‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 18 sur 72 · LA GUYANE · texte numérisé non relu

LA GUYANE

(V La (luyane, a-t-on dit, est le pays de l'or. Dans un rapport adressé, en 1898, au ministre de l'instruction publique, M. Levât, ingénieur des mines, a très nettement expliqué le mode de formation des gîtes aurifères de la Guyane, Suivant lui, il y aurait deux zones aurifères, très nettement séparées l'une de l'autre et disposées symétriquement par rapport au granit. 11 suitw de là (pie la recherche des placers doit s'exercer, non pas uniquement en suivant les alignements généraux des plissements montagneux du pays, mais plutôt en s'attachantà suivre les lignes de contact du granit et des roches schisteuses ou gneissiques. Il a également constaté que la'' présence de l'or coïncidait toujours avec celle de roches éruptivesquiont comme résidtat constant d'accompagner l'or dans ses gisements tant j)rimitifs que Secondaires. Ces zones aurifères se traduisent sui" les rivières par les parties calmes de leur cours; et c'est dans ces parties qu'il convient d'établir le degrad. Enfin, «quand on a trouvé un placer donnant une teneur payante, il faut prospecter immédiatemciit non seulement la rivièi-e roulant en sens inverse

qui |)iend sa source daus le uiônie massif que le cours d'eau prospecté mais aussi toutes celles qui sortent du même massif, appliquer, en un mot, la formule de la disposition rayonnante des placers. ^ Une partie du métal précieux exploitable se trouve dans un produit de décomposition secondaire de la diorite guyanaise, nommé la Roche à Ravets. Le traitement de la roche à ravets consiste, d'ailleurs, en un simple broyage par des meules, genre chilien, suivi d'une amalgamation directe. Mais l'exploitation des roches à ravets et desfdonsde quartz aurifères n'est pas facile dans un pays privé totalement de moyens de transport, au point qu'il est, pour ainsi dire, impossible d'amener sur place le matériel de broyage. Cette exploitation ne prendra une grande importance qu'avec l'établissement d'une voie ferrée. Elle sera alors particulièrement rémunératrice puisque certaines de ces formations contiennent jusqu'à 300 gr. par tonne, alors qu'au Transvaal le quartz est exploité av§c bénéfice à partir de 200 grammes par tonne. Certains travaux ont déjà été tentés au placer « A Dieu vat » qui appartient à la compagnie Saint-Elie. Un autre essai d'exploitation a été également tenté sur un gisement quartzeux, affleurant dans la Crique Blanche, affluent de l'Orapu, mais ces essais n'ont pas encore donné de résultats définitifs.

De ce qui précède il résulte que la roche à ravets et que le ((uartz aurifère constituent pour la Guyane la richesse de l'aveuir, richesse incalculable, si on songe que des recherches dans le filon en profc/hdeur ont donné au placer Saint-Elie jusqu'à 81)0 et 1000 francs par tonne. jMais en attendant qu'une maind'œuvre suffisante, des voies de communication rapides et des capitaux abondants rendent possible cette mise en valeur industrielle, l'or alluvionnaire est, pour ainsi dire, le seul qui soit régulièrement exploité dans les placers de la Guyane.

L'or recueilli à la Guyane est généralement très pur, puisqu'il contient à peine 3 à 10 0 0 au maxinuim d'argent, et abondant,

'Mi) MISE EN VALEUR

piiis(jiie certaines bâtées (loimciil :{0, 40, oO et quelquefois 100 i»Tammes d'or; mais les procédés employés sont encore très défectueux.

Le procédé employé pour le lavage est encore le sliiiee (plan incliné simple) composé généralement de trois dalles de quatre mètres ajustées boni à bout et quelquefois deux seulement avec amalgamation de mercure.

« Cinq personnes occupent généralement un chantier de trois dalles, deux piocheurs qui cliarg-ent tour à tour l'instrument et ne peuvent passer ainsi plus d'un mètre cube de ;çravier dans une journée de huit heures; deux autres ouvriers sont occupés à débourber sur les dalles et à enlever les crosses roches, et un cinquième, placé à l'extrémité, travaille à retirer le sable et à entretenir l'écoulement de l'eau (1). »

Avec une pente suffisante et en réglant bienla quantité d'eau, Ifs mineurs expérimentés ne laissent pas échapper plus de .") 0 0 de l'or fin, et un peu plus, quand la î^laise est collante et se délaie difficilement. Dans ce dernier cas, il arrive souvent • pTil faut ralentir le lavage el procéder au bricolage, suivant l'expression usitée des mineurs. Ouand les dalles sont plus nombreuses et à condition d'avoir la pente nécessaire (ce qui se ])roduit quand on fait sa prise d'eau à flanc de montagne) on [M'ut augmenter le nond)re <les ouvriers.

« Dans le chantier de trois dalles réduit à sa plus simple expression, la première dalle appelée dalle de prise d'eau et les deux tiers de la seconde servent audébouiba^e et à l'enlèvement des grosses roches. Là se trouve la première placjue d'arrêt, ('/est devant celte première placpie, la j>lns im[)ortante, (jue se lient le conlre-maîlre du chanlier (pii y entretient le mercure nécessaire el veille plus piulicnlièrement, en lagitant sans cesse de bas en liaiil avec la main, à ce que la couche de

( I) ( idinii'iMii, Xoti's m;iiM;sci-il('s.

sable et de fin j^ravier ne durcisse pas. Ainsi l'ofentiaîné par son poids «glisse plus facilement sur le fond de la dalle contre cette première plaque où il s'arrête ets'amalg-ame. Plus bas se trouve le rifle, cuvette en fonte carrée et plate, divisée en compartiments obliques et parallèles. Lerifle sert à arrêter (^t contenir l'amali^ame trop fin échappé à la première plaque (I). »

La (( production » est levée tous les soirs. Pour procéder à cette délicate opération on arrête le chargement des dalles et on diminue d'un tiers la prise d'eau. Quand il ne reste plus devant les plaques que le sable fin et l'or amalg'amé, on réduit la prise d'eau à un mince filet, on relève les taquets qui retiennent les plaques et on pousse l'amalgame dans le rifle dont le contenu est versé dans un seau en bois à demi plein d'eau.

Ou tend alors un carré de linge de coton mouillé sur la bâtée et on verse sur ce linge le contenu du seau en bois ; puis on relève les bords du linge et on tend les plis de haut en ba». Le mercure filtre au travers, et seul, l'or amalgamé reste au fond avec quelques grains de sable et quelques gravats que l'on enlève par un dernier lavage dans la bâtée. Puis on emporte, pour la chauffer, la production de la journée (2).

On voit combien ce procédé est primitif et combien les ouvriers, même les plus habiles, laissent échapper d'or utilisable; c'est au point que l'on peut repasser jusqu'à trois fois dans les criques les jilus riches. Et pourtant la production ne cessedes'augmenter ! On a débuté à Cayenneavec une production annuelle de 70 à 80 kilogif. d'or, et on a atteint maintenant le chiffre de 3000 et 4000 kilog. D'après le cône de l'",20 de diamètre sur 2'", .')0 de hauteur (pii, à l'exposition de la Guyane, donne une représentation visible de la ([uantité d'or extraite jusqu'à ce

(1) Coudreau, op. ci(.

("2) Nous avons tenu à donner une description assez détaillée de ces njiéralions, parce que le procédé usité à la Guyane est le même (|ii'à Madagascar et dans l'Afrique occidentale française.

joiw des placers de la Guyane, cette (juanlité serait en 100(1 de 35.000 kilog-.Or cet or natif se vend à Cayenne à raison de

2 fr. 80 le j^ramnie pour la poudre et les pépites et de 2 fr. 90 pour les ling-ots. Il est coté sur tous les marchés d'Europe de

3 fr.iO à 3 fr, 13 en moyenne; ce qui représente au bas mol une valeur de 83.250.000 francs.

Uuelles sont les exploitations les plus importantes et les plus productives ?

I. Exploitations de la Placer Saint-Elie (jui a produit 6.524 kil. -i, d'une rivière Sinnaniary. valeur de 21.07U.ill fr. (1897) ; placer Dieu- Marie.

II. Placers de la Placer Maripa qui a produit 11 000.000 de francs

Comte. d'or. Placer Bief ^moyenne mensuelle : 10 ki-

los, d'or). Rivière Comté (le lit même de la rivière) donne des teneurs de 0 fr. 10 à la bâtée (13 fr. le mètre cube) affluent Bagot.

Et, remarquons-le, on n'a encore exploité que l'or alluvionnaire, les filons n'ont pas été attaqués et le marteau du prospecteur n'a pas encore sondé les roches des monts Tumucllumac qui tiennent peut-être en réserve d'immenses champs de métal. D'autre part, la sentence de l'arbitre, dans le contesté franco-brésilien nous attribuera sans doute les riches placers du Carsevenne et des rivièreS'parallèles. C'est donc une grande exploitation ([ui se prépare lorsque les voies de communication (chemin de fer étudié [)ar M. Levai), la main-d'œuvre (la [)oj)ulation est restée jusqu'à présent, presque^' stationnaire), et un outilla^'-e spécial permettront de mettre au jour l'or caché dans les sables et les roches de la (jîuyane.

11 se pourrait aussi que des métaux autres (pu: rorxinsseul réconq)enser le travail des mineurs. Des gisements d'argenl uni ('|(' autrefois exploités [)ar les I lollaiulais à reinhoiicliiire (lu lleiive Ovapoc et paries Fran(;ais sur l'initiative de M. (hd'errolles; d'aulrcs i> îles ont été signalés sur les liords du (^.amopi,

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et partout où l'on exploite l'or, on trouve, par surcroît, des (laces d'argent. Le bassin de la rivière du tour de l'île recèle du mercure; celle de Sinnamary, du manganèse. Une mine de cuivre a été signalée aux portes mêmes de Cayenne, et le platine a été rencontré dans le lit de plusieurs rivières. La Guyane est également riche en pierres précieuses, notamment en topazes, grenats et améthystes. Enfin le fer existe partout eu Guyane. Si les gisements de houille signalés tout récemment à Roura, à Maroni, dans l'île de Cayenne et dans le bassin du Carsewene ont vraiment les dimensions qu'on leur prête, ce serait une prodigieuse prospérité que l'avenir réserverait à notre colonie. « Loin d'être arrivée au terme de la « période initiale, commune à tous les pays favorisés par la « présence de l'or, période caractérisée par l'exploitation des « placers, la Guyane n'est encore qu'au début de cette époque, « caractérisée par l'écrémage des placers riches, au moyen de <( procédés tout à fait primitifs. Ces placers riches ne sont que (( très partiellement explorés, et il est indubitable que, sauf « dans la zone immédiatement limitrophe des rivières navi- <( gables, il existe des quantités de gisements riches, qui n'at- « tendent que la création de moyens de communication pour « être immédiatement mis en œuvre (1). »

(i) E. Levât, op. cil.

Les Colonies, vol. III. "IQ

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