I. INDUSTRIE
GMAnKLOUPR
Sans être aussi grave ({u'à la Martiiii(|uc dont, nous étudierons plus loin la situation écononii(jue, celle de la Guadeloupe a beaucoup soulï'ert de la mévente des sucres et de la difficulté de se procurer les travailleurs qui lui étaient nécessaires. Cependant l'industrie du sucre et de ses dérivés, rhums et tafias, bien qu'elle ne soit pas extrêmement prospère, livre encore à la consommation et à l'exportation près de 39,625,662 kilogrammes de sucre et 4,320,857 litres de rhum et de tafia. Ces industries ont fait dans le passé la fortune des grandes hahilations, mais elle est devenue plus importante encore avec la création des usines centrales dont les produits sont bien supérieurs en quantité et en qualité à ceux des anciens établissements. Ces usines sont au nombre de 20, et les plus importantes sont celle de V Arbousier, k Pointe-à-Pitre, l'usine Bleyichet, dans la commune du Morne-à-eau ; les usines Beauport au Port Louis, Duchassaing- au Moule, de Metz au Grand- Bourg, etc. Quelques usines pour la mise en pâte du roucou ou pour le bonifiage du café sont fréquentées par les producteurs qui ne possèdent pas à demeure l'outillage nécessaire et apportent là leurs récoltes. D'autre part, bien que la pres- (pie totalité du cacao récolté dans l'île s'exporte et qu'une petite quantité seulement soit réduite en pâte par les producteurs eux-mêmes pour la consommation locale, il existe à la Guadeloupe deuj: petites fabriques de chocolat. La colonie, plus riche en cela que sa voisine, possède aussi plusieurs tanneries dont la plus importante est celle de M. Colardeau, une distillerie qui appartient à M. Desgrang-es, etenfin une fabrique de boissons gazeuses et de conserves d'ananas récemment installée par M. Satis.
Il est étrange de constater que dans un pays forestier comme la (luadeloupe, personne n'ait encore songé à tirer parti, pour
la l'aUrication du papier, des matières fibreuses cpi'il serait cependant facile de se procurer à très bas prix, ni à exploiter les bois de construction, sans doute d'un accès difficile parce qu'ils sont disséminés dans la forêt ou sur la nionlat;ne, mais dont l'exploitation sur place empêcherait les habitants de l'île de demander aux Etats-Unis la presque totalité de leurs matériaux (1). On le voit, si on excepte les fabriques de sucre, la (iiiadeloupe ne possède pas d'industrie. Il est vrai que j)res(pie toute la population indigène vit de cette exploitation unique en travaillant, soit dans les champs de canne, soit dans l'intf'rieur des usines, et quelquefois même, suivant les saisons, alternativement dans les deux chantiers. Malheureusement, à la suite de la crise ouvrière, le salaire journalier est tond)é à 1 fr. .'iO, ce <pii est certainement insuffisant et ne rémunère pas le travail (pi'on demande aux ouvriers. Ajoutons, toutefois, que c'est surtout par le moyen d'ateliers permanents d'immigrants que les grandes piopriétés entretiennent leurs cultures, alors (jue la main-d'œuvre dans les fabriques, généralement mieux rétribuée, est fournie par les ouvriers et les journaliers indigènes. Mais il est évident ({u'avec le salaire même maximum qu'ils touchent et la cherté des denrées indispensables à la vie, (•herl(' due à réh'valion du change et à la nécessité de lutter i'onirela concurrence des indigènes venus des Indes An:;laises, la situation de l'ouvrier reste [)récaire et digne d'intérêt, sans (jue pourtant cette situation soit aussi g^rave et aussi iiupiielante que dans l'île soisine. l'^Ile pouri'a m,vme s'am(''lior'er mais il faudra pour cela, car nous en revenons toujours à la même qiu'stion, (jue la Guadeloupe cesse de se consacrer à une industrie unitpie dérivant, d'ailleurs, d'une culture unique, S(»iirce (le toutes les crises écon(»mi(|ues.
(1) I^c's liahilaiilsdc Siiiiit-.Miirlin (•\|)loil('iil assez rryiilii'-rciiuMil (iiiclqucs salines et utilisent la terre à polerie dont il existe îles couches assez étendues pour la labricalioii de poteries communes.