année (lernièie plus de 200.000 pieds et M. Lombard en cultive également un très grand nombre au Ouang-Nam.
Au Tonkin, le café eSt appelé à prospérer puisque, dès 181)8, presfpie tout le café consommé par les troupes d'Indo-Chine était originaire du pays. Tous les concessionnaires ont tenté, avec succès, cette culture qui doit leur assurer, en cas de succès, un large bénéfice. En voici, d'ailleurs, la liste à peu près complète.
Ninh-Dinh, concession Guillaume et Lafeuille.
Hanam, concession Vêlas, 80.000 pieds.
Phuly, concession Guillaume et Borel, 160.000 pieds.
Go-Tuy, concession Gilbert.
Phu-Doan, concession Duchemin.
Hung-Hoâ, concession Verdier.
Dong'-Vang', concession Barbolin.
— concession Bigot.
Kien, chefsoumissionnaire, 20.000 pieds.
Yen-Bay, concession Beauverie, 60.000 pieds.
Bac-Ninh, concession Gobert.
Presque tous les pieds plantés appartiennent à la variété « Grand Bourbon ».
Cacao. — On a essayé dans quelques parties de la Cochinchine quelques plantations de cacao, mais on en est encore à escompter les résultats ; même situation au Cambodge où on n'en rencontre que quelques pieds. Ni en Annam, ni au Tonkin, le cacao n'est rol)jet d'une culture quelcontpie.
Tabac. — Les indigènes ne cultivent le tabac en Gocliinchine ([ue pour leur propre consommation ; cependant cette culture tend à augmenter, puisqu'elle occupe une superficie de 4, "321 hectares alors qu'elle n'en occupait en 1880 que 2,182. Le tabac vient bien au Cambodge, mais il est difficilement lumable ; aussi n'en a-t-il été exporté en 1897 que 2,0)^0 kilogr.
Toutefois, des essais qui paraissent devoir être heureux sont actuellement poursuivis dans la province de Pursat et sur la frontière du (landiodg'e (1898).
Il n'est guère possible de donner un cFiilTre même approximatif de l'étendue des terrains plantés en tabac en Annain, car cette culture n'est entreprise que pour les besoins de la consommation locale et les champs sont, en i^énéral, répartis au milieu des autres cultures. Les deux espèces cultivées de préférence sont : le thuôc-ban, de beaucou]^ la plus estimée et le thuôc-lao, d'importation laotienne. La récolte est yénérah*ment vendue sur pied, à raison de io francs pour 2000 pieds : chaque mau conq)tant i^^ént'ralement 200 pieds et chacpie pied douze feuilles environ, on peut estimer approximativement le rendement de chaque mau planté en tabac, à oOO fr. environ. Il est encore difficile d'évaluer la production moyenne du tab^,c en Annam, mais il est permis de penser que cette culture se développe rég-ulièrement puis(pie l'importation du tabac chinois diminue à chaque statistique nouvelle. Au Tonkiji, les indigènes consonnuent une assez grande quantité de tabac ([u'ils cultivent en plantations éparses et de peu d'importance autour de leurs cases, dans presque' toutes les rég^ions non inondées. Quelques tentatives pour fabriquei- (\u tabac d'exportation ont été faites, non sans succès, à Bao-Lac et à Bac-Kan.
Indiijo. — La culture de l'indigo est à peu près abandonnée en Cochinchine; elle ne se pratique plus guère que sur 877 hectares et au [)rofit des teinturiers indigènes et chinois. Au conti-aire, 7,000 hectares lui sont cousacirs au (iand)odge où cett»* cullure vient imnuNlialeiMcnl après celle (hi coton. Malheureuseuient sa pré{)aralion défectueuse le rend inqtropre à l'exportation et il est tout entier employé' sur- place. L'indigo réussit de nièiiic en Aniiain, dans loul le pii\s «pii s'iitMul de Ouang- Biidi à I)ai-l*hong. Il est si malailroilemenl prépai('' ipie ce produit se vend seuleujent de I IV. "iO à 2 IV. le Uiloiiramme, alors
l'agriculture 23i
que rindig-o sec se vend couramment de 30 à 40 fr. sur les marchés de Londres ou d'Anvers. Le Tonkin pourrait ét^aleinent tirer de cette culture des revenus importants, mais le même défaut amène des résultats identiques.
Coton. — On ne cultive, en Cochinchine, que deux variétés de cotonnier : le cotonnier indigène, appelé Bonç-Sé et le cotonnier de Chine, de qualité supérieure, connu sous le nom de Bong-Taii. 1,690 hectares (231 en 1880 et l,o01 en 1890j sont cultivés en coton et les arrondissements de Bien-Hoâ, Travinh, Tayninh et V^inh-Long semblent en avoir le monopole. « Dans l'arrondissement de Chaudoc, un Européen, M. Reilhac, se livre à la culture du cotonnier vivace. Ce colon a l'intime conviction que cette culture réussirait très bien sur les nombreux coteaux qui bordent toutes les montagnes des cantons cambodg'iens et qui représentent une superficie de plus de 25,000 hectares. » La moyenne de la [)roduction est de 63o kilog-r., ce qui, à raison de 7 fr. le picul, représente une valeur de 70 piastres ou de 168 fr. environ. Au Cambodge, le coton constitue la plus importante de toutes les cultures riches. La production a quintuplé dans les six dernières années et le coton occupe aujourd'hui une superficie de 9,000 hectares. Aussi, de 25,000 piculs en 1891, la production est-elle passée à 135,000 piculs en 1897 et le prix du picul qui était, en 1891, de 2 piastres 50, est monté à 5 piastres 50 pour le coton brut et à 21 piastres pour le coton égrené. Les 9/10 du coton manufacturé par l'usine de Ksach-Kandal sont exportés au Japon. On cultive ég^alement du coton dans le Bas-Laos, mais seulement pour assurer la consommation courante, tandis qu'en Annam il occupe déjà une superficie de 2,237 hectares (pii donnent environ, pour une récolte moyenne. 579,520 kilogr. L'expédition se fait, à destination de la Chine, en nattes de 25 à 30 kilogrammes. Au Tonkin, la culture du cotonnier n'a pas encore pris un grand développement: la province de Nam-Dinh
jtossrde cependant de grandes plantations de cotonnier. On le cultive également avec succès dans les cercles de Bao-Lac et Laokay. Ajoutons, [»our être c()ni[>let, que M. Lateuille a tenté à Phu-Nlioc,avec un certain succès, la culture du coton d'Eg-ypte. Tout ce coton est consommé sur place et n'est pas encore un article d'exportation.
Arachides. — La culture des arachides est à peu prèsabaudoimée en Cocliincliine et les cultivateurs sont obliges de faire venir d'Annam et à grands frais les tourteaux qui leur sont nécessaires comme encrais. Il en est de même au Cambodge et dans le Laos où chaque famille ne récolte que la quantité d'arachides susceptible de lui fournir l'huile nécessaire à la préparation des aliments. En Annam,au contraire, l'arachide se cultive un j)eu partout dans les terrains secs et même rocailleux taudis qu'au Tonkinon ne la trouve, mais eu grande quantité, cpie dans les rég-ions deHacoi, Damha et Moiicay. Il semble, d'ailleurs, inutile d'encourag-er la production de cette plante ; car si le commerce de l'arachide peut être pour certains pays une source de gros bénéfices, c'est à la condition qu'on puisse en exporter des quantités considérables et que lesfraisde transports ne soient pas aussi élevés «pi'ils le sont actuellement.
Cocotier. — Bien que la statistique accuse, en 1897, une superficie de 15,572 hectares plantés en cocotiers alors qu'en 1880 cette superficie n'était que de 2,879, il ne faut passe dissimuler que cette culture est en complète décroissance, d'abord, parce que l'arbre estlaproie d'un parasite qui le tue, ensuite, parce que le coprah a été vaincu par le pétrole. Le Cambodge ne possède pour ainsi dire pas de cocotiers, contrairement à c«' qui se passe dans le Laos où il n'est pas de village qui n'offre quelques s[)écinieus de ces arbres fruitiers dont les produits ne donnent, d'ailleurs, lieu à aucune espèce d'exploitation. Le centre de l'exploitation du cocotier, c'est l'Annam et plus spécialement les provinces de Binh-Diuh et de Bong'-Soù où
LAfiUICULTURE 2I{.'5
existent de véritables forèls de ces arbres dont les fruits sont utilisés par les habitants pour la confection de l'huile de coco. Cotte huile, qui a une valeur marchande de 25 francs environ le picul, est exportée à destination de Hong-Kong- par le port de Tam-quan. Cette exportation a été, en 1898, de 18,6o3 kiloi^s dont 2,810 kilog-s valant 10,583 francs sont partis à destination de l'étranger et 675 kilogs à destination de la Cochinchine. Cette culture doit donc être activement encourag-ée car elle pourrait devenir pour l'Annam la source de revenus importants. Le Tonkin ne possède qu'un petit nombre de cocotiers.
Poivre. — Il existe en Cochinchine deux centres de culture (Bien-Hoa et Hatien ) pour le poivrier qui occupe une superficie de 842 hectares, avec 702,925 pieds donnant environ 820, 000 kilogs (recensement de 1895) dont il a été exporté 692,000. En 1898, année de bonne récolte, l'exportation dépassera un million. Ce n'est pas seulement en Cochinchine, mais aussi au Cambodge, que la culture du poivrier est extrêmement répandue puisque l'exportation, en 1898, a atteint 1,123,021 kilogs représentant pour l'impôt foncier une recette de 45,000 piastres. Cette marche ascendante se marque nettement et sans recul depuis l'année 1892, c'est-à-dire depuis l'époque où la loidouanière a provoqué le transport direct sur la France d'une denrée qui faisait autrefois escale à Singapore. Avant deux ans, le chiffre de la production, étant donnés les plants récemment mis en culture, et par conséquent aussi celui de l'exportation auront triplé et il faudra veiller alors à ce que le manque d'équilibre entre l'offre et la demande ne provoque l'avilissement des prix. Aussi a-t-onle droit de se demander s'il y a intérêt à encourager cette culture en Annam où le poivre ne se trouve g-uère en g-rande quantité que dans la province de Quang-Tri et où les indigènes n'ont jamais appris à en tirer un profit réel. 11 existe cependant un marché du j)oivre à Vinh-Linli mais il
n'est guère fréquenté (pie par les revendeurs du Ouang-Ngaï
Los Cdldiiii's. \ ni. III. ] ;;
234 MISE EN VALEI U
el tle Hué. Rien à dire du Toiikiii (»ù ia ruiliiic du [xiixro os( à peu près inconnue. .
CuDUlchouc. — Si le CiKjutcliouc est inc(innu eu Coeliiueliiiie, on a découvert en Aniiam, il y a trois ou quatre ans, dans les parties les moins fréquentées du protectorat, des lianes à caoutchouc ([uc les indigènes recueillaient (mi abondance sans eu soupçonner la valeur marcfiande. Sur l'initiative de M. Duranlon, résident de la province de Vinh, des rapports d'alFaires se sont établis entre les indigènes détenteurs de caoutchoucet des mai^chands français, MM. Hennequin, Délineauet Pognet, * et le caoutchouc vendu cent francs le picul sur le marché de Vinh s'est revendu trois cents francs à Marseille. Malheureusement la mort de M. Hennequin et le départ de ses associés a suspendu momentanément cette exploitation qui ne peut que donner rapidement à ceux qui en prendront l'initiative de beaux bénéfices. On sait (jue la mission Raoul, organisée en 1807 par le ministre des colonies, avait pour but de cherchera Java des lianes à caoutchouc et d'introduire au Toiddn cette plante qui aur^iit pu, étant donné le climat, apportera la colonie de beaux bénéfices. Malheureusement M. Raoul est mort, n'ayant accompli (pie la première partie de sa mission.
Thé. — La concurrence du thé chinois, qui est incontestablement supérieur au thé auuamite a longtemps empcchiî, les^ colons européens d'entreprendre en grand cette culture qui semblait réservée à un échec certain. Les indigènes de leur côté se contentaient de cultiver à proximité de leurs habitations le, uoud)re de pieds de thé nécessaires à leur consouuiuili<»u. ('epiMidaiil, d('[)uis qu;'l(|ues auu('cs, la situation s'est niodifiée eu Auuam î^ràee aux uiissiouuaires établis dans la province de Ouang-Xam. Aujourd'hui il existe à Phu-Tuong plus de ;i. COU. 000 de pieds de thé, et une grande partie de la récolle est vendue directenieut eu France par les principaux planteurs MM. Louibard et (I''. De l'Aïuiain el i^iàce aux pieds fournis
LAGUICULTUKE 235
par le jardin d'essai de Caobaiii^ la culture du thé sest introduite au Tonkin. MM. Déremond et Peyre possèdent une grande plantation de thé à Ouang-Yen ; le thé de Huny-Hoa est exporté en assez grande quantité à Nam-Dinh et àHaï-Dzuong. Une seule plantation rapporte à son propriétaire une somme de 5000 piastres par an. Cette culture pourra donc avoir un grand avenir lorsqu*^on aura appris aux indigènes à préparer avec plus de soin les feuilles à exporter, de façon à lutter à armes égales avec la concurrence chinoise.
Mûrier. — La culture du mûrier est en pleine décrqissance en Cochinchine où la superficie cultivée est tombée de 3.383 hectares en 1880 à 'J270i en 1897. Il est certain que le bas-prix des soieries venues d'Europe, surtout depuis la loi de 1892, et la supériorité indéniable en cette matière des Chinois et des Indiens rendaient la lutte impossible, aussi la filature établie à Cliolon depuis 2o ans a-t-clle dû fermer ses portes. Il n'en est pas de même en Annam où la culture du mûrier et l'industrie séricicole sont très répandues ; mais « il n'est guère possible de connaître exactement la superficie plantée en mûriers ; car si l'on connaît, par l'impôt, le nombre d'hectares de quelques plantations, un nombre considérable d'arbres isolés et se trou- Aant un peu partout autour des maisons n'est pas imposé et, pur suite, ne compte ni dans les calculs ni dans les statisti(|ues ».
Jute, or lie de Cliine. — Ouehjues essais de culture du jute en Cochinchine et au Tonkin n'ont pas donné jusqu'ici de résultats bien concluants. Cette plante n'a pas non plus une grande importance au Cambodge où on lui préfère l'ortie de Chine dont il est exporté annuellement près de 240.000 kilogr., sans compter les 120.000 kilogr. qui arrivent du Bas-Laos et qui se vendent également sur les marchés du Cambodge. En Annam, le jute est cultivé dans toutes les provinces et le sei'ait davantage si les débouchés ne manquaient pas encore. Toutefois, la culture
23fi MISK EN VALEl U
V est déjà plus avaiici'c qu'elle ne l'était dans l'Inde en 188').
Laque, stick-laque. — La laque est exploitée dans le Bas- Laos qui en exporte une assez grande quantité par Saïi^on ou Ban«-koc, et dans le nord de l'Annam, ainsi que le stick-laque qui est généralement de qualité supérieure à la laque ordinaire. Au Tonkin, cette même culture s'est beaucoup développée dans la province de Hung-Hoa et pourra donner d'ici peu d'assez beaux bénéfices puisqu'un mau planté en laquiers peut l'ournir environ 1 kil. 400 de laque rapportant de M à 12 piastres.
Nous en avons fini avec l'étude des cultures riches (pii réussissent ou pourraient réussir en Indo-Chine. Toutefois, cette étude ne serait pas complète si nous ne citions rapidement la cardamone, dont la culture est très importante au Cambodge qui en a exporté, en 1897, 106.260 kilog. représentant une valeur de 534.485 fr., pendant que le Bas-Laos en produisait, sur le plateau de*Bolovènes, près de 15.000 piculsen 1897 et 20.000 en 1898; la noix d'arec, qui cultivée sur 29.909 hectares (1897) a rapporté à la Cochincliine près de 22.000 piastres ; la badiane que le Tonkin exporte en assez grande quantité sur Hong-Kong et la Chine et enfin le cunao ou faux gambier dont l'Annam a exporté en 1896 1.484 kilog. représentant 71.011 francs et dont le Tonkin développe actuellement la culture.
On le voit, ce ne sont pas les ressources agricoles «pii manquent à notie Indo-Chine. En dehors du riz, du maïs et du manioc, cultures fondamentales et nécessaires aune population aussi dense, nos colonies d'Extrême-Orient peuvent et doivent trouver, avec la colonisation européenne qui liuir apportera des procédés scieMtirKpics cl leur assurera les déboucin-s iudisj)ensal)les, des ressources précieuses dans le café, le cacao, le tabac, le colon, le poivre, le cocotier et le caoutchouc, pour nr citer que les cultures principales. Elles devront abandonner certaines cullures coïKlaiiiiu'es à un ('cliec fatal, telles (pie la cniiiie à su<'re el l'aiacliiile. 1 )r'jà des [»roii;rès immenses ont él('
l'agriciltitie 21^7
accomplis ; chaque année marque un pas en avant. (( Ainsi, y race à des transitions liien ménagées, notre Indo-Chine peut (h'venir une terre d'exportation du riz, du café, des épices, du coton et du thé ; les expériences y sont déjà assez avancées j)our que l'on aug-ure bien de toutes ces cultures; il a suffi, la plupart du temps, après insuccès d'une tentative, fie se porter (»u plus au nord, ou plus au sud, ou plus à l'intérieur des terres, ou plus près de la côte, pour arriver à un résultat favorable et travail 1er ainsi expérimentalement de degré en degré et de nuance en nuance (i). »
Il nous reste maintenant à étudier les richess^ de l'Indo- Chine en pâturages et en bois.
Pâturages et élevage. — Il n'existe pas en Cochinchine de pâturages proprement dits ; les animaux paissent dans les champs, sur le talus des rizières, et cette alimentation insuffisante est complétée par delà fane d'arachide et par du padtty. Au reste, ce pays ne sera jamais un pays d'exportation pour le bétail ; il est entouré de régions beaucoup plus favorisées (pie lui-même sous ce rapport. Mais ce qu'on pourrait facilement obtenir, c'est que la Cochinchine ne fût pas réduite, comme elle l'est aujourd'hui, à faire venir du dehors les animaux nécessaires au travail des champs. Déjà des résultats sérieux ont été obtenus ; le nombre des bœufs, des buffles et des porcs a presque doublé de 1880 à 1897 et cette progression est loin d'être interrompue. Toutefois, il ne faut pas donner les mêmes soins à tous les élevages ; le buffle est plus nécessaire <{ue le bœuf à l'agriculture annamite, le porc est plus estimé que le mouton dans l'alimentation indigène. C'est au troisième rang ([ue vient le bœuf et bien loin derrière le cheval. Or, le nombre des buflles qui était en 1880 de 187,:j90 est aujourd'hui de 2G7,296; celui des bœufs est passé de S9,6o7 à 97,470 ; celui des porcs
(I) Marrel Dubois, Ihilicti» rh la Soriètr et Kconom'n' politique iinlinnole.
21^8 VirSE EX VALEUR
(le 573,566 en 1800, à 865,008 efi 1897;.pnfin les"'chevaux .[ui n'étaient encore on 1880 que 4,o05 sont-aujourd'liui 5,780. On le voit, Va question d'avoir deslinffles eiî qiiaiilité suffisante domine en Cocliinchine tonte i'ayricultnre. "C'est, pour la colonie, une question vitale. (( Peut-être serait-il saçe de sepféfrc-: cuper dès rnaintenani de l'introduction du havail mécani(|ue dans certaines opérations, le dépiquau;e, par exemple, qui retarde en ce moment l'apparition des riz sur le mgirché.. » Pas plus que la Cochinchine, le Cambodge n'est un pays" de pàturag-es, et les indigènes y sont à ce point indifférents qu'il -a fallu interdire l'ahatlage des vaches et bufflonnes par des arrêté^ du gouverneur g^énéral. Cependant, depuis trois ans, deux colons ont consacré leurs soins à l'élevage, et leur troupeau comptait, au mois de juillet 1808, 81 5 tètes de bétail cantonnées sur une concession de 650 hectares que ces colons ont couveitie en pâturag-es. 1/élevage j)eut donc être au Cambodge une source de revenus et de richesses puisque, sans prairies el sans sélection, il existe déjà dans ce pays plus de 60,000 têtes de bétail, dont 6,000 ont été exportées en Cochinchine pendant l'année 1808 et 6,000 vers Singapore.
Nous avons constaté qu'il n'existait pas de terrains réseivés à l'élevage en Cochinchine et au Cambodti^e ; il en est de même poui- le haut cl le bas Laos. SeulemenI il existe dans le Bas-Laos d'immenses plaines herbeuses qui pourraient, avec (piehpu's améliorations, en tenir facilement lieu. En 1808, ou estimait (jue les troup(\iux du Laos conqitaienf : 1 5,000 i)^«''>Fs, 25,000 buffles, 1,000 clicvaux et 350 éléphants. Ck\ comme les ' indigènes ne consomment pas de viande de hienf, tous les aninjaux sont vendus au dehors. Il v a d(»nc là une source tle revemis (pi'ij convient de ne [)as ouMicr. Il en est de même jjour le liant-Laos où les troupeaux ont (Mé nt-tii-lig-és par lc>> habitants au point ([n'il faut mainlenani les reconstiluei' |iaiun cei'tain nond)re de mesures locales telles (|ue l'interdiction
L AGHICUL'rrRE 239
absolue créxpQrlecles'ïeménes (1898). Constatons, d'ailleurs, (jne le commerce «des \>œufs et desbnffles a pris, depuis trois ans, une certaine importance dans la région de Vien-Tianc et commence "à naftre dans celle de Liiang-Prahang-.
î^e •■qu'on pourrait appeler les pâturages de l'Annam sont d<' \astes espaces, des terrains stériles, des landes sur lesquelles ne poussent que de mauvaises herbes impropres à la culture. Sur ces terrains séjournaient autrefois de nombreux troupeaux, jams la peste bovine a détruit, depuis deux ans, les deux tiers environ des animaux qu'utilisaient les agriculteurs annamites. ,0a a essayé de remplacer le buffle, qui est la véritable béte de somme et de bât dans toute l'Indo-Cliine, par des bœufs et même })ar des chevaux, mais les résultats obtenus ont été extrêmement médiocres, bien que depuis deux ans les Euro-
..péens aient commencé à se préoccuper de l'élève du cheval et que des dépôts d'étalons aient été créés en Annam. Le ^orc joue un rôle important dans l'alimentation locale et constitue un élément incessant d'échange entre les régions de la plaine et celles de la montagne. Les Annamites en exportent également un graufl nombre à destination de Singapore et de la Chine. Les moutons suppléeront peut-être un jour à l'insuffisance de la viande de bœuf, mais les essais, en ce sens, sont encore trop restreints pour qu'on puisse en tirer une conclusion raisonnée.
Ce n'est guère que dans la partie du Haut-Tonkin ([ue l'élevâg-e est réellement possible. Malgré quelques essais d'herbe de Para qui avaient bi(Mi réussi, ni les indigènes ni les colons ne semblent s'en préoccuper beaucoup. C'est à peine si deux colons, MM. Bigot et Duchemin, ont tenté l'installation de jumenteries qui n'ont d'ailleurs donné que des produits mé-
, diocres ; il en est de même de la jumenterie sul)ventionnée de lIung--Hoa. Comme dans toute l'Indo-Chine, les buffles pour les travaux des champs et les porcs destinés à l'alimentation
240 MISE i;.\ YALtUll
sont assez nombreux ; mais mille part l'élevage n'est prali(jiié en yiand. encore (jwe les districts de Caobany;- et de Laokav sendjJent présenter les conditions de climat, de végétation et de salubrité nécessaires à la réussite d'une entreprise de ce g^enre.
Ainsi donc l'Indo-Chine n'est pas un pays d'élevag-e,et il faut n-connaitre que ni la Cochinchiue, ni le Cambodge, ni le Tonkin ne semblent favorables à l'élevage t(^l que nous le comprenons dans la métropole. Au contraire, l'Annam et le Laos seraient naturellement désig-nés pour être des pays où le bétail })Ourrait se multiplier en vue d'une exportation rémunératrice. Les buffles et les porcs semblent être les animaux dont il importe d'encourag-er la reproduction.
Richesses forestières. — 2,0o9 hectares en Cochinchine (bois de Gô, de Tràc, de Sao, etc.); d'immenses forets au Cand)odu(' au^ioint que l'exportation des bois à destination de la Cochinchine a rapporté, à la colonie, sous forme de droits de sortie, près de 72,148 piastres; de belles essences de bois précieux (Mai-Ivhany-, Mai-Xchompa, Mai-Puei, etc.) non exploitées au Bas-Laos et dans le Haut-Laos ; de belles forêts en Annam qui disparaissent progressivement devant les délVichements entètt-s des Ainiamiles (bois de Tech, bois de rose, pin, l)and)ou, rotin, cainielle, etc.), mais dont les derniers ^estig■es seront sauvés par une ordonnance royale interdisant l'abattage des arbres et la coupe de certaines essences ; i()(J,OUU hectares environ au Tonkin de bois de teinture el d'ébénisteriedans les districts de Ouam;-Yen, Lang-Son, Cao-Bang, Tuyen-Ouan, Laokay, t^ho-Bo, Son-Tay et llai-Dzuong-, telles sont approximativement les richesses forestières de l'Indo-Chine. 11 est certain (pie, sauf au Tonkin où les droits de sortie perçus sur les bois onl atteint, en lHÎ)i, ;}:},481 piastres (8(l,:i;ii fr.) et en 1890, 43,209 (10."i,70I fr.), l'exploitation n'est ni méthodi(pie, ni très rémuiit'ratrice. Mais c'est affaire à l'adminislralion de
montrer aux indigènes les profits à tirer de la vente des bois et le danger de détruire systématiquement ces richesses naturelles. Déjà des projets ont été réalisés ; il y en aura plus encore le jour où se seront établis des marchés rég'uliers et où les voies de communication permettront d'amener vers la côte et vers la Chine les bois de teinture et d'ébénisterie.
Il s'en faut cependant, malg-ré les chiffres que nous avons cités, que la mise en valeur de l'Indo-Chine soit terminée ; il reste des terrains en grand nombre qui attendent des capitaux, des bras et des débouchés. La superficie totale de la Cochinchine étant de 5,980,000 hectares, d'après les évaluations du cadastre, on n'en comptait g-uère que 913,210 qui fussent cultivés, alors que 5,576,080 paraissaient susceptibles d'être mis en culture. Cinq ans plus tard, la culture n'avait conquis que 68,000 hectares sur les terres en friche (exactement 981,744 hectares cultivés) eten 1898, il n'y en avait encore que 1,129,354. On voit donc qu'il existe encore d'immenses réserves à distribuer et la valeur ag'ricole de la Cochinchine pourrait donc être quintuplée. L'absence de documents ne permet pas d'évaluer avec la même précision les progrès accomplis au Cambodge, bien que ces prog'rès soient indéniables ; mais là encore les espaces offerts à l'ag'riculture indigène ou à la colonisation européenne présentent une superficie très étendue. Il en est de même dans le Bas-Laos où les 9/10 des terres étaient en friche en 1893 et où 13 aujourd'hui est actuellement cultivé, et moins bonne encore dans le Haut-Laos. La superficie des teires exploitables y est restée sensiblement la même, depuis notre prise de possession qui remonte, en réalité, à 1896. On peut estimer qu'elle est d'environ 1/3 de la superficie totale. La superficie des terres cultivées représente environ 18 des terres exploitables ; les 7/8 restant sont en friche ou en forêts.
Dans le delta du Tonkin, il n'est pas une parcelle de terre
([iii iH' soit exploitée par les indioènes pour la culture du riz. Aussi sur 2,688,999 hectares qui constituent la superficie totalr du Tonlvin, il n'en est (pie 147,478 qui soient restés en friche. Dans le Haut-Toidvin les terres mises en valeur sont moins considérables, mais la culture y conquiert chaque année des milliers d'hectares, ^ràce aux concessions qui s'v multiplient et dont la superficie égale à l'heure actuelle (1899i j)rès de 10o,477 hectares. Ces concessions cpii étaient au nombre de deux en 1888 sont actuellement au nombre de 2i auxquelles il convient d'ajouter 48 demandes en instance, dont la plupart ont reçu ou recevront une solution favorable,
« Au début de leur entreprise, surtout s'ils ne possèdent pas de i^ros capitaux, il faut que les colons prennent [)our base de leur exploitation agricole la cultui'e du riz qui présente moins d'îiléasque les cultures industrielles, telles que le coton, le café, le tabac, etc. Les revenus presque certains qu'ils tirent de leurs rizières assurent la sécurité de leur exploitation au début, et leur permettent de s'a<lonner à des essais de cullnre d un ra[tp()r! généralement plus rényinérateur, mais, dans une certaine mesure aussi, plus aléatoiie et à plus longue échéance. A cette considération s'en joint une autre (pii n'est pas de moindic \aleiir : les l'ainilles annamites (pii sont viMiiies se fixer sur la concession et (pii y vivent dans une sorte de nu'tayage, constituent mu' main-d'œuvre plus ou moins solidement attachée au sol et à la(|uelle le conc«vssionnaire peut a\(»ir lecours p(»ni' [»rati(pM'i' les cnllnres auties (pu- le ri/.. .Iiisipi'à ce jour, ceux (pii ont us('' de ei'tle mi'thode n'ont en (pià s'en {"(Mici ter ( 1 ). »
« Ecoutons un antre témoin : « Un colon cpii dispose, pai' « exemple, dun eajiital de 20(J,000 fr. devra consacrer 00,000
(I) N oii' \'icl(H' (ilK'nipux, .Xotcs manuscrites.
l'agkicl'lture 243
« francs à la culture et à la vente du riz et 140,000 à celles
« du tabac, du coton et du thé, suivant les régions où il se
« trouve. Ces 60,000 fr. lui rapporteront au minimum 20 0 0
« net, c'est-à-dire 12,000 fr., somme très grandement suffi-
« saute pour vivre fort bien dans le pays. Les 140,000 fr. res-
« tant auront pu être intégralement affectés à l'établissement
« d'une plantation importante de tabac, de café ou de tout
« autre produit dont le colon peut légitimement espérer de
« très beaux bénéfices au bout de quelques années (1). » Faisons
la part des mauvaises années, des accidents inévitables, et nous
n'en arriverons pas moins à cette conclusion que le cultivateur
intelligent, actif, disposant de capitaux suffisants, trouvera en
Indo-Chine et en Annam une vie large et des bénéfices bien
supérieurs à ceux que ses capitaux lui auraient assuré dans la
métropole.
COLONIES DE l'oGÉAN PACIFIQUE
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE l'ocÉANIE
On s'accorde généralement à reconnaître, bien que les documents précis fassent défaut, que le quart de la superficie totale des îles Tahiti et Moorea est cultivable, ce qui donne environ 2.J.000 hectares pour Tahiti et 3600 pour Moorea.
C'est vers 1862 que des encouragements ont été donnés pour la première fois aux agriculteurs et que des produits comme*le coton, le café, le tabac, le sucre et la vanille ont, en dehors des végétaux spéciaux à la colonie, fait leur apparition. Sous le gouvernement de M. de la Richerie (1863) qui l'avait puissamment encouragée, l'agriculture réalisa de grands progrès. 100.000 francs furent alYectés à son développement. Grâce à cette impulsion, des plantations de café et plusieurs grandes
(1) La Cofoniunlion frrinrriixe en Annam Plan Tnnkin, par Joleaud-Barral."
244 MISE EN VALEIU
plantations de cocotiers furent créées à cette époque et n'ont cessé de donner des résultats depuis. C'est aussi depuis lors (pie le coton de Tahiti a été apprécié sur les marchés européens où il fut exporté en g-rande quantité (2.500.000 francs en 1865 et 18G6) grâce à la guerre de Sécession. Les essais, faits en même temps, de la culture de la canne à sucre surune superficie de quinze hectares donnèrent de médiocres résultats quant au rendement mais excellents quant à la qualité. Les quinze hectares n'ont fourni que 21.400 kilog. de sucre, soit environ une tonne et demie })ar hectare. La faute en était aux moyens de culture employés, juiisfjue la même plantalion, exploitée par d'autres, donne aujourd'hui environ sept tonnes à l'hectare sans aucun engrais. Cette culture n'a, d'ailleurs, jamais été complètement délaissée, mais elle a failli disparaître. L'importation des sucres étrangers (Fidji, Oueenslai|d, etc.) avait atteint de telles proportions que les planteurs découragés ne faisaient plus guère que du rhum qui, fat)ii([ué en trop grande abondance, se vendait lui-même fort mal. En 1887, la chambre d'agriculture s'émut de cette situalion et après de longs débats préconisa comme remède l'établissement d'une taxe protectrice fie l'industrie sucrière. La taxe fut votée, puis supprimée parce que son caractère douanier exigeait l'intervention de la métropole et enfin rétablie m 1802. Il est hors de doute fjue cette taxe a permis aux cultivateurs de canne d'améliorer leur matériel et de réaliser des j)rogrès tels que la récolte qui avait été en 1892 de 24.200 k. atteignait, dès 1804, 1 12.030 kilogr., 100.080 Tannée suivante et 170,000 kilogr. en 1808. Les nouvelles cultures entreprises j)einiettent de penser (ju'en 1Î)00 la récolte dépassera 200.000 k. Mais une fois ce chiffre atteint, la prospérité de cette culture lie pourra guère s'augmenter, à moins (pie la consommalion locale n'augmente elle-même, car le prix de icvient du sucre taïtien n'en pcriiiel jtasencoi-erécoulement siii'd'aiilres marchés.
L \GRICULTUKE :245
Eu ce qui concerne les autres cultures, le {)reniior recensement sérieux ne date que de 1884. Il établissait (jiu^ la superficie cultivée était de 32.j5 hectares dans lesquels les cocotiers figuraient pour 2279, ce qui en laissait seulement 976 pour les autres cultures. Après les cocotiers, on pouvait citer le coton qni occupait 467 hectares, mais la culture en a été abandonnée depuis. Le tableau dressé, en 1884, donnait les chifFres suivants :
Cotonnier 467 hectares.
Cocotier. ..... 2279 —
Canne à sucre .... 74 —
Caféier 27 —
Tabac 5 —
Vanille 81 —
Maïs 39 —
Fourrages 50 — ^
Vivres cultivés . . . 223 —
Légumes 10 —
Total. . 325.5 hectares.
Les, orangers qui ne figuraient pas à ce recensement en tant que superficie couverte, parce que ces arbres croissent à l'état naturel et sont disséminés un peu partout, avaient cependant fourni à l'exportation 7,000,000 de fruits représentant une valeur de 175,000 fr.
Un autre recensement fut ordonné en 1891, mais il n'est pas complet puisfju'il n'a porté que sur les plantations dont hvs propriétaires ont demandé l'inscription, ce qui a laissé en dehors toutes les autres, dont quelques-unes ont une réelle importance. D'autre part, il ne donnait aucun renseignement sur les cocotiers et les prairies artificielles capricieusement espacées, n'ont pas permis à la Commission d'en mesurer l'étendue. D'autres cultures, comme celles du tabac, du cacao,
i Moorea
Ensemble
298 hectares
709 hectares
240 MISE E.\ VALELK
des ananas, ne figuraient dans le tableau que sous la rubrique « cultures diverses ». Les autres cultures visitées se répartissaient ainsi jiour les deux îles :
Tahiti
Coton 129
Vanille 180
Café il
Canne à sucre . . . 133
■ Cultures diverses . . 1(5
Total
Depuis cette époque, la culture du coton est en décroissance régulière; la vanille, par contre, a quadruplé, g-râce à la hausse qui s'est faite depuis 189o sur ce parfum ; le café a doublé pour la m^^ie raison, ainsi que la canne à sucre. Le nombre des plants de café et de cacao délivrés, depuis quatre ans, par le Jardin l\aoul, prouve que les cultures du café et du cacao se développent à Tahiti. Sous les auspices de la Chambre d'ag-ricullure, une plantation de café et de cacao, dirigée suivant les méthodes rationnelles, a été créée à deux kilomètres de Papeete.
Quant à la culture des céréales proprement dites, elle est, en réalité, inconnue à Tahiti. Celle du riz a été tentée autrefois, mais ces essais ont été coûteux et n'ont pas été renouvelés. Le maïs vient bien et les récoltes sont abondantes. Quand les conditions sont favorables, la récolte se fait cent jours après le semis. Cette récolte devrait d'autant plus se développer qu'elle poiii rait restreindre, sinon arrèlei', l'inqiorlalion de l'orne (pii coûte à la colonie en\iron (JO,UOO fr. par an.
Iles Manjuises, Gambier, Sous-Ie-Vciil, 'riKiiiKilii, 'riihiiai, Iiapa,elc. — Toutes les cultures (|ui r/'ussissent à Tahiti j)ourraient réussir da?is ces archipels ; mais le coton et le café ont totalement absorbé ratlenlion des agriculleui's, sauf aux (!am-
L'Acmcir/ruRE 247
hier où toute la population s'emploie à pêcher la nacre et à Tuamotou où les indigènes ne font que du coprah. Les îles Tuhuaï et Rimatara produisent exclusivement du coton.
Telle est la situation actuelle. En somme, les productfons agricoles ne rapportent pas aux Etablissements français de rOcéanie autant que le permettraient les aptitudes du sol. En 1897, le coprah, qui est la principale culture, n'a rapporté que G8(), 041 fr. pour 3,430,209 kilogr. exportés; la vanille, .4,375,480 fr. pour 34,387 kilogr. Il n'a été expédié que 134,497 kilogr. de coton. Les autres cultures sont à peu près insignifiantes.
La raison en est qu'il est difficile de lutter contre les habitudes d'oisiveté des indigènes qui trouvent, sans aucune j)eine, dans la mer et sur les arbres fruitiers qui poussent sans culture, tout ce qui est nécessaire à leur subsistance. Le remède consisterait peut-être dans l'établissement d'un impôt sur les terres en friche. Les populations indigènes qui aiment tant leur sol travailleraient, dans la crainte d'en être dépossédées.
(( Dans le but d'entraîner la population par l'exemple, l'administration a fait créer, sur différents points de Tahiti, de Moorea et des lles-sous-le- Vent, de petites plantations modèles qui, espérons-le, produiront inie impression heureuse sur les cultivateurs de ces îles et les inciteront à secouer leur traditionnelle apathie. A ces jardins d'essai sont adjointes des pépinières qui ont pour objet de fournir aux habitants de ces archipels des plants de cultures préconisées. Des créations (hi même genre seront placées incessamment dans l'archipel des Marquises dont les riches et excellentes terres conviennent n)erveillcusement aux cultures du café et du cacao (1). »
(1) /ia/ipnrf du (jouremeur ffes Efnfil/'sseinenfs frnnrnix de t'Orénnie, août 1S!»8.
Élevage. — Il n'y a ni à Tahiti ni à Moorea d'élevage proprement dit. Les chevaux sont de petite taille, mais robustes et capables de fournir de longues courses. Comme ces chevaux, produits de croisements opérés au hasard des rencontres, s'abâtardissent de génération en g-énération, la Chambre d'ariculture vient, [)ar un vote lécent, de solliciter de l'adminis-
tration une réglementation visant à la sélection des étalons. Les bœufs sont assez nombreux, les moutons réussissent fort mal à cause de l'humidité des terrains adoptés pour le pàturag-e de ces animaux. Cependant le mouton dit Leicester de la Nouvelle-Zélande parait être celui qui s'acclimate le mieux dans la colonie. La race porcine est très répandue, mais la plupart des porcs vivent encore à l'état errant.
Voici d'ailleurs les chiffres obtenus par les recensements de J884etde 1897.
Chevaux 1197 -2:V2i)
Anes 7 7
Mulets 44 aO
Béliers et brebis . . 427 'M 1
Taureaux, bœufs, j ^3^^ ^^^^^ vaches et g-énisses |
Porcs 11.128 0436
La situation est donc nian\aise cl pourrait Facilement de\enir meilleure. Les moyens propres à développer l'élevag-e consisteraient <lans une taxe prohibitive sur le bétail étranger et l'amélioration des moyens de transport dans les districts de Tahiti.
C.iiHin'i's l'<n'('slières. — Il n'existe aucune (Wploilalion foicslière dans la cohjnie, non (pie les essences exploilablcs lassent défaut, mais à cause de la diriiculli' des trausj)oi-|s. La
l'agrigultire 249
roloiiie pourrait, en effet, fournir des bois précieux, el pourtant, en dehors des courbes de puraii qui sont expédiées parfois en Amérique et utilisées dans la construction des navires, les I)ois ni' sont l'objet (jue d'un commerce très restreint, pour ne pas dire nul avec l'étrang-er. Tout est donc à faire à Tahiti en matière d'exploitation forestière.
En réalité, et nous aurons l'occasion de le démontrer, le développement de l'ag-riculture dans nos établissements de la colonie (comme d'ailleurs celui de l'industrie et du commerce) n'est qu'une question de lig-nes de navit>ation qui relieraient directement la colonie à San-Francisco, d'une part, et à l'Australie d'autre part. Le jour où ce service aura été organisé, il est hors de doute que Tahiti se transformera avec une incroyable rapidité.
LA NOUVELLE-CALÉDONIE
« Le sol de la Nouvelle-Calédonie n'est pas d'une remarquable fertilité. On n'en tire de bonnes récoltes qu'avec beaucoup de labeurs. Le colon cultivateur ne doit pas compter sur une fortune rapide, mais sur une aisance qu'il acquerra par le travail (1). » Il s'en faut, en effet, que les 2.000.000 d'hectares qui constituentsasuperficie soient propres à être mis en valeur. Il y a de vastes espaces inutilisés et inutilisables. On peut classer, en somme, les terres de Nouvelle-Calédonie en six catégories : « 1" Un peu plus de la moitié de la surface (environ l. 000. 000 d'hectares) se compose de terrains improductifs, mais dont une partie cependant pourrait peut-être se reboiser. 2° 120.000 hectares à peu près se composent de forêts exploitables. 3° 400.000 hectaies pourraient convenir aux pâturages. 4° 100.000 hectares de terrains sédimentaires de ([ualité infé-
(t) JcanntMiey, La Nouvelle-Calédonie agricole.
Los Colonies, vol. III. Ki
rieurc pourraient être utilisés pour les cultures les plus rustiques (manioc, haricot, céréales). 5° Prcsde 2o0.000 hectares pourraient, en outre des terrains de la catégorie précédente, servir surtout à des plantations arbustives (olivier, vig-ne, caféiers, arbres à fruits, mûriers, etc.). 6° Enfin 43.000 hectares de terres d'alluvions sont aptes à recevoir la charrue et peuvent conduire toutes les plantes dont la culture est possible dans l'île (1). » La colonie, on le voit, se trouve placée dans des conditions très particulières, et l'absence de fertihté naturelle explifpie l'échecde beaucoup des expériences (juiyontété tentées.
Telle fut aussi l'opinion de M. Feillet, dès son arrivée dans la colonie, en 1894 : « Pour que la Nouvelle-Calédonie puisse asseoir sa prospérité d'une manière durable, disait-il, il faut ([u'en dehors des mines qui doivent rester une des g-randes industries du pays, elle s'appuie sur deux autres industries, ag-ricoles celles-là : l'élevag'e et la culture du café. »
A l'élevage et au café il faut peut-ètiv ajouter les forêts qui semblent destinées à devenir une des richesses de la colonie. Le rapport de Tardy de Montravel, eu 18.'J4, exagérait même les ressources en bois de lile, puisque douze ans plus lard les services de la colonie s'approvisionnaient encore de bois, à des prix exorbitants, en Australie, en Nouvelle-Zélande et même aux Elats-Lînis. Bien (ju'uu grand nombre d'essences forestières soient utilisables (textiles, tinctoriales, plantes à essence résineuses, etc.) les forêts de la baie de Rony sont jusqu'à présent les seules dont on ait essayé de tirer parti, (lomment s'en étonner quandon sait que l'exploitation des bois ne sera possible qu'à condition de pouvoir transporter à la côte les bois abattus (pii ne trouveront que dans les ports ou à proximité des acheteursà un |)rix r(''miU)(''fat(Mir ? (Test donc une riclirsse en n'-sei've jionr l'avenii'.
(I) .Notices (;<,I,)tii:il.-s (le ISXÎI.
l'a(;ricultl're 2o1
« Il existe bien peu de plantes alimentaiies qui soient absolument inconnues ; mais il en est beaucoup sur les([uelles l'attention ne s'est pas portée... L'/{/»rt/y?e est, paraît-il, une excellente plante féculente dont les colons calédoniens ont le tort d'abandonner la culture aux Canaques ; elle peut remplacer le pain. M. Vieillard trouve (|ue ce tubercule n'est « guère inféli 'ur à la pomme de terre », et M. Seeman déclare « qu'il peut être considéré comme la meilleure racine alimentaire qui soit au monde. En choisissant les variétés convenables, en leur appliquant les procédés de culture savante qui ont transformé tant d'autres lég-umes, il n'est pas douteux que l'igname ne demeure une ressource pour les colons calédoniens » (1). Toutefois, M Feil.let a cru devoir mettre en garde les cultivateurs contre les dangers de cette culture qui pourrait donner des mécomptes ainsi que celles du maïs, des haricots et autres plantes qui réussissent, sans doute, fort bien, mais « qui n'«nt jamais permis la création d'une richesse durable, ainsi qu'on peut en juger par les centres pénitentiaires » (2).
D'une façon générale, tous les légumes d'Europe viennent en Calédonie pendant la saison fraîche ; ils n'ont pas la saveur des nôtres, mais peuvent parfaitement en tenir lieu. Avec eux poussent la patate douce introduite dans l'île dès 184)^, puis le manioc et le topinambour. Mais, pour toutes ces cultures, il y a très \àte surproduction et baisse des prix (à certaines années, le prix de la tonne est tombé à 60 fr. pour les haricots et il est souvent fixé à 100 fr. ; le maïs a varié de 100 à 22?) fi.)- I^e plus, ce ne sont pas des articles d'exportation bien que les j)lanteurs calédoniens aient profit à le vendre en Australie dès que le cours dépasse à Sydney le prix de 12 fr. oO les 100 kil. C'est pour cette même raison que jamais les céréales n'ont
(1) Aug. Bernard, Z,'.4rt7(/y>e/ de la Nouvelle-Calédonie.
(2) Discours de M. Feitlel au Conseil (jénèval, 18!)8.
2o!2 MISE EX VALEUR
été sérieusement cultivées en Nouvelle-Calédonie, sauf en vue (les besoins locaux : le riz, qui réussit assez bien maly^ré l'absence (l'iiuniitlité, le sor^'ho et le blé. Peiulant longtemps il a paru prouvé ([ue le blé ne pouvait venir en Nouvelle-Calédonie. Mais des essais tentés par M. Perret, eu 1881, puis repris eu 1887, sur les pénitenciers de Bourail, Fouwbari, Koé et Ducos ont partailenient réussi, puisque le blé d'Australie à paille rouge a donné 38 hectolitres à l'hectare et que Torg-e du même pays a rendu 4.j hectolitres. Il y aurait, si cette expérience se confirmait, un profit évident à s'aHranchir du tribut payé à l'Australie pour la denrée la plus indispensable. Il ne s'ag-it pas évidemment d'exportation, mais, dans la mesure de la consommation locale, la culture du blé doit être entreprise, si elle est possible.
Pour les cultures à fruits, de uondjreuses plantations ont élt; fai(i2S, mais sans beaucoup de méthode, puisqu'on a introduit à la fois les arbres des pays tropicaux et ceux des pays tempérés. A côté des arbres indigènes, tels que le bananier et le cocotier, l'ananas a assez bien réussi sans ([ue sa culture ait pris une extension quelconque, pas plus, du reste, que celle des pêchers et orang'ers qui restent une exception. La plantation d'un vig-noble à Koë (1) n'a donné <pie des résultats curieux et non j)roductifs, et il a fallu renoncera l'espoir de s'atï'ranchii- du tiibut australien pour l'achat du vin de table.
M. Feillet préconise, dans son dernier rapport, la culture en grand du manioc [)our la fabrication du tapioca.
Les essais de cidtures industrielles n'ont pas été conduits bien loin, parce (|u'on s'est beaucoup trop préoccupé d'imiteil'AusIi-alie, sans tenir couq)te de la diUÏMcncc des sols et des climats. Ni le iiiiuicr, ni le coton, ni le labac (jiii bfi'ilc mal ne
(I) Un coldii, .M. Ai-riic, s'csl rrciMiiiiii'iil livri- ;iii clos de .Mdiili-jvcl à une série d'expériences Irès iiit('Tessan(es sur l;i ciilliirc de hi vit;ii(' cl la l'abricalion d'citu-de-vie de \in.
l'agriculture 253
ronstituenl des ressources importantes pour la colonie, bien «jue toutes ces plantes puissent réussir dans telles ou telles conditions données. Mais il y a loin de ces essais spéciaux de grandes plantations qui fourniraient un élément appréciable d'exportation. Il en est de même pour la canne à sucre qui existait dans l'île avant la conquête. Dès 1859, quelques colons avaient de belles plantations de cannes. Des espaces relativement considérables lui avaient été consacrés autour de Bourail et alimentaient l'usine de Bacoftya. La crise sucrière a ruiné cette culture dans son enfance. Cependant l'usine continue à fonctionner et des essais de plantation de canne ont été reprisa la Dombéa et à Bourail.
Restent, en définitive, l'élevage et le café.
L'élevag-e a été une des premières industries essayées en Calédonie. « Paddon, le doyen des colons calédoniens, pratiquait l'élevage à Saint-Vincent; en 1859, il y avait, d'après Rochas, environ 1,000 têtes de bétail. » L'élevag-e le plus pratique a été celui de la race bovine; les moutons et les chevaux sont restés assez peu nombreux. En 1890, on comptait (recensement officiel) 102,000 têtes de bêtes à cornes; la race ovine 11,400; la race chevaline 3,000. En 1898, on évaluait le nombre des bêtes à cornes à 140,000, les moutons à 13,000 et les chevaux à 4,200.
(( La colonie consommant annuellement 1,500,000 kilo- Hiammes de viande, les bêtes à cornes étaient devenues beaucoup trop nombreuses pour les besoins du pays ; la création d'une usine à Gomen-Ouaco, pour les conserves de viande et produits accessoires, a ramené les troupeaux à un chiffre normal. » L'établissement de Ouaco a exporté des produits et dépouilles d'animaux pour un chiffre de 1 million en 1889 et de (i35,000 fr. en 1891. Toutefois, on peut affirmer que l'histoire
(1) Auçustin Bernard, np. cit.
MISE EN VALEl'K
(le r(''lt'vag-e en Nouvelle-Calédonie [leiit être considérée, au début, comaie l'histoire d'une véritable erreur géographique. Toujours par inntation servile de l'Australie, on a laissé les troupeaux errer à l'aventure ; faute de surveillance, ils ont envahi les cultures canaques, ce qui a amené l'insurrection de 1878 ; faute de soins, ils ont été décimés par les épizooties. Pour laisser aux troupeaux de vastes espaces, on avait, tout d'abord, accordé aux éleveurs de grandes concessions, alors que le régime de la petite propriété peut seul convenir à la mise en valeur de la Nouvelle-Calédonie. On ne réussira donc qu'en aménageant les pâturages, en les entourant de barrières, en améliorant les races, en cherchant à obtenir non la viande de boucherie, mais les vaches laitières, el en ne négligeant pas l'élevag-e du cheval qui pt)urrait fort bien réussir. L'administration actuelle a, d'ailleurs, rompu avec les anciens erreniCTits, et, depuis 1894,1a situation à ce point de vue s'est sensiblement améliorée.
Aujourd'hui, la petite concession, la petite propriété est la règle en Nouvelle-Calédonie. Seule, la petite colonisation doit entreprendre avec succès la culture du café, parce qu'elle demande des soins constants et une surveillance attentive (jiu* ne peut s'exercer qu'autant (pie le colon [)ourra, cha(pu' jour, j)arcourir sa propriété, c Partout où la mairi-frceuvre n'est pas surabondante et à vil prix, la culture du café doit être limitée comme étendue au nombre d'hectares ({u'un propriétaire peut activement suiveiller hii-nième (I). » Aujouiirinii la sut lace consaci'ée à la cultiii'e du café dans la colonie est de 2,800 hectares en\ii'()M et cette superficie se répartit entic !)00 ])lanlati(>ns. C'est peu, si l'on songe ([u'elle j)Ourrait dépasser 17,000 hectares. Mais il ne faut pas oublier <\uo le mouvenuMil de colonisation dont bénéficie cette colonie n'a yuère coni-
(I) l''cill('l, Discoiim (111 Conxcil ijihifi-al, IS'.IS.
mencé qu'en 1804. La majeure partie de ces plantations occdpe les vallées basses. Il existe cependant d'importantes plantations en coteaux, à une altitude de 100 à 200 mètres, etd'autres à 4 et oOO mètres d'altitude.
La variété en faveur est le café moka. Des essais peu heureux ont été tentés avec le café Libéria. On commence aussi, mais avec plus de succès, quel([ues plantations de café Leroy, d'origine bourbonnaise, qui est bien plus hâtif dans la colonie (pu^dans son pays d'origine. Quoi qu'il en soit, la production du café a atteint :
Kn I<S*.)i. . . 157 tonnes représentant une valeur de :274.000 fr.
Ce dernier chiffre est inférieure ce qu'il devrait être parce que bien des planteurs font des réserves en raison des prix actuels qui ne rémunèrent pas suffisamment le travail du colon calédonien (1).
La petite concession est donc la règle mais cette règle comporte des exceptions. Sans parler de grands propriétaires de la côte ouest, on peut citer l'exemple du grand propriétaire de Hyenghéné et de Tipinjé. « La culture du café a enrichi beaucoup de gens, non seulement en Calédonie o.ùelle est d'ailleurs relativement récente et où surtout elle ne s'est répandue que depuis peu d'années, mais partout où elle a été tentée ». Il est bien certain toutefois qu'on ne floit pas se consacrer exclusivement à la culture du café, denrée sujette à des baisses
{[) Qiipsfinniiain' di' VOfficp rnlnnial (Exposition de oatVs).
et à des dépréciations momentanées qui pourraient ruiner le colon imprévoyant. Or, il semble qu'il y a une culture aussi riche et aussi avantageuse et qui a, en outre, lavaulai^e de pouvoir se combiner avec celle-ci : le caoutchouc. M. le gouverneur Feillet a rapporté de France 10.000 g-raines de céara qui ont été distribuées par les soins de l'Union agricole calédonienne.
A de rares exceptions près, toutes les graines levées ont prospéré; les arbustes déjà g-rands ont très bien résisté au cyclone, et tous les colons qui ont fait des essais se déclarent pleins de confiance dans cette culture. Le caoutchouc de céara doit réussir en Nouvelle-Calédonie parce qu'il n'a pas besoin du climat très chaud et humide qui est la condition nécessaire de succès des autres espèces. La vanille pourrait, elle aussi, donner à ce qu'il semble des profits assez rémunérateurs.
^Vinsi la Nouvelle-Calédonie est un pai/s de petile cnllure, un pays de pelits paysans propriétaires. On n'y trouve qu'exc 'ptionnellemant de grandes étendues de terres cultivables, réclamant des capitaux im[)ortants, mais on y voit de nombreux terrains de su[)crficie modeste, pouvant recevoir une g-rande quantité de familles, abritées dans les petites vallées. Il ne faut jamais oublier (pie la Calédonie, morcelée à l'infini, appelle le colon laborieux, et non l'entrepreneur de culture.
CONCLUSION
Telle est dans sou ensemble la situation agricole des colonies françaises. On voit qu'en dehors des cultures vivrières «pi'il faut (Milrcteuiravec soin et (pii occupent parfois une Irèsg^rande suj)erficie parce qu'elles doivent nourrir une population particulièrement dense, le sol se prête à de nombreuses cultures {loiil les produits reciierchés sur les marchés européens pour-
l"a(;uicultlre 257
raient et devraient, dans des conditions normales, enrichir et la colonie où ils sont cultivés et les colons qui en entreprennent l'exploitation. Mais, pour atteindre ce but, il faudrait que sans revenir au pacte colonial, la métropole prît l'habitude d'acheter à ses colonies les produits qu'elle demande par routine aux étrangers. C'est ainsi, par exemple, qu'en ce qui concerne les cafés, la France n'achète à ses colonies que le IB*^ du café qu'elle consomme ; c'est ainsi encore qu'en 1897 nous avons acheté aux colonies pour 20.000.000 de francs de caoutchouc, alors que nous eu achetions à l'étranger pour 81.000.000; nous pourrions citer de même les bois exotiques (2.000.000 à nos colonies, 20.000.000 à l'étranger,) l'indigo (.300.000 fr. pour nos colonies, 9.000.000 pour l'étranger). Or, il ne tient ([u'à nous que cette proportion soit renversée et elle doit l'être; c'est une affaire de courant, d'habitude et aussi de modifications de droits de douane que nous aurons à examiner. Maif si l'on veut que nos colonies prospèrent, que les cultures se développent, que nos colons ou s'enrichissent ou gagnent largement leur vie, il faut leur en fournir les moyens ; et ces moyens, il ne dépend que de nous de les fournir.
Il faut ensuite lutter énergiquement contre la spécialisation des cultures dont presque toutes nos colonies donnent le fâcheux exemple. La monoculture doit fatalement amener la ruine d'une colonie, même si elle a assuré, pendant un temps plus ou moins long, sa prospérité. Qu'une baisse vienne à se produire, qu'un marché se ferme brusquement, et voilà une colonie ruinée. Il ne faut donc pas que l'Indo-Chine s'obstine dans la culture presque exclusive du riz, la Guadeloupe et la Martinique dans celle de la canne, la Nouvelle-Calédonie dans celle du café. (( Les cultures multiples, alors surtout qu'il s'agit de plantes tropicales d'un rendement riche, mais sujettes à des maladies, peuvent seules constituer une garantie de réussite parce (ju'elles assureront au planteur un revenu animel régu-
258 MISE KN V.Vl.tUR
lier (1).)' Il faut (l(tiic,à coté de la culture fondamentale, [)ro[»r(^ à chaque colonie, recliercher d'autres cultures riches (jui pourraient, en se combinant et par l'alternance des hausses et des baisses, assurer au colon une ample rémunération de son travail.
Il faut enfin guider le colon dans ses recherches et substituer aux cultures empiriques une mise en valeur rationnelle et vraiment scientifique. Ce sera l'œuvre des jardins d'essai, non jardins d'ayi^rément et de promenades, mais jardins munis de laboratoires de chimie et d'observatoires météorologi([ues, dirigés par des spécialistes capables d'étudier les maladies parasitaires, comme aussi de distribuer aux colons les plants nécessaires à leur exploitation (2).
A ces trois conditions indispensables, l'aj^riculture doit donner dans nos colonies des résultats compensateurs des. sacrifices consentis. Ces résultats, ils ne sont pas encore acquis, mais, depuis dix ans, les progrès accomplis ont été immenses, et la mise en valeur d'un empire de trente millions de kilomètres n'est pas l'œuvre d'un jour.
« Flien n'est plus absurde (jue l'opinion d'un certain iioinbK^ de g'ons (|ui voudraient des résultats immédiats et toujours heureux. Une maison de commerce qui ouvre une nouvelle branche d'affaires ou qui s'adresse à une clientèle nouvelle, subit presque toujours au début ({uelques mécomptes et fait quelques écoles. A plus forte raison, la colonisation ([ui est un phéiK)mène beaucoiq) plus conq)lexe i[ue le simple trafic, doitelle s'attendre à des insuccès de temps à antre. Le tout est qu'ils ne prennent pas les proportions de désastres irrémédiables, (pi'ils aient des couqtensalions, et (piOu marche toujours
(1) <ù'ucM'al (iiillit'iii.
(2) GcttP question si iicliicllc îles jardins d'ossai ilciiiaii(lci'ail àrtrc lontçucment traité»; mais M. Hemi LcconUr lui ayant consacré, avec son indéniable coni|)étence, de ioni>s développeinenis dans son mémoire, nous ne pomons <|m'v riMuriyei' le Icclenr.
l'a(;uicultl:iie 2.j*)
vers le même but, la mise en exploitation d'une vaste contrée barbare, en en approchant g-raduellement, fût-ce lentement et même avec quelques reculs momentanés (1). »
SUPERP^lCIES CULTIVEES EVALUEES EN HECTARES