‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 23 sur 72 · AFUIOLÎE OCCIDENTALE ET CONGO · texte numérisé non relu

AFUIOLÎE OCCIDENTALE ET CONGO

La vérité est (il ne faut pas la dissimuler) ([u'il n'existe aucune industrie ni au Coui^o ni dans Tx^frique occidentale, sauf dans quelques villes de la côte ; encore cette industrie estelle rudimentaire etn'a-t-ellepour but que de fournir aux habitants les objets de première nécessité. « Il existe cependant à Kayes une briqueterie, une presse à huile et une machine à i^lace installées avec la participation officielle. L'unique commerçant européen de Kayes a créé d'abord une boulanj^erie, ensuite une fabrique d'eau de seltz et de limonade i^azeuse. Ces deux installations donnent déjà d'excellents résultats et il serait à désirer que l'exemple de ce commerçant fût suivi par plusieurs de nos compatriotes. »

Le travail des artisans indigènes s'applique donc exclusivement à la fabrication d'objets utilisés dans le pays. Dans la région du Cavally, au témoignage du capitaine Blondiaux « le commerce le plus actif est celui des étoffes de coton, « fabriquées dans le pays, et du sel ». « Les deux industries « de la région du Bandama sont le tissage du coton et la « teinturerie de l'indigo, 11 faut noter aussi la fabrication de la vannerie grossière, de nattes, de poteries usuelles », et aussi la construction de pirogues d'une forme spéciale et destinées à circuler du nord au sud de la rivière. Ces renseignements confirment en partie ceux (pi'avait donnés Marchand dans son rapport de 18î).j. « Plus au sud, les habitants des (( bords du Sassandra ne fabri([uent pas de pannes, si ce n'est « en écorce d'arbres; ils font peu de poterie et point d'huile; « ils n'ont ni [)Oudi"e d'or, qu'ils ne connaissent nu'me pas, ni

« d'autres métajuix ; de loin en loin, ils lécollent quelques dents « d'éléphants. » Plus au nord, M, Alby raconte <( que les indigènes des Bouloum se livrent à l'industrie de la tannerie, des peaux de chèvre et de mouton, et qu'à Ouang^ara, l'industrie du tissag^e et de la teinture des étoffes de coton occupe beaucoup de inonde. » A Boussouriina, la fabrication la plus usuelle est celle de la bière de mil. Le même M. Alby signale qu'à Ouangara l'industrie du fer est très active. Sur les bords du Niger, c'est aussi l'industrie des pagnes de coton et de la teinture d'indigo. Ces pagnes, connus sous le nom de « pagnes de Ségou », se fabriquent un peu partout, mais plus particulièrement à Bammako. « Le long du fleuve, dans l'ombre bleue des grands arbres qui toujours marquent une ville ou un village, on voit installés les tisserands qui, doucement, font courir la navette. » En somme, quelques ouvriers rudimentaires pour l'extraction de l'or, quelques forgerons, beaucoup de tisseurs, pas mal de teinturiers, quelques fabricants d'huile et un certain nombre de tanneurs, voilà tous les ouvriers du Soudan et du Niger. Les aptitudes des populations se sont adaptées à celles de leur pays : c'est l'agricultuie qui règne en maîtresse dans l'Afrique occidentale, c'est elle qui inspire le travail et qui arrache, par la nécessité de vivre, les indigènes, à l'oisiveté si chère aux peuples noirs.

Il n'y a donc pas grand chose à attendre de ces peuplades qui s'en tiendront vraisemblablement toujours à leurs travaux grossiers. Seule l'initiative [uivt'e [)Ourra créer au Soudan quelques élablissciments industriels avec chances de succès. Ainsi les industriels français pourraient utiliser sur place le coton indigène jK>ur l'ouinii' les étoffes nécessaires à la consommation locale. H seraitde même facile d'entirprendre la fabrication des huiles végétales diverses, notamment l'huile d'arachide et l'hiiih; de coton. « L'arachide coiUe à Kayes nu)itié moins cher' ([u'à Saint-Louis ; c'est diic rinltMcl ([ii'ij v aiirail à la liailcr sur

l'industrie 321>

place. Une usine d'huile ne demande pas d'ailleurs d'installation bien compliquée ni bien coûteuse : l'exemple du service du cliemin de fer qui en a créé une petite pour ses propres besoins est là pour prouver (pie l'entreprise est aisée. Enfin la vente et l'utilisation comme combustible de tourteaux recueillis viendraient encore en déduction des (Vais d'exploitation (1). » Une autre industrie qui, d'après M. Lagrillière-Beauclerc, est également appelée à prendre dans ces contrées une g^rande importance est la fabrication de l'alcool de g-rains, « Le D'' Calmette de (( l'Institut Pasteur de Lille aurait trouvé avec l'aide de deux (( chimistes du Nord un ferment, « l'Amjlomyce », permettant (( d'éviter, dans la fabrication de l'alcool, l'emploi des malts « et des acides, et avec lequel on obtiendrait des grains un « rendement bien plus considérable. Or comme le mil et le maïs (( poussent presque partout au Sénégal et au Soudan, une « industrie qui s' j installerait pour distiller de l'alcool de grai#s, « pouirait réaliser des bénéfices d'autant plus élevés que la « matière première y serait peu coûteuse (2). »

Mais l'installation d'industries prospères en Afrique sera toujours très difficile à cause du manque de houille. Il es! impossible de songer à utiliser le charbon d'Europe qui revient naturellement très cher; d'autre paît, le bois de chauffage fourni par les forêts à proximité d'une usine serait bien vite épuisé. Il faudrait donc, avant d'entreprendre des essais sérieux, utiliser les chutes d'eau en vue de la production de l'électricité. Ta;*t (jue cette question n'aura pas été résolue, l'indusli'ie n'exis(ei"a pas.

(1) llappovt (lu ijéiuiral de Trciili niait. (:2) P. l^craucoapi'ct, op. cil.

Les Colonies, vol. III. -I

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MADACJASCAR

Pas plus que dans l'Afrique occideutale, l'industrie n'existe à Madasi^ascar. Là encore, il faut escompter les promesses de l'avenir et ces promesses seront bien incertaines tant que l'existence de la houille dans la g-rande île n'aura pas été officiellement démontrée, ou tant que le problème de l'utilisation des chutes d'eau n'aura pas été résolu. C'est, d'ailleurs, l'opinion du général Galliéni lui-même : « Madag-ascar offre de nombreuses ressources pour la fabrication d'entreprises industrielles ; mais ces entreprises exigent, pour leur mise en œuvre, du temps et des moyens de transport faciles et peu onéreux ; la courte période qui s'est écoulée depuis la pacification des régions où des essais industriels avaient été commencés par la population indigène et l'organisation administrative économique du pays ne permet donc pas de donner aujourd'hui des résultats (i). w Actuellement à quoi se borne l'industrie européenne, en dehors bien entendu de rexploitalion des gisements aurifères? Pour mieux comprendre combien peu a été fait au regard de ce qui pourrait être tenté, rappelons sommairementque Madagascar pourrait fournir aux colons les éléments nécessaires à l'exploitation des bois, à la fabrication des briques, à celle du sel, à la métallurgie et à la sériciculture.

L'exploitation des bois? Il est évident (jue cette industiie ne prendra toute sa valeur que lorscpie les voies de communication permettront la mise en valeur économique du domaine forestier. Cependant, en 18!)7, deux permis d'exploitation de bois dans la foret d'Ankeianiadinka (ÎMKI hectares) et aux environs <le Sabotsy (700 hectares), ont ('tV' (l('li\iés par le gouverne-

(I) (î(''iii''i'iil (iiilliiTii, li(iiti>in'l (ri-iisi'iithli-.

L INDUSTRIE ',VM

meut; en 1898, quatre autres permis (1050 hectares dans la province de Majung-a, 1000 dans le district d'Andevoiantô, 1 Kl et 780 dans la forêt à l'est de Tananarive), ont été délivrés dans des conditions identiques. Le bois exploité vaut pour la première (jualité de 120 à 130 fr. ; pour la seconde, de iOo à MO ; il faut ajouter à ces prix, quand il s'agit d'exportation, la valeur du fret et des dépenses d'embarquement et de débarquement (30 à 40 fr. [)ar tonne), et le bénéfice du traitant qui varie selon les conditions du marché.

La fabrication des briques? Quelques colons ont installé des fours à chaux près de Tananarive et des briqueteries aux environs de Majung'a et à Marololo. Mais ces tentatives sont bien j)eu de chose comparativement aux richesses naturelles dont il serait possible de tirer parti.

La fabrication du sel ? Elle est presque exclusivement cantonnée dans les salines de Diégo-Suarez ; en 1898, elles ont donné 1000 tonnes de sel, dont 550, détail important à retenir, ont été expédiées à destination de Calcutta. En 1889, la production a plus que triplé, puisque les évaluations permettent de penser qu'elle atteindra de 15,000 à 16,000 tonnes.

Ni la métallurg-ie, ni la sériciculture n'ont encore tenté de sociétés européennes. Et pourtant la matière première, pour la sériciculture, ne ferait pas défaut et coûterait relativement peu. Nous avions donc raison de prétendre que les colons industriels manquent encore à Madagascar et qu'ils ne viendront que lorsque l'établissement de voies de communication commodes pourra rendre leurs efforts pratiques et profitables. Quelques industries prospèrent cependant dès aujourd'hui : les usines de fabrication de conserves de viandes ci'éées à Atitong'obato (Diégo-Suarez) ont produit, en 1898, 706,761 kilogr., alors qu'elle était seulement de 140,345 kilogr. en 1897. Cette industrie sei'ail bien pins prospère encore si le ParhMuent n'avait, il v a ([uelques mois, voti' nne loi (pii interdit an ministère di

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la guern' trachetor, pour l'alimentation de l'arniée, les conserves de viande pré[)arées dans nos C(ilonies.

Il ne faut pas oublier non plus que si les deux usines sucricres créées par M. Maricot à Mahassoa et qui étaient en pleine prospérité en 1893, ont cessé de fonctionner depuis la dernière i^uerre, celles de MM. Bonâme et C'^ à Melville, de M. Dupuy au nord de Tamatave et de M. Delacre à Vatomandry occupent encore un certain nombre d'ouvriers. Mais les propriétaires ont renoncé à la fabrication du sucre et ne produisent guère que du rhum qui fait concurrence à celui que fabriquent les trois rhumeries de Nossi-Bé. Dans le district de Mahanoro, deux colons se proposent de créer une grande sucrerie et rhumerie dans la plaine d'xVmpotaka qu'ils planteront en cannes. « En dehors de ces usines, exploitées par des Européens, il y a lieu de mentionner, à titre de renséig-nement, les produits malg^aches qui, comme l'on peut penser, sont de qualité tout à fait inférieure et sont connus sous le nom de « toaka » et de « helsahetsa ». Le toaka, souvent appelé par les indigènes luiihu gdsii ou rhum malg'ache, est une sorte de rhum pres(pie incoloie, obtenu [)ar la fermentation et la distillation des jus sucrés extraits de la canne... Eidln, les llovas fabriquent encore, en faisant fermenter et en distillant le miel, une liqueur alcoolique nommée « toaka-tantpAijy> (1).'

Si l'occupation française n'a nullement contril)U('' au d('*veloppement de la sériciculture à l'aide de capitaux et de perfectionnements mécaniques européens, les indigènes de l'Imérina cl du Betsiléo lui consacrent une grande partie de leur activité. Elle existe également sui- dixris points de la cc^te Ouest et pritK-ipalement dans les régions deMarovoay, de Maevarano et .laiis l'île de Kiboului. Le prix des cocons Nai'ie sensiblement Suivant les [)rovinces :

(I) (iiiidr ilr l' linmhininl à Miiilnyiixcnr, I. il.

l'industrie '.\X\

Région (le Maroaiulriaiia. . . 5 fr. les 2,000

— d'Arivoiiiinamo ... —

— de JMiarinarivo . . . 5 fr. les 4,800 (700 paeres)

— (lu Retsiléo. , . . . 5 fr. les 900.

La largeur des étoffes lissées varie également. Pendant que dans la province de Maroandriana, cette étoffe a une largeur d'environ 1 mètre et que son prix est de iO francs le yard (G"", 91), la dimension n'est dans la province de Betsiléo que de G'", 90 de lar^^e sur 2'", 20 de long, et son prix de 30 à 150 fr. suivant la dimension et la qualité de la soie. Rien que pour la province du Betsiléo, la fabrication de la soie par les indig'ènes représente une valeur de 150,000 fr. environ.

Le ver à soie n'est pas le seul animal producteur de soie à Madagascar. Il existe aussi dans l'fle deux espèces d'araignée (les épeires) qui produisent une soie beaucoup glus courte que celle du ver, mais cependant utilisable, bien qu'il n'ait pas encore donné lieu à une exploitation industrielle quelconque.

Ce n'est pas seulement les fils de soie que tissent les Malgaches sur leurs métiers primitifs, bien que ceux des Betsimisarakas soient supérieurs à ceux des Ho vas. Si l'importation des cotonnades américaines et plus récemment celle des cotonnades françaises ont tué l'industrie cotonnière à Madagascar, le chanvre est encore tissé dans le Vakinankarafra où le lamba vJ»utde 1 fr. 50 à 2 fr. et où le rafia tissé sert à fabriquer la rabane^ sorte d'étoffe solide et grossière dont la pièce de o mètres se vend 1 fr. 40 à Tananarive, 80 centimes à Andévoranto et (10 centimes à Tamatave. Enfin, l'industrie des dentelles de soie, créée par les SdHirs et les représentants des missions anglaises et pour laquelle les femmes indigènes ont fait preuve des plus curieuses dispositions, a pris, dejuiis l'insurrection, une asst>z yrande aclivih' à Tananarive et dans

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les cercles d'Ambohimanga et de l'Avaradrano. La valeur de ces dentelles varie de 30 centimes la brasse (de l"',r30 de long), à 6,20 (depuis 1 centimètre jusqu'à 12 centimètres de large).

Les Hovas utilisent également les bois de leur pays. Organisés en corporation, les menuisiers, qui ne disposent d'ailleurs que d'un outillage rudimentaire, fabriquent cependant la plu- ]>art des objets d'ameublement et ne gagnent à ce dur travail que des salaires qui varient entre 1 fr. 2.') et 1 f'r. par jour. D'autre part, les travaux métallurgiques ont fait, dans ces dernières années, des progrès considérables, et des ouvriers qui ont acquis une certaine habileté de main travaillent le fer en Imerina, à Marofangady et à Ampanefy. Les indigènes ont, de temps immémorial, connu la fabrication de la poterie, et cette industrie aurait pris un développement beaucoup plus grand, n'ét^^it la mauvaise qualité de la matière première dont ils disposent.

Madagascar possède donc la matière première nécessaire pour fournir à l'industrie des ressources abondantes et variées ; mais cette industrie n'existe pas. La création d'écoles professionnelles aura bien pour résultat de perfectionner les procédés et les usages des ouvriers indigènes ; elle n'aidera pas au développement de l'industrie française ou européenne. Seules, des lignes de navigation plus nombreuses, des voies de communication rayonnant de la cote vers l'intérieur, des tarifs de douanes appropriés aux besoins et peut-être lUÔme un système raisonné de primes et d'encouragements pécuniaires jxmnonl dicter la grande fie des exploitations ({ui lui manquent.

MAYOTir. KT COMOKKS

L'industrie de Mayotte et des Gomor-es consiste tout entière dans la fabrication du sucr(\ LTn "raiid nombre d'usines ont

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été ouvertes et ont fonctionné à différentes époques. Do ces usines un certain nombre ont dû interrompre leur exploitation, les autres existent encore et sont même aujourd'hui assez prospères. Le tableau suivant donnera une idée assez exacte de l'exploitation sucrière en 1899.

Mayotte. De 1846 à 18.^8, neuf usines, sept existent encore.

D^e 1858 il 1875, cinq usines, une existe encore. Grande Comore. Société Humblol et Gie date de 1887. Anjonan. Trois usines.

.Mohéli. Néant.

Au total douze usines qui, à l'aide d'appareils puissants, .extraient de la canne 72 à 7.3 0/0 du jus qu'elle contient et la transforment en sucre ou en rhum.

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