I.A M.VHTI.MOUK
Il est incontestable que l'Industrie de la Martinique traverse une crise douloureuse et dont il est difficile de déterminer exactement les causes, ou plutôt dont les causes sont tellement complexes qu'il est extrêmement délicat d'expliquer comment elles réagissent les unes sur les autres. Il est certain qu'avant 1884, les travailleurs de la Martinique touchaient un salaire qui valiait entre 1 fr. 60 et 2 fr. .'50. Ce salaire, à la suite de la crise sucrière, est successivement tombé à 1 fr. puis à 75 centimes, ce qui est absolument insuffisant et ne rémunère pas le travail fatii^ant des ouvriers. Le taux élevé du change le tliminue encore et il est trop souvent payé en monnaie conventioniiellc nommée gaydous, c'est-à-dire en jetons d'une valeur de ^ 10 et l.j centimes. La situation était d'autant plus mauvaise pour les travailleurs de la Martinique qu'ils avaient à lutter contre la concurrence des Indiens qui étaient ens^agés par les j)ropriétaires et qui consentaient à travailler à des prix dérisoires. D'autre part, les usiniers ont eu à subir, dans les dernières années, de grosses pertes et leurs dettes se sont accrues dans des proportions considérables. Aussi l'exploitation des usines a-t-elle été pendant longtemps ruineuse pour ceux qui l'avaient entreprise. C'est ainsi que, l'intérêt légal élant de 8 0 0 à laMartinif^ue, deux usines seulement dépassent ce taux et aucune autre ne l'atteint. Dans leur ensemble, les dix établissements industriels n'ont pu servir à leurs actionnaires (pi'un intérêt moyen de 5 fr. 29. Hâtons-nous d'ajouter, toutefois, que la situation est redevenue meilleure depuis deux ans, ipic les bénéfices ont été plus g^rands, et qu'à la suite d'arbitrages, le salaire des ouvriers a été relevé de 25 0/1) dans certaines régions de l'île et de 50 0 0 dans d'autres, sans
324 MISE EN VALEUU
préjudice des caisses de prévoyance et de secours, dans lesipielles les propriétaires ont engajçé 5 O'O de leurs bénéfices annuels. Cela ne saurait suffire et la situatpon sera ;^rave tant que le salaire des ouvriers n'aura [)as atteint l'ancien taux de 2 fr. à 2 fr. 50, qui leur est nécessaire pour faire face aux besoins les plus pressants de la vie. On voit combien le conflit est difficile à résoudre. D'un côté, des usiniers qui ne vivant pas du capital engagé ont eu recours à une réduction de salaires, de l'autre, des ouvriers qui, réduits à des salaires insuffisants, réclament une au^;-mentation proportionnelle aux bénéfices réalisés depuis deux ans et qui après avoir soullert quand les affaires périclitaient, un traitement meilleur alors que les affaires reprennent une certaine activité. Et cet antagonisme inévitable est d'autant plus fâcheux que, sans les ouvriers qu'ils emploient, les usiniers ne pourraient même pas ^aire enlever les cannes au moment de la récolte et que, sans les usines, l'exportation de la canne ne serait plus possible et que les salaires agricoles seraient, par cela même, supprimés. Cette situation a nui singulièrement (est-il besoin de le dire?) à la prospérité de la Martini([ue et, si elle s'est légèrement améliorée depuis quelques mois, le problème n'aura de solution (pic par \(' patriotisme des uns et la générosité des autres.
Les principaux établissements industriels consacrés à rexj)loitation de la canne sont au nombre de douze à la Marti nicpie, savoir : l'usine de Bassignac, celle de la Trinité, de Sainte- Marie, d(; Robert, de Fran<;ois, de Lamentin, de Petit-Bourg, de la I\ivière-Salé«*, du Marin, de la Basse-Pointe, de Simon et des Tiois-Rivières. En dehors de l'industrie sucrière,exislel-il (huis la colonie d'autres industries importantes? Evidemniciit non, tout le travail industriel étant concentré dans les usines à sucre ou de tafia. Pouilant oncomjiteà la Marlini(|ue six l)ri(pieleiies dont les produits sont achetés par la clientèle
l'industrie 325
locale, près de quarante chaufonrneries, une fabrique de chocolat qui travaille sur place le cacao des Antilles, une de vermicelle, une minoteiie et seulement deux scieries mécaniques alors que les forêts de l'île pourraient fournir la matière première à un bien plus grand nombre d'établissements de ce genre dont les propriétaires réaliseraient certainement d'importants bénéfices. En somme, il en est de l'industrie comme de l'ag-riculture. La Martinique ne vit que par et pour le sucre, et voilà pourquoi il importe que la solution de la crise industrielle dont souffre aujourd'hui la colonie intervienne à bref délai.
LA REUxNION
Voici encore une colonie où l'industrie s'occupe presque excRisivement de la transformation de la canne en sucre, en rhums et en tafias. Cette industrie serait plus importante si la maind'œuvre ne faisait défaut et ne mettait les industriels dans la nécessité de ralentir leur production. Il existe à l'heure actuelle dans l'île quarante usines à sucre, vingt-six fabriques de rhum, deux cent trente-neuf appareils distillatoires à essence, et trois féculeries. Ces usines appartiennent à cent trente-huit propriétaires. Quant aux produits manufacturés par l'industrie familiale, ils ne sont pas très nombreux. A Salazie, les femmes et les*enfants travaillent à la préparation delà paille (le chouchou aveclaquelle ils fabriquent des corbeilles, deschaj)eaux et divers autres objets qu'ils vendent aux étrangers de la station thermale. La feuille de latanieret celle du vétiver sont utilisées à la confection de chapeaux qui, malheureusement, ne s;' vendent guère et ne procurent aux ouvriers que des revenus très faibles. Sig^nalons enfin qu(? dans la commune de Sainte-Rose, et surtout au Bois-Bhmc, les femmes et les en-
32(5 MISi: KN VAKF.UK
tants liiriil un utaiid parti dos feuilles de vacoa. Ces feuilles sont employées à la confection de sacs d'eml)allai»e pour les sucres. Le sac de vacoa est même la monnaie courante dont usent les habitants de la localité. Le commerçant indien, arabe ou chinois, l'échanine au gré du fabricant contre une denrée quelconque. La feuille du pandanus est ég^alement utilisée à la confection de nattes très recherchées par la classe pauvre. Cette natte représente bien souvent à elle seule [oui le mobilier <le rindien et du Cafre.